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Présidentielles et quotient intellectuel

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Trump vient de s’en prendre au grand immunologue Anthony Fauci « et tous ces idiots ». Il dit de Joe Biden qu’il a un « faible QI », estime que Robert De Niro a « un très faible QI » et que Maxine Waters, une démocrate afro-américaine, est « une personne au QI extraordinairement bas. »

Lorsqu’il s’en prend aux capacités cognitives de ses adversaires, celui qui se présente comme « un génie très stable » montre le peu d’égards qu’il a pour ses propres partisans.

Le Trumpisme, un crétinisme autoritaire

Trump avait proclamé durant la campagne présidentielle de 2016 : « J’aime les peu éduqués ! » Ils le lui rendent bien. Les blancs faiblement éduqués constituent sa « base » indéfectible. Quelque 35 % de l’électorat. Ils ne sont pas seulement peu éduqués, mais également peu intelligents. Un groupe de recherche de l’Université de Tel-Aviv, dirigé par le Pr Yoav Ganzach, a établi que « les résultats de l’élection de 2016 avaient moins à voir avec l’affiliation à un parti, le revenu ou l’éducation, et plus avec les capacités cognitives de base. » Une étude du psychologue Gordon Hodson, de l’Université Brock en Ontario, indique que les adultes peu intelligents ont tendance à se tourner vers des idéologies socialement conservatrices qui mettent l’accent sur la hiérarchie et la résistance au changement, des attitudes qui contribuent aux préjugés. C’est le portrait du républicain type.

Les électeurs de Trump sont aussi des exemples d’un phénomène que le sociologue politique renommé Seymour Martin Lipset qualifiait d’« autoritarisme de la classe ouvrière ». D’après Lipset, « les prédispositions autoritaires et les préjugés ethniques découlent plus naturellement de la situation des classes inférieures que de celle des classes moyenne et supérieure ». C’était ce groupe social qui formait la base des syndicats nazis et des White Citizen’s Councils, les organisations suprématistes blanches sudistes des années 1950.

L’homme providentiel des mal informés et des ignorants

Son image d’homme fort séduit ses partisans. Ses discours, qui confortent les préjugés avec des affirmations péremptoires mensongères, ignorent les détails qui dépassent l’entendement de personnes avec de faibles capacités cognitives. L’émotion prime sur la raison. Ses vociférations attisent leur haine pour tout ce qui menace ses projets pour « rétablir la grandeur de l’Amérique ».

La plupart des électeurs aux capacités cognitives limitées alignent leurs opinions sur celles de leurs proches, sur ce qu’ils glanent sur les réseaux sociaux et dans les émissions qu’ils écoutent et regardent. Ils constituent l’auditoire des médias d’extrême droite Fox News et Breitbart ainsi que du talk-show de Russ Limbauch, le plus écouté des États-Unis. 

Une partie significative de l’électorat américain est ignorante ou mal informée, parce que les coûts pour elle d’acquérir des informations politiques sensées dépassent largement les avantages pratiques qu’elle peut en tirer. Adhérer à des croyances idiotes, parfois délirantes (QAnon) partagées avec son entourage renforce la cohésion de groupe. On pense comme tout le monde et on fait un bras d’honneur aux élites prétentieuses et méprisantes. Lock them up !


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