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Le nouveau centre de tri produit du papier contaminé

Un an après l’ouverture, le site peine à obtenir un produit de qualité

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Photo d'archives Le nouveau centre de tri de matières recyclables a été inauguré en novembre dernier sur la rue François-Lenoir, à Lachine.

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Le centre de tri de Lachine, payé à fort prix par la Ville de Montréal pour être à la fine pointe de la technologie, produit des ballots de papier très contaminés, a appris notre Bureau d’enquête. 

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Lors de l’inauguration, en novembre 2019, la mairesse Valérie Plante avait annoncé qu’il s’agissait du centre « le plus moderne et le plus avancé d’un point de vue technologique au Québec ».

Mais près d’un an plus tard, la qualité n’est pas encore au rendez-vous. 

Le papier mixte qui sort du centre de tri contient 20 % de contaminants, tandis que le papier journal en contient 10 %, selon des chiffres fournis par la Ville de Montréal. 

Ces taux sont bien supérieurs aux standards sur la contamination nord-américains (3 %) et chinois (1 %). La Ville assure toutefois que l’opérateur Ricova trouve preneur à l’international pour son papier.

Équipement non installé

Un système de nettoyage du verre devait être installé pour réduire la contamination, mais celui-ci n’est toujours pas en fonction. 

Montréal soutient que l’insolvabilité de l’ancien opérateur, Rebuts Solides Canadiens, et le transfert de la gestion à l’entreprise Ricova ont causé « des délais dans les travaux ». 

L’installation du système de nettoyage est prévue « d’ici la fin de 2020 », indique la Ville.

Selon nos sources, un autre problème est que les équipements optiques permettant de séparer les différents types de fibres sont peu performants, bien qu’ils soient neufs. 

La Ville affirme que le centre est en « rodage » et qu’« il est trop tôt pour statuer sur la performance d’équipements singuliers ».

Plus rapide à Sherbrooke

À Sherbrooke, l’amélioration de la qualité du papier produit ne s’est pas autant fait attendre. Le taux de contamination du papier est passé de 40 % à 2 % cet été. 

« Avant, on vendait le papier à -96 $ la tonne, et quelques semaines après l’installation des trieurs optiques, on le vendait à 50 $ la tonne », rapporte le président de Récup Estrie, Pierre Avard.

À Montréal, la vente du papier de mauvaise qualité coûte cher aux contribuables, puisque la Ville partage les pertes avec la compagnie de tri si le prix obtenu est négatif.

Pendant les mois d’avril et mai seulement, la Ville a payé 650 000 $ pour compenser les pertes de ses deux centres de tri.

L’élu responsable du dossier dans l’administration montréalaise, Jean-François Parenteau, est persuadé que la contamination « va baisser » à Lachine.

« Si l’opérateur [Ricova] n’est pas capable de faire de la qualité dans un centre à la fine pointe, ils ne seront pas capables de le faire ailleurs », a-t-il illustré. 

Infractions

Dans les derniers jours, notre Bureau d’enquête a révélé que cette entreprise cumule les infractions pour du travail insatisfaisant et qu’elle fait des affaires au Panama, un paradis fiscal. 

Mercredi, la mairesse Valérie Plante s’est dite « troublée » par ces révélations.

« On veut s’assurer que les services continuent, mais aussi qu’ils soient faits par une entreprise qui correspond aux critères d’éthique de la Ville », a-t-elle affirmé.