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Mesures pour le chevreuil contestées en Gaspésie

Chronique Julien Cabana
Photo Julien Cabana La saison de chasse du chevreuil bat son plein au Québec. La répartition de la population de ce cervidé est très différente d’une région à l’autre. Tous les chasseurs rêvent de rencontrer un mâle semblable durant leur excursion.

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Dans une lettre adressée au ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, monsieur Pierre Dufour, le président de l’Association sportive chasse et pêche Baie-des-Chaleurs, monsieur Pierre Henry, conteste vivement les nouvelles mesures mises en place pour la chasse du chevreuil dans son coin de pays.

Faisant référence au nouveau plan de gestion 2020-2027 qui entre en vigueur cette saison, le président explique : « Nous croyons sincèrement que les mesures mises en place par le ministère sonneront la fin de la chasse du cerf de Virginie (chevreuil) dans la zone 1, tel que nous l’avons connu en 1992. La diminution de 10 %, telle que mentionnée par le gouvernement, ne reflète aucunement la réalité vécue par la Gaspésie. Nous avons eu, tel que mentionné, trois hivers rigoureux consécutifs, une augmentation de la présence du coyote en région et une diminution du taux d’accidents routiers impliquant des chevreuils. Cela ne démontre pas seulement l’amélioration du réseau routier, mais bien une diminution du cheptel. »

Le président explique dans sa lettre qu’il se fait le porte-parole des chasseurs gaspésiens très mécontents de cette nouvelle façon de faire.

DOULOUREUX SOUVENIRS

Ce n’est pas la première fois que le cheptel de chevreuils de la Gaspésie est sur la sellette.

« Vous n’êtes pas sans savoir qu’entre 1992 et 2001, il y avait eu fermeture de la chasse au chevreuil dans notre région, d’expliquer monsieur Henry. Cette fermeture a marqué bon nombre de chasseurs encore présents dans la zone 1. On a rouvert la chasse sous certaines conditions. Parmi celles-ci, on nous expliquait que la chasse serait fermée à nouveau s’il y avait la diminution des enregistrements d’abattage de chevreuil à moins de 500 dans les trois postes d’enregistrement de la Baie-des-Chaleurs. En 2019, il y a eu un peu plus de 250 enregistrements dans les trois postes, soit New Carlisle, New Richmond et Nouvelle. Cette baisse du taux d’enregistrement devrait envoyer un signal qu’il y a un problème de cheptel dans la zone 1. »

Dans sa missive, le président explique que plusieurs ont été à même de constater, au cours des trois derniers hivers, une augmentation importante du nombre de coyotes. Pour son organisation, « la présence du chevreuil en Gaspésie est en dégringolade. Ce déclin est à ce point frappant que plusieurs chasseurs songent à ne pas renouveler leur permis cet automne ».

PEUR DU BRACONNAGE

La division de la zone 1 en deux sous-zones, soit la 1 nord et la 1 sud, représente aussi un autre problème important, selon l’Association.

« Sachant que le chevreuil est beaucoup moins présent dans la zone 1 nord, nous avons la conviction que le double abattage ouvrira la porte au braconnage, peut-on lire dans la lettre envoyée au ministre Dufour. Cela s’explique par le fait que rien ne certifie qu’un chevreuil enregistré dans un point d’enregistrement de la zone 1 nord ne proviendrait pas plutôt de la zone 1 sud. Aussi, si on prend en exemple les villes d’Amqui, de Causapscal et les autres villes longeant la Vallée de la Matapédia, qui chevauchent deux zones de chasse distinctes, rien ne certifie qu’un chevreuil enregistré dans la zone 2 est ne proviendra pas de la zone 1 sud, et vice-versa. L’Association et les membres qu’elle représente ont la conviction que d’émettre un second permis de chasse du chevreuil accentuera le déclin déjà drastique du cheptel dans la région. »

La nouvelle façon de procéder à l’enregistrement pourrait bien aussi augmenter les chances que des braconniers s’exécutent.

« Nous comprenons que la pandémie affecte grandement la façon de gérer l’enregistrement des bêtes abattues dans les chasses futures. Là où nous sommes contre ce système d’enregistrement, mis en place via internet, c’est que l’enregistrement par positionnement GPS amènera une hausse du taux de braconnage. 

RÉACTION MFFP

Aucun contrôle ne pourra valider que l’animal n’est pas abattu dans l’illégalité. Il y a le risque bien réel que certains abattent un gibier en dehors des heures d’ensoleillement ou avant l’ouverture de la chasse. Tout le monde sait que les agents de protection de la faune sont moins présents en forêt. »

Appelé à commenter cette missive, le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), monsieur Pierre Dufour, a expliqué qu’une réponse serait envoyée sous peu à l’Association.

« J’ai bien lu leur message et au moment où l’on se parle, nous terminons la rédaction d’une lettre-réponse pour eux. Leur demande n’a pas été mise de côté. »

Il n’a pas été possible d’obtenir des détails sur la teneur exacte du document. Du côté du ministère, les biologistes sont bien conscients que ces gens voudraient faire arrêter complètement la chasse. Ce qu’ils demandent, c’est de passer au moins une saison avec les nouvelles mesures du plan de gestion et, s’il faut des ajustements, ils seront apportés. Il ne faut pas oublier que dans un plan de gestion, il y a des outils qui permettent de changer le modèle en chemin. Selon les spécialistes, il suffirait d’un hiver moins rigoureux et la population de chevreuils pourrait augmenter.

Le pire ennemi du chevreuil, c’est l’hiver. Il faut se rappeler que le Québec est l’habitat le plus nordique dans l’aire de vie de cette espèce. La quantité de neige qui tombe sur les différentes régions où l’on retrouve du chevreuil peut faire la différence. Par exemple, les faibles chutes de neige en Estrie font en sorte que l’espèce peut passer plus facilement au travers de l’hiver. Lorsque l’on pense à la Gaspésie, avec les quantités de neige très importantes qui tombent dans ce secteur du Québec, il est normal que le chevreuil éprouve de la difficulté.