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COVID-19: c’est la fin pour le détaillant Le Château

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Photo d'archives

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La pandémie aura été le coup de grâce pour Le Château, qui devient le premier détaillant de vêtements québécois d’importance à lancer la serviette, depuis mars. À bout de souffle, l’enseigne se place à l’abri de ses créanciers et entame un processus de liquidation de ses actifs.  

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«C’est vraiment un jour sombre pour nous tous», a confié au Journal le vice-président principal de la chaîne, Franco Rocchi, quelques heures après avoir dû annoncer la triste nouvelle aux employés. «On a exploré toutes les options. Et pour le moment, c’est la seule qui semblait possible.»      

  • Écoutez le journaliste Alexandre Dubé avec Benoit Dutrizac à QUB radio:   

Au total, 1400 personnes sont happées par la nouvelle. Du nombre, 500 travaillent au siège social de Saint-Laurent, à Montréal. À moins d’un revirement inattendu, tous perdront leur emploi à court ou moyen terme. 

Le Château exploite encore 123 magasins au Canada, en plus de son site web. Ces boutiques demeureront ouvertes encore «20 à 25 semaines», le temps qu’il faudra à l’entreprise pour écouler ses stocks, confirme le vice-président.  

Changement d’état d’esprit 

La direction affirme que le secteur de la vente au détail fait actuellement face à de nombreux défis en raison de la pandémie. La diminution du nombre de congrès, de bals, d’événements et de mariages a fait plonger les ventes du détaillant qui se spécialise notamment dans les tenues de soirée.  

«Les bals, les sorties spéciales au restaurant, les partys de Noël... ont toujours été notre force. Or, tout cela est interdit maintenant, et nul ne sait pour combien de temps», se désole M. Rocchi. «Que voulez-vous faire? Les gens ne sont plus dans cet état d’esprit.» 

Au cours des derniers jours, la direction du Château avait choisi de reporter son assemblée annuelle. En début d’année, la bannière avait également reporté la publication de ses résultats financiers.  

Vendredi, l’entreprise a déposé une demande pour se placer sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies. PricewaterhouseCooper agira comme contrôleur dans ce dossier.     

  • Écoutez la chronique de François Lambert à QUB radio:   

Après avoir analysé différentes options, l’entreprise montréalaise dit vouloir maintenant «assurer une liquidation ordonnée de ses actifs» et de la «cessation de ses activités». L’été dernier, la direction n’avait pas caché avoir des doutes concernant sa capacité à traverser cette tempête.   

Il faut dire que le détaillant éprouvait déjà des difficultés financières depuis plusieurs années. Pour son exercice clos le 25 janvier 2020, la compagnie avait terminé avec une perte nette de 69,2 M$ et l’insuffisance du fonds de roulement de la société s’établissait à 44,3 M$.  

«La direction et le conseil d'administration de la société ont conclu à regret que la société ne peut plus poursuivre ses activités en tant qu'entreprise en exploitation après qu'elle [eut] déployé tous les efforts possibles au cours des derniers mois, avec l'aide de conseillers professionnels, pour refinancer ou vendre la société à un tiers qui continuerait à exploiter l'entreprise», peut-on lire dans un communiqué.  

Afin de soutenir financièrement le processus de liquidation, Wells Fargo Capital Canada octroiera un financement provisoire à la compagnie. 

Le Château, qui a aussi demandé de suspendre son obligation de tenir des assemblées avec ses actionnaires, avait vu le jour en 1959. L’action de la compagnie, qui a déjà dépassé les 15$ en 2007, était à moins de 2 cents lors de l’ouverture des marchés boursiers, vendredi.    

Au Château des Promenades Saint-Bruno, les employés étaient avares de commentaires vendredi. Au sortir du magasin, une cliente qui n'a pas voulu être identifiée ne semblait pas surprise. «Il y a tellement de magasins qui ferment, alors on s'attendait un peu à ça», s'est-elle limitée à dire en soupirant.  

Depuis mars, Aldo, Reitmans, SAIL (Sail et Sportium), DavidsTea, Coalision (Lolë), Tristan, les Entreprises Vagabond (Hangar-29 et Studio), Ernest, Groupe Dynamite, Vincent d’Amérique, Bestsellers (Jack & Jones et Vero Moda) et Modasuite (Frank and Oak) ont aussi annoncé des restructurations.  

– Avec la collaboration de Francis Halin