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L’élection américaine vue de Pyongyang : Tout sauf Biden, le «chien enragé»

Le président Donald Trump et Kim Jong Un à Hanoï en février 2019.
Photo d'archives, AFP Le président Donald Trump et Kim Jong Un à Hanoï en février 2019.

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Entre insultes et poignées de mains, Kim Jong Un et Donald Trump ont eu leurs hauts et leurs bas. Mais le président américain n’a jamais inspiré à la Corée du Nord la haine qu’elle voue à Joe Biden, un «chien enragé» qu’il faudrait «battre à mort».

Le locataire de la Maison-Blanche, qui ne se lasse pas de célébrer sa proximité avec le leader nord-coréen, a déjà promis de conclure «très vite» un accord avec le Nord s’il est réélu le 3 novembre. Et ce, même si le processus diplomatique entre Pyongyang et Washington est au point mort depuis 20 mois.

Il ne fait aucun doute, selon les experts, que l’ancien vice-président démocrate embrassera, lui, en cas de victoire, une approche radicalement différente.

Pyongyang nourrit une rancoeur tenace à l’égard de Joe Biden pour son rôle au sein de l’administration Obama et de sa doctrine de «patience stratégique» vis-à-vis de la Corée du Nord. L’idée était de refuser tout dialogue si le régime nord-coréen ne faisait pas d’abord des concessions.

En novembre 2019, l’agence officielle KCNA s’était fendue d’une attaque verbale d’une rare violence contre le candidat démocrate.

«Les chiens enragés comme Biden peuvent faire du mal à beaucoup de gens si on les laisse en liberté», avait lancé l’agence. «Il faut les battre à mort avec un bâton».

«Pas de lettres d’amour» de Biden

Le régime nord-coréen a également repris à son compte l’un des surnoms donnés par M. Trump à son adversaire, Sleepy Joe («Joe l’endormi»).

Ce dernier, lui, juge que le président américain est allé beaucoup trop loin dans le rapprochement avec l’homme fort de Pyongyang, répétant qu’il ne rencontrerait pas M. Kim de façon inconditionnelle. 

«L’administration Biden ne se fendra pas de lettres d’amour», a-t-il ironisé dans une référence aux échanges épistolaires entre MM. Trump et Kim.

Jeudi, lors de l’ultime débat présidentiel, le candidat démocrate a encore fustigé l’amitié forgée par M. Trump avec un «voyou» qu’il a comparé à Adolf Hitler.

«Il a parlé de ce bon copain qui est un voyou», a déclaré M. Biden au sujet de M. Kim. «C’est comme dire que nous avions une bonne relation avec Hitler avant qu’il n’envahisse l’Europe».

Le candidat démocrate a affirmé qu’il accepterait lui aussi de rencontrer Kim Jong Un, mais sous la condition d’une promesse de dénucléarisation de la péninsule coréenne.

À en croire Andrei Lankov, professeur à l’Université Kookmin de Séoul, Pyongyang espère que M. Trump obtiendra un second mandat.

«L’élection de Joe Biden entraînera une impasse», a expliqué M. Lankov. «Si Donald Trump est réélu, (les Nord-Coréens) se tiendront quelque temps à carreau dans l’espoir de lui arracher des concessions».

Le début de la présidence Trump avait été marqué par des échanges d’insultes qui avaient contribué à aggraver les tensions en 2017. Mais une détente s’était amorcée à la faveur des Jeux Olympiques d’hiver de 2018.

Mauvaises motivations

Et Donald Trump était devenu, cette année-là à Singapour, le premier président américain en exercice à rencontrer un leader nord-coréen.

MM. Kim et Trump avaient encore par la suite deux fois mis en scène leur bonne entente, à Hanoï puis dans la Zone démilitarisée (DMZ).

Mais les négociations sur le nucléaire n’ont rien donné et Pyongyang n’a vraisemblablement jamais cessé de poursuivre ses programmes militaires interdits. Jusqu’à exhiber début octobre un missile balistique intercontinental géant lors d’un défilé.

Chung Min Lee, du Carnegie Endowment for International Peace, saluait récemment lors d’une conférence vidéo les efforts de M. Trump pour se rapprocher de M. Kim.

«Le problème, c’est ce qu’il en a fait», ajoutait-il, en dénonçant les mauvaises motivations du président américain. «M. Trump était obnubilé par l’idée que Kim Jong Un allait d’une manière ou d’une autre lui permettre d’imposer aux États-Unis l’image du président qui a apporté la paix aux Coréens».

L’élection de M. Biden marquerait le retour à un processus diplomatique classique, selon l’ambassadeur de Corée du Sud aux États-Unis, Lee Soo-hyuck, à savoir de longues négociations au niveau des conseillers, plutôt qu’une rencontre de haut niveau entre deux dirigeants affirmant la possibilité d’élaborer un accord global en quelques heures. 

Les conseillers de M. Biden sur les questions de diplomatie et de sécurité ont occupé des positions élevées dans l’administration Obama, a-t-il rappelé.

«Plutôt qu’une approche verticale, du haut vers le bas, je m’attends à ce que les politiques soient élaborées et proposées au niveau de groupes travail et approuvées par le président», a-t-il encore dit.

Pyongyang suivra de près la présidentielle américaine, en se réservant à tout moment la possibilité de tester ses derniers missiles.