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Pour en finir avec la culture de négligence

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Capture d'écran, TVA Nouvelles Au fil du temps, il s’est installé au Québec une culture généralisée de négligence envers les personnes très vulnérables et de tous âges.

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La deuxième vague de la COVID-19 frappe dans des CHSLD et des résidences privées pour aînés (RPA). Moins qu’au printemps, mais elle frappe. 

Durant la première vague, des milliers de femmes et d’hommes aînés d’ici en sont morts, seuls et dans des conditions souvent atroces. Le Québec en porte la honte depuis. 

En Ontario, 2,6 % des aînés en CHSLD en sont décédés, et en Colombie-Britannique, 0,6 %. Au Québec, c’est 10 %. Une véritable hécatombe, dont les principaux facteurs sont connus. 

Édifices vétustes. Des années de sous-financement chronique et de pénurie de main-d’œuvre. En début de crise, un manque d’équipements de protection personnelle et de formation en prévention des infections. Une mobilité du personnel qui en faisait un vecteur prévisible de contagion. 

Sans compter l’effet toxique de l’hyper centralisation des « réformes » Barrette. Un dépistage et un traçage insuffisants. Trop de « milieux de vie » pour personnes vulnérables privatisés et mal encadrés. Etc.

Bref, si la COVID-19 y a fait autant de victimes, c’est qu’elle y a trouvé un terreau beaucoup plus fertile qu’ailleurs au Canada. Que l’armée ait dû y être dépêchée en catastrophe au printemps en est la preuve ultime. 

Fragilité entêtée

On espérait que l’embauche par le gouvernement Legault de milliers de préposés aux bénéficiaires suffirait à y protéger tous ces aînés. C’était sous-estimer l’ampleur de la fragilité de ces « milieux de vie ».

Dans certains CHSLD, le ministre de la Santé, Christian Dubé, se voit même obligé d’envoyer des équipes « SWAT », spécialisées en matière d’infection. Or, plus largement encore, rien de cela ne tient du hasard. 

Au Québec, l’abandon révoltant des aînés en perte d’autonomie, tous gouvernements confondus, est le symptôme d’une culture généralisée de négligence envers les personnes très vulnérables et de tous âges — aînées, pauvres, déficientes intellectuelles ou handicapées physiquement.

Au fil du temps et des compressions, les décideurs les ont peu à peu oubliées. Avec elles, ils ont aussi oublié leurs familles et leurs proches aidants.

Apprendra-t-on de la pandémie ?

À la décharge du gouvernement actuel, je rappelle qu’il s’était engagé à réinvestir dans les soins de longue durée. Idem pour la première politique nationale des proches aidants. Laquelle, malgré la pandémie, est en voie de réalisation.  

Le fait est néanmoins que depuis les années 1990, soit dès la première chasse au déficit zéro, une culture de négligence s’est étendue même jusque dans nos écoles publiques. Plus durement encore dans les quartiers défavorisés.

Hormis pour les CPE en début de vie, de l’école publique aux pertes majeures d’autonomie par handicap ou par vieillesse — le manque en soins à domicile y étant tout aussi criant —, le Québec a tout simplement échoué. 

Pour un État moderne qui, sous la Révolution tranquille, s’était donné les moyens d’instaurer enfin une plus grande justice sociale par des services publics de qualité et à échelle humaine, la dégringolade depuis 25 ans est sidérante.

La question qui tue se pose donc plus que jamais. Apprendra-t-on vraiment de la pandémie ?  

Le Québec saura-t-il retrouver son cœur et son âme ? Saura-t-il redevenir une société plus juste et plus solidaire ? Il le faudra.