/weekend
Navigation

Babysitter: une comédie féministe signée Monia Chokri

Monia Chokri
Photo courtoisie, Fred Gervais-Dupuis L’actrice et réalisatrice Monia Chokri (La femme de mon frère) a terminé il y a deux semaines le tournage de son prochain film, Babysitter.

Coup d'oeil sur cet article

Tourner un film en temps de pandémie peut s’avérer une expérience complexe et stressante en raison des nombreuses mesures sanitaires à respecter sur les plateaux. Malgré ces contraintes, l’actrice et cinéaste Monia Chokri a pris beaucoup de plaisir à réaliser son second long métrage, Babysitter, une comédie féministe qui s’inscrit parfaitement dans l’air du temps en cette ère post #MeToo.  

Adapté d’une pièce de l’autrice Catherine Léger (qui a aussi écrit le scénario du film), Babysitter relate les mésaventures d’un homme (Patrick Hivon) qui perd son emploi après avoir fait une blague sexiste qui est devenue virale sur les réseaux sociaux. Confronté par sa blonde (Monia Chokri) et son frère (Steve Laplante), il entreprendra une thérapie et se lancera dans l’écriture d’un livre d’excuses adressé aux femmes. 

Catherine Léger a écrit Babysitter il y a quelques années avant la montée du mouvement #MeToo. L’autrice puisait son inspiration dans le triste phénomène « Fuck her right in the pussy » initié par des hommes aux États-Unis, qui lançaient des propos obscènes à des femmes journalistes pendant qu’elles étaient en ondes. 

En voyant la pièce un an après sa création au théâtre La Licorne en 2017, Monia Chokri a tout de suite imaginé un film : « Je trouvais que cette histoire-là était vraiment d’actualité et qu’il fallait que ça se fasse maintenant », indique Monia Chokri lors d’une entrevue Zoom accordée plus tôt cette semaine. 

« J’avais déjà une rencontre prévue avec Catherine parce que ça faisait longtemps qu’on souhaitait travailler ensemble, et la première chose que je lui ai dite en m’assoyant devant elle, c’est que je voulais adapter Babysitter. »

La notion de harcèlement et d’agression sexuelle ayant beaucoup évolué au cours des dernières années, Monia Chokri et Catherine Léger ont décidé de modifier la nature du geste que commet le personnage du film. 

« L’acte que le personnage commet dans la pièce originale serait beaucoup trop heavy pour être crédible aujourd’hui, observe Monia Chokri. On l’a donc remplacé par un baiser non consenti. Il a fallu changer certaines choses comme ça dans le scénario parce que plus les mois passaient, plus le rapport à l’acte et à l’agression changeait. Aujourd’hui, on est beaucoup moins tolérants avec ce genre de comportement, et c’est tant mieux. »

Babysitter sera le second long métrage de Chokri derrière la caméra, après sa comédie La femme de mon frère, qui a reçu une mention Coup de cœur du jury Un Certain Regard, l’an passé, au Festival de Cannes. Contrairement à La femme de mon frère où elle s’était concentrée uniquement sur la réalisation, elle s’est aussi accordé cette fois-ci un des rôles principaux du film.

« Deux semaines avant le début du tournage, j’avoue que j’ai eu des doutes et que je me suis dit : oh non, je ne serais pas capable de faire les deux, il faut que je me fasse remplacer par une autre actrice, lance-t-elle en riant. Mais finalement, ça s’est fait plus facilement que je pensais. »

Du plaisir malgré tout

Monia Chokri a tourné la dernière scène de Babysitter le 11 octobre dernier, au moment où la deuxième vague de COVID-19 atteignait des sommets au Québec. La cinéaste avait amorcé le tournage de son film à la mi-août dans un contexte beaucoup moins inquiétant, alors que la pandémie semblait maîtrisée. 

« C’est bizarre parce que, autant j’étais anxieuse pendant la préparation du film à cause des risques liés à la COVID, autant j’ai réussi à faire abstraction--- de tout cela pendant le tournage », confie la réalisatrice de 37 ans.

« La production était vraiment aux aguets et a mis en place un protocole très strict. Or, on s’adapte à tout dans la vie et on a fait fi de ça pour faire notre film. Et je pense que dans le produit final, ça ne paraît pas qu’on a dû respecter la distanciation. Mon film était déjà COVID-friendly parce que les personnages sont déjà en distance les uns par rapport aux autres. Je considère que c’est le meilleur film qui pouvait se faire dans ces conditions-là. »

« Mais ce qui m’a touchée le plus, au final, c’est que tous les acteurs principaux du film m’ont dit que c’était un de leurs plus beaux projets à vie, ajoute-t-elle. Je ne dis pas ça pour me vanter. Mais je pense que dans l’adver-sité et avec tout ce qu’on avait vécu récemment, on a trouvé un terrain de jeu où on avait envie d’avoir du plaisir. On a eu des fous rires tous les jours et mes acteurs étaient super heureux de travailler ensemble. Même dans la distance, on a trouvé des façons de connecter et de s’amuser. »


♦ Babysitter prendra l’affiche en 2021.