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Bande dessinée: Pow Pow, 10 ans et toutes ses dents

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Il y a 9 ans dans cette même rubrique, je m’entretenais avec Luc Bossé, alors à la tête de la jeune structure éditoriale Pow Pow. Fondée un an plus tôt, Pow Pow publiait son sixième titre. Depuis, l’éditeur a construit un catalogue conséquent (54 albums francophones, dont 19 traduits dans l’autre langue officielle), cultivé de nouveaux talents, cumulé les prix, mais surtout, a su durer. Retour sur un petit miracle du 9e art québécois. 

La recette de ce flamboyant succès ? L’auteur de Comment faire de l’argent se fait philosophe. « J’ai vite compris que je ne ferais pas fortune à éditer de la bande dessinée, alors aussi bien m’amuser. » Le plaisir de faire de bons et beaux livres, donc. Et une confiance inébranlable à l’endroit de ses auteurs. Car, ce qui cimente le catalogue de Pow Pow, c’est l’esprit de famille qui l’anime. « Je me laisse guider par les envies des auteurs. Les œuvres de commande, ça ne m’intéresse pas. »

Résolument tourné vers la jeune génération d’artisans, Bossé réussit à développer de nouvelles voix – et pas les moindres ! –, dont Samuel Cantin (Whitehorse), Sophie Bédard (Les petits garçons), Michel Hellman (Nunavik), Cathon (Les Ananas de la colère), Mirion Malle (C’est comme ça que je disparais) en plus de permettre à des auteurs confirmés tels que Francis Desharnais (La petite Russie – 10 000 exemplaires vendus, un succès rare dans l’écosystème national), Zviane (Ping-Pong), Alexandre Fontaine-Rousseau (La pitoune et la poutine), Julie Delporte (Je vois des antennes partout) d’atteindre leur plein potentiel. 

Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage

Ces sages paroles du poète Nicolas Boileau, Bossé les applique depuis le premier jour. Ainsi, il façonne patiemment son catalogue. En 2015, il signe une entente inédite avec l’illustre éditeur français l’Association, lui donnant l’exclusivité de certains titres en sol québécois, dont certains albums de Lewis Trondheim et du Québécois Guy Delisle. L’année suivante, il part à la conquête du marché anglophone nord-américain et européen. Il compte d’ailleurs depuis peu sur les précieux services d’une employée à temps plein là-bas qui se consacre à faire briller Pow Pow.

Célébrations en temps de pandémie

En novembre, Pow Pow soufflera ses dix bougies. Règles sanitaires obligent, pas de rassemblement familial en guise de festivités. L’éditeur, très actif sur les plateformes numériques lors du confinement du printemps dernier, propose plutôt une réjouissante promotion de 10 titres choisis pour 10 $ en librairie, plus en phase avec le confinement naturel en saison automnale.

Et question d’avoir le cœur à la fête, l’éditeur révèle que la famille Pow Pow s’agrandira en 2021 avec l’arrivée d’Iris et Catherine Ocelot au catalogue, en plus de la publication de Chroniques de jeunesse de Guy Delisle. L’album lève le voile sur son premier emploi étudiant à l’usine à papier Daishowa, à Limoilou, où il découvre la bande dessinée et son goût du dessin. « Je suis très flatté que Guy publie son livre chez nous. On dirait que ça fait 10 ans que je vis un rêve de publier des artistes que j’aime et j’admire. De pouvoir publier un auteur de la trempe de Guy, ça permet aussi d’amener le projecteur sur d’autres auteurs de notre maison d’édition. » 

Tout comme Drawn & Quarterly et La Pastèque, Pow Pow a atteint le statut d’éditeur incontournable de la scène nationale. Longue vie à Pow Pow.


editionspowpow.com  

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