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Madame

PAULINE MAROIS
LIVRE - Au-delà du pouvoir
Photo courtoisie Pauline Marois
Au-delà du pouvoir

Élyse-Andrée Héroux (en collaboration avec Laurent Émond)
Éd. Québec Amérique

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Un léger malaise au départ. Ce déballage d’intimité ne sied pas, il me semble, à une personnalité politique de l’envergure de celle qui fut première ministre du Québec, en même temps que la première femme à occuper ce poste. 

Je vais passer du temps au Mexique cet hiver, je me fais construire à L’Île-Bizard, je quitte à regret le Vieux-Montréal et ses commerçants, mon appartement avec son immense terrasse sur le toit où j’organisais des fêtes animées, j’emballe mes toiles pour les accrocher aux murs de ma nouvelle maison, etc. Je ne peux imaginer René Lévesque ou « Monsieur » livrant ainsi leurs états d’âme à la veille d’un déménagement. Je me garderais une petite gêne. Vous allez dire que je suis jaloux ? Pas du tout. Je suis en fin de vie, peut-on dire, et je me contente de petites joies, comme le sourire de ma fille ou le succès scolaire de mon fils. Mais bon, allons « au-delà »...

Et au-delà, c’est retrouver une femme de conviction, une battante qui accepte, par exemple, de se présenter comme candidate aux élections avec une grossesse de huit mois. Et surtout, une femme qui demeure fidèle à son rêve de faire du Québec un pays, à l’âge où plusieurs abdiquent à force de n’avoir pas triomphé dans ce combat de tous les instants. Elle n’appellera jamais son pays québécois une province, dit-elle avec conviction.

Histoire personnelle

Même si aujourd’hui Pauline Marois affiche une aisance certaine, il n’en a pas toujours été ainsi. Elle se rappelle fièrement de ses origines modestes, dans un milieu semi-rural près de Québec, quelques années après la Seconde Guerre mondiale. Elle connaîtra, comme tous les gens de ma génération, « une enfance à l’eau bénite ». Cette religion catholique qui fera que la mère de Pauline devra quitter son poste d’enseignante lorsqu’elle sera enceinte.

Cours primaire dans une école de village, puis pensionnaire dans un collège privé au secondaire, où elle découvre les différences de classe, entre fille d’ouvrier comme elle et filles de professionnels et de politiciens, comme ses camarades de collège. Un choc. Elle fréquentera ensuite l’université pour l’obtention d’un bac en service social, puis HEC pour un MBA, et se mariera entre-temps avec son amour d’adolescence, Claude Blanchet, le père de ses quatre enfants et avec qui elle vit depuis maintenant cinquante ans.

Davantage portée sur les causes sociales, elle deviendra membre du Parti québécois en 1972. C’est pendant ses études à HEC qu’elle rencontre Jacques Parizeau, alors professeur. Un homme aussi fascinant qu’intimidant, dit-elle, qu’elle retrouvera plus tard dans d’autres fonctions. Après l’obtention d’une maîtrise en administration des affaires, elle se verra confier la responsabilité des services enfance-jeunesse où elle tentera de mettre un peu d’ordre dans les différents programmes. 

Deux ans après la victoire du Parti québécois, en novembre 1976, Pauline fait son entrée en politique, comme attachée de presse auprès de « Monsieur », le ministre Jacques Parizeau, son ancien prof. Depuis le temps qu’elle cherchait à se rapprocher du monde politique, la voilà comblée. Mais elle découvre un univers qui n’a rien à voir avec ce pour quoi elle a étudié. Elle n’est plus maître de son agenda. « Tout était décidé pour moi, tout se passait selon des règles qui me confondaient et me rebutaient. Et je n’avais pas mon mot à dire. » Sept mois plus tard, elle démissionne. Peu de temps après naîtra son premier enfant. 

Pensant avoir tiré un trait définitif sur le monde politique, voilà que Lise Payette, nommée il y a peu ministre de la Condition féminine, l’approche pour être sa cheffe de cabinet. Elle hésite un temps, puis accepte ce nouveau défi. Madame Payette sera « une mentore formidable ». Elle se souvient du premier référendum et de la triste histoire des « Yvettes ». Lise Payette sera dévastée, dit-elle.

Élue députée, Pauline Marois dirigera différents ministères avant d’être cheffe du Parti québécois. Elle sera aussi la première femme à devenir première ministre. Ce jour-là, la folie raciste a tenté de l’éliminer physiquement.

Finalement, Au-delà du pouvoir nous rappelle que l’histoire d’un peuple est intimement liée à ces femmes et ces hommes à qui on a délégué les pouvoirs de gouverner.