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Mon pays... de la désillusion

Rémi Nadeau interviewant Lucien Bouchard
Photo d'archives Peu de temps avant la campagne référendaire de 1995, avec le chef du Bloc québécois et député fédéral de Lac-Saint-Jean, Lucien Bouchard

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Le soir du 30 octobre 1995, j’ai vraiment cru que le Québec deviendrait un pays et que la nation volerait de ses propres ailes. Mais avec l’échec, quelque chose s’est brisé...

Sur la question nationale, j’ai connu les deux extrêmes. Lors du référendum de 1980, j’étais ancré dans un milieu archiconservateur de Bellechasse. J’avais 8 ans, il y avait de la tapisserie brune et orange à la maison et ma mère avait une peur bleue de l’indépendance. Elle détestait René Lévesque et ne cessait de répéter : « Pourquoi on se séparerait ? On va être dans le trouble alors que là, on est bien. » 

J’avais du mal à comprendre cette réaction émotive et viscérale, mais j’avais saisi que l’heure était grave.

En 1995, j’étais un jeune journaliste de 23 ans dans la circonscription 100 % bleuet de Lac-Saint-Jean, qui est arrivée 2e au Québec pour le plus haut taux d’appui à la souveraineté.

Entre les deux périodes, mon intérêt pour la politique n’a cessé de croître au rythme des étapes qui apparaissaient comme les jalons d’une convergence nous destinant à l’autodétermination. Du moins je le croyais. Le rapatriement unilatéral de la Constitution, l’échec de Meech, la formation du Bloc québécois, l’échec de l’entente de Charlottetown.

Le vent de liberté

À mon entrée au cégep, tant dans ma vie, que sur la planète, soufflait un vent de liberté. C’était la chute du mur de Berlin, l’effondrement de l’URSS, la fin de l’apartheid. Il régnait alors une irrésistible force de changement, contagieuse, inspirante.

Je me rappellerai toujours la Fête nationale de 1990, après la célèbre phrase de Robert Bourassa sur la société distincte. La marée de Québécois dans les rues, unis et fiers.

Pour moi, c’était assez simple. Les Québécois forment une nation. Il était inconcevable de demeurer dans un pays dont la Constitution a été adoptée sans notre accord. Visiblement, le reste du Canada ne voulait plus de nous et de notre différence. Il n’était pas souhaitable à long terme d’être privé de l’ensemble de nos leviers décisionnels. Il était temps d’assumer une pleine autonomie, de faire des choix en fonction de nos valeurs et de nos aspirations légitimes.

Le soir fatidique

Mais tout cela, j’ai dû apprendre à le vivre de l’intérieur en devenant journaliste dès ma sortie du cégep, objectivité oblige. Le soir du 30 octobre 1995, donc, j’assurais la couverture du dévoilement des résultats au complexe Jacques-Gagnon, à Alma, en dissimulant mes émotions.

À mon arrivée, je me suis retrouvé seul dans un ascenseur avec un collègue journaliste. On n’osait pas trop parler. Mais il me souffle : « Es-tu nerveux ? » « Oui, tu peux pas savoir comment », ai-je admis. On s’est dit, tous les deux, à quel point ce serait stimulant de vivre le passage à un Québec pays, un moment historique qui redéfinirait complètement notre avenir. Puis... les portes de l’ascenseur se sont ouvertes et nous avons reconstitué nos faces de poker.

Il y a eu ce moment de palpitation quand le Oui a pris les devants en début de dépouillement. Mais quand le Non a triomphé, beaucoup de choses ont été balayées d’un coup dans mon esprit. J’ai enregistré mon reportage radio sur le pilote automatique, un peu comme dans un état second, ébranlé. Je suis rentré chez moi en sachant que je n’allais pas dormir. Que je devrais revêtir mon habit de neutralité totale quelques heures plus tard, pour raconter la soirée référendaire dans l’émission du matin. Sans espace pour la déception.

J’ai eu le sentiment de vivre deux immenses désillusions. 

En réalisant que le Canada ne changerait pas pour permettre au Québec d’atteindre son plein potentiel. Et que le Québec ne se donnerait pas les moyens d’y arriver par lui-même. Je n’ai plus retrouvé ce goût par la suite, même secrètement. J’ai tourné la page. Seule mon objectivité y a gagné au change. 

En vrac  

Le Jacques Gourde du Salon bleu ?

Rémi Nadeau interviewant Lucien Bouchard
Photo Simon Clark

Le libéral Monsef Derraji a provoqué des sourires à quelques reprises en haussant le ton à l’Assemblée nationale. Mercredi, il a tonné : « Quand est-ce que le ministre de l’Économie va agir enfin ? » Le baraqué Pierre Fitzgibbon a déridé ses collègues en jouant la comédie. « Je suis ébranlé »... 

La motion de la semaine

Rémi Nadeau interviewant Lucien Bouchard
Photo Simon Clark

L’Assemblée nationale a condamné le meurtre barbare d’un enseignant français qui avait montré en classe des caricatures de Mahomet. « Les terroristes islamistes [...] s’attaquent au plus beau métier du monde, être enseignant, car ils savent très bien qu’en s’attaquant à l’enseignement, ils s’attaquent au savoir », a dit Marwah Rizqy. 

Les bulletins  

Andrée Laforest, CAQ 

Rémi Nadeau interviewant Lucien Bouchard
Photo Simon Clark

La ministre des Affaires municipales a suscité des suspicions. La Presse a révélé qu’elle a autorisé le dézonage de terres agricoles dans Lanaudière, en dépit de l’avis défavorable de trois ministères directement concernés. Au moment où le gouvernement milite pour l’autosuffisance alimentaire, ça sonne faux.  

Dominique Anglade, PLQ 

Rémi Nadeau interviewant Lucien Bouchard
Photo Simon Clark

Magnifique sortie, inspirée, sincère, contre la dérive de rectitude ayant entraîné la suspension d’une prof qui a prononcé le mot en N à l’université d’Ottawa, dans un cadre académique. « Ce que je n’aime pas voir dans nos universités, c’est une incapacité à avoir un dialogue. » Amen. 

Geneviève Guilbault, CAQ 

Rémi Nadeau interviewant Lucien Bouchard
Capture d'écran, TVA Nouvelles

Belle démonstration de leadership pour la grande région de Québec. La ministre responsable a réussi un coup de maître en réunissant deux adversaires autour d’une noble cause. Régis Labeaume et Gilles Lehouillier ont plaidé, avec elle, pour le respect des consignes sanitaires, afin de sortir la Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches du rouge foncé. 

Benoit Charette, CAQ 

Rémi Nadeau interviewant Lucien Bouchard
Photo Simon Clark

Plusieurs avant lui ont cédé au puissant lobby des entreprises contre l’élargissement de la consigne. Les représentants des détaillants ont brandi une hausse du panier d’épicerie au jour 1 de la consultation à ce sujet, mais le ministre de l’Environnement n’a pas cédé un pouce. « Faites votre deuil, le statu quo n’est pas une option. » Et vlan !