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De collectionneur d’art à itinérant

Le passionné québécois a été expulsé de son logement il y a trois ans pour plonger dans une profonde déprime

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Photo Steve Madden, Agence QMI Denis-André Lépine, un collectionneur d’art aujourd’hui en situation d’itinérance, habite depuis 15 semaines une chambre de l’ancien hôpital Royal Victoria, à Montréal.

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Un collectionneur d’art qui a tout perdu pourrait sortir de sa misère si le musée montréalais dans lequel une partie de ses œuvres sont en dépôt trouvait un acheteur. 

«C’est la honte d’être sans adresse fixe. Les personnes ne veulent pas raconter ces histoires et les gens ne veulent pas en entendre parler. C’est l’omerta», confie Denis-André Lépine, de sa chambre de l’ancien hôpital Royal Victoria, converti en refuge pour la population itinérante. 

L’homme de 69 ans vit en situation d’itinérance depuis bientôt trois ans. 

Ça a commencé après un conflit acrimonieux avec les propriétaires de l’immeuble à logements de Westmount qu’il habitait depuis 39 ans. Tous ses biens ont alors été saisis, et son bail a été résilié.

Cette situation l’a plongé dans «une profonde déprime», de laquelle il commence à peine à se sortir.

Après deux tentatives de suicide et des années à être trimballé d’un endroit à un autre, Denis-André Lépine emménagera finalement le 3 novembre dans des logements destinés aux aînés en situation d’itinérance.

Passionné de peinture

Pourtant, avant de tomber à la rue, M. Lépine menait une vie rangée. 

Ce qui a toujours animé ce vendeur de chaussures puis pigiste dans le domaine des communications, ce sont les œuvres d’artistes québécois.

Il possède entre autres une centaine de tableaux des peintres Marc Poissant, Marcel Ravary, Roger Cantin et Léo-Paul Tremblé, à l’abri dans un entrepôt et «assurés pour 150 000$», précise-t-il.

Mais sa plus grande fierté, c’est les quelque 150 œuvres du caricaturiste, illustrateur et peintre Normand Hudon, décédé en 1997, qui a collaboré avec plusieurs journaux, des années 1950 à 1970.

«Quand j’ai commencé à collectionner il y a 30 ans, c’était un rêve qui se réalisait, raconte-t-il. Quand je vais être rétabli de toute cette dépression, oui, je vais commencer à vendre.»

«Je connais Denis depuis une vingtaine d’années. Je l’ai vu accumuler ces dessins. Il avait le pif. Il était toujours à l’affût», explique Christian Vachon, conservateur de la collection Art documentaire au Musée McCord, où sont aujourd’hui abritées les œuvres de M. Lépine. 

Lorsqu’il a été expulsé de son logement, le sexagénaire a demandé l’aide du musée, qui souhaitait acquérir sa collection depuis 2001, dit-il.

«On a sécurisé les œuvres qui avaient été saisies par les huissiers. Quand il est venu les déposer, il était tellement ému. Il nous léguait ce qu’il avait de plus précieux», poursuit le conservateur.

Il estime la valeur de la collection à près de 100 000$, ce qui «sortirait M. Lépine de la misère», selon lui.

Le bon mécène

Depuis le début de la pandémie, le marché de l’art est sur pause. Le musée a même décrété un moratoire temporaire sur les acquisitions.

Il est donc difficile de trouver un acheteur pour la collection de Denis-André Lépine, qui pourrait ensuite l’offrir à l’établissement, les musées privés n’ayant pas de budget consacré à l’achat d’œuvres d’art.

«On attend un mécène qui pourra et voudra préserver l’œuvre de Normand Hudon», ajoute M. Vachon.

Trois des œuvres de Normand Hudon  

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Photo courtoisie

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