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Lévesque aurait-il été caquiste ?

La nouvelle biographie du fondateur du Parti québécois soulève la question

René Lévesque avec sa conseillère Martine Tremblay
Photo d'archives René Lévesque, photographié en compagnie de celle qui a notamment été sa cheffe de cabinet, Martine Tremblay.

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René Lévesque était-il un « homme de centre droit », un « libéral-réformateur » à la recherche du vote conservateur, comparable à la clientèle politique de la CAQ ? Ce sont des questions soulevées dans la nouvelle biographie du chef historique du Parti québécois, « René Lévesque et nous ».

Le premier ministre François Legault est interviewé dans cet ouvrage écrit par Pierre Gince et Marie Grégoire. Il y fait un parallèle entre le « beau risque » de René Lévesque, et son propre cheminement politique, qui l’a emmené à créer la CAQ. 

En 1984, le chef progressiste-conservateur Brian Mulroney devient premier ministre du Canada. M. Lévesque tente le beau risque avec lui, et déclare : « dans le cadre actuel, la souveraineté est une police d’assurance ».  

« Ça prenait du courage pour amener le PQ sur ce chemin-là. Mais Lévesque a écouté le peuple et s’est ajusté. Il ne pouvait pas garder le Québec dans un cul-de-sac après la défaite référendaire et le coup de force constitutionnel de Trudeau », raconte-t-il dans l’ouvrage.

« Le même cheminement » 

Martine Tremblay croit qu’aujourd’hui M. Lévesque « ne serait probablement pas très loin de la clientèle politique de la CAQ ».
Photo courtoisie
Martine Tremblay croit qu’aujourd’hui M. Lévesque « ne serait probablement pas très loin de la clientèle politique de la CAQ ».

« Je me reconnais beaucoup là-dedans. J’ai fait un peu le même cheminement. Je trouvais que le Québec était dans une sorte de cul-de-sac avec le duo PQ-PLQ. René Lévesque a réussi à amener le PQ dans cette direction, mais ça lui a coûté cher, même s’il était le fondateur. Moi, j’ai choisi de fonder un autre parti », ajoute-t-il.  

Il soutient que la « fierté » est un fil conducteur entre lui et son idole politique. 

Martine Tremblay, qui a été cheffe de cabinet de M. Lévesque et qui a elle-même écrit un ouvrage à son sujet, dit que M. Lévesque visait dans les années 1970 « le vieux fond bleu nationaliste, plutôt rural et plus conservateur ». « Aujourd’hui, René Lévesque ne serait probablement pas très loin de la clientèle politique de la CAQ », affirme-t-elle. 

« Selon moi, il est resté un libéral réformiste, ce qui explique pourquoi il n’a pas voulu faire d’alliance avec le RIN ni établir de liens formels avec les centrales syndicales », ajoute-t-elle. 

Francine La Haye, qui a été attachée politique pour M. Lévesque, l’aperçoit également comme un « démocrate de centre droit » qui ne se voyait pas aller à l’encontre de la volonté populaire exprimée en 1980 : il souhaitait donner une nouvelle chance au fédéralisme.  

« Amour des pauvres » 

René Lévesque avait également un « amour des pauvres, des démunis, de ceux qui ont de la misère, et qui en arrachent », souligne le mandarin Louis Bernard. Ministre de la Famille sous Jean Lesage, il a « toujours été sensible aux conditions de vie des démunis ». Louise Beaudoin raconte qu’il n’aimait pas « la bourgeoisie conservatrice de la haute ville de Québec ». 

Il n’est pas facile d’étiqueter M. Lévesque. Claude Morin parle d’un « personnage complexe et difficile à saisir ». Il cite une proche collaboratrice, Evelyn Dumas : « tenter de cerner René Lévesque, c’est tenter d’attraper du mercure ».  

Un homme cassé 

Le livre raconte René Lévesque grâce au témoignage de cinquante personnes – sa sœur Alice Lévesque-Amyot, son garde du corps, Victor Landry, le Grand Chef Konrad Sioui, une brochette d’ex-ministres et collaborateurs de la première heure. On y raconte son passage au Parti libéral, la fondation du Parti québécois, puis son accession au pouvoir, et les deux mandats que les Québécois lui donneront.

Le premier, très heureux, où les réformes majeures se succédaient, et le deuxième, où les défaites ont brisé l’homme. « Il faisait le tough, comme si lui n’avait pas de doutes, d’angoisses ou d’émotions, pourtant, c’était un être sensible et torturé qui vivait avec ses démons intérieurs et ses contradictions », souligne Jean-Pierre Charbonneau.  

Quelques extraits du livre  

(...) Député de Laurier, il était intervenu en faveur d’un commerçant afin qu’il puisse obtenir un permis d’alcool. Une fois celui-ci obtenu, le commerçant est retourné voir Lévesque pour lui remettre une enveloppe contenant 500 dollars. Lévesque lui a dit : viens avec moi, tu vas remettre cet argent au Patro le Prévost.

« Il est né en 1922 et on lui avait appris qu’un gars, ça ne montre pas ses émotions et ça ne pleure pas. Il a hérité d’une culture qui tolérait les comportements et les blagues sexistes, alors qu’il n’était pas du tout misogyne ».

– Martine Tremblay, cheffe de cabinet de René Lévesque

« Malgré sa résilience légendaire, Monsieur Lévesque a été cassé, d’un point de vue clinique, par le rapatriement de la constitution. Vraiment cassé. C’est le médecin qui l’affirme. »

– Pierre Marc Johnson, successeur de René Lévesque à la tête du PQ