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[PHOTOS] Voici 8 boulangeries, pâtisseries et biscuiteries d'antan qui ont fait le bonheur des gens de Québec

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Au fil des décennies, la ville de Québec a vu défiler sur son territoire des centaines de boulangers, de pâtissiers, de biscuitiers et de confiseurs qui répondaient aux besoins de la population.

Plusieurs ont eu une existence éphémère, d'autres ont existé plus longtemps, et certains ont même traversé le temps et sont toujours en service de nos jours. 

Voici huit de ces artisans qui, à leur époque, ont eu des clientèles importantes et qui ont laissé leur nom à l'histoire.

1. La boulangerie Johnston  

La boulangerie Johnston située au coin des rues D'Auteuil et Saint-Jean, 1899.
Photo BAnQ, Fred C. Würtele, P546,D1,P30.
La boulangerie Johnston située au coin des rues D'Auteuil et Saint-Jean, 1899.

Au XIXe siècle, la ville de Québec comptait de nombreux boulangers. 

Parmi ceux-ci, l’Écossais George Johnston qui s’établit, vers 1842, dans une maison de la rue Saint-Jean située au coin nord-est de la rue D’Auteuil. Il s’agissait d’une ancienne construction qui, selon les gens de l’époque, datait du XVIIe siècle. Son style tend à confirmer cette hypothèse. 

En 1861, son fils Peter se joint à lui puis, en 1867, il lui cède l’entreprise. À partir de 1871, Peter entreprend la production de biscuits. Finalement, vers 1888, il vend sa boulangerie-biscuiterie à William Lyons. Ce dernier l’exploitera jusqu’en 1901 alors que la propriété est vendue, puis démolie. 

La Jacques Cartier Water and Power Company fait alors construire un nouvel immeuble selon les plans des architectes François-Xavier Berlinguet et René-Pamphile Lemay. 

En 1911, l’édifice est acheté par la Canadian Bank of Commerce (CIBC). Cet édifice est aujourd'hui occupé par une succursale des magasins La Source. 

Peter Johnston a été conseiller municipal du quartier Saint-Jean de 1878 à 1886, puis de 1892 à 1894.

2. Hethrington  

La boulangerie Hethrington vers 1915
Photo BAnQ, E6,S8,SS6,P171.
La boulangerie Hethrington vers 1915

Dans le faubourg Saint-Jean se trouve un édifice à logements désigné sous le nom de Tour Saint-Jean. Sous le Régime français, on retrouvait à cet endroit la propriété d'Abraham Martin. Sur son terrain jaillissait une fontaine dont la pureté de l'eau lui valut le nom de «claire fontaine». Elle donnera son nom à la rue qui commence sa course un peu plus loin à l'ouest.

C'est à cet endroit, et probablement en raison de cette eau pure, que l'immigrant irlandais John Hethrington ouvre une boulangerie en 1842. Il décède en 1855, et c'est son fils Thomas qui prend la relève. 

Au tournant du XXe siècle, on ne compte pas moins d'une trentaine de boulangeries dans la capitale, et c'est celle d'Hethrington qui domine. Elle est alors dirigée par la troisième génération, soit celle de Thomas Summerfield Hethrington. 

Outre des pains, on produit des pâtisseries, des biscuits et des bonbons, tout en se spécialisant dans la fabrication de gâteaux de noces et de fêtes. 

Dans les années 1930, à l'instar de la concurrence, on commence la livraison à domicile; leurs camions bourgogne se démarquent des autres. 

En 1950, un groupe d'investisseurs devient propriétaire de la boulangerie qui fermera néanmoins ses portes en 1957 à la suite de difficultés financières. Elle aura longtemps été la plus importante boulangerie de Québec. 

Plusieurs se souviendront des pains Hethrington de marque Unic ainsi que de leurs biscuits à thé.

3. William McWilliam  

La boulangerie McWilliam de 1908, rue D'Auteuil
Photo Jean-François Caron
La boulangerie McWilliam de 1908, rue D'Auteuil

William McWilliam était un pâtissier-confiseur qui avait son commerce sur la rue Saint-Jean, à l'endroit où on retrouvait jusqu'à tout récemment le restaurant Pizzeria D'Youville. 

Il commence ses activités en 1857. En 1908, alors que les affaires roulent à plein régime, McWilliam fait construire, sur la rue D'Auteuil, une nouvelle boulangerie et une manufacture de bonbons. 

Les plans de cet édifice de trois étages avaient été dessinés par les architectes Staveley & Staveley. Il s'agit de l'actuel édifice en briques brunes situé au 5 de la rue D'Auteuil. On y retrouve aujourd'hui des logements. Sur son coin nord-ouest, une pierre de calcaire porte une inscription gravée: «McWilliam 1908».

La boulangerie McWilliam de 1908, rue D'Auteuil (détail)
Photo Jean-François Caron
La boulangerie McWilliam de 1908, rue D'Auteuil (détail)

En 1916, l'édifice est agrandi jusqu'au coin de la rue (l'actuel 7, rue D'Auteuil). 

C'est un incendie qui mettra fin aux activités de cette entreprise en 1937. De nos jours, la rue McWilliam voisine rappelle la mémoire de ce pâtissier-confiseur.

4. La pâtisserie Vaillancourt  

La flotte de camions de la boulangerie Diana
Photographie Lefaivre & Desroches, collection Jocelyn Paquet
La flotte de camions de la boulangerie Diana

Vous souvenez-vous des petits gâteaux Vaillancourt et de la chanson accompagnant leur publicité: «Diana a rencontré Vaillancourt et depuis c’est le grand amour...»? 

Joseph, né Jean-Baptiste, Vaillancourt est à l’origine d’une importante entreprise qui aura pignon sur rue à Québec durant plus de 80 ans. 

En 1898, après l’apprentissage de son métier chez le pâtissier Allard de la rue Saint-Vallier, Joseph Vaillancourt ouvre son propre magasin de pâtisseries, de confiseries et de boulangerie. Le nouvel établissement est situé sur la rue Saint‐Joseph. Joseph est alors âgé de 23 ans. 

Une fois bien établi, il épouse Diana Boilard en 1900. L’avenir s’annonce reluisant pour le couple jusqu’en 1911 alors que Joseph Vaillancourt meurt. Diana attend son neuvième enfant. 

Elle décide néanmoins de relever le défi de reprendre les affaires de son défunt mari. Elle sera appuyée dans cette aventure par sa sœur Noéma, qui renonce à la vie religieuse pour la suivre. Elle laisse alors tomber la boulangerie pour ne conserver que la pâtisserie. 

Le commerce connaît dès lors un essor prodigieux grâce à plusieurs innovations, dont notamment, en 1924, l’utilisation de camions de livraison. 

En 1937, le commerce est agrandi par l’ajout d’une aile de cinq étages où est concentrée la production. C’est au cours de ces années qu’est né le célèbre gâteau May-West. 

En 1942, deux des fils Vaillancourt reprennent la production du pain en fondant les Produits Diana Inc. C’est alors qu’apparaît pour la première fois à Québec l’emballage du pain dans la cellophane. 

Au début des années 1950, face aux succès engendrés par une demande accrue, l’entreprise s’installe dans le centre industriel Saint‐Malo. 

Les gâteaux Vaillancourt y seront produits jusqu’en 1972 alors que Vachon en fait l’acquisition. Quant aux Produits Diana, ils seront englobés par la boulangerie Samson de Lévis en 1976.

5. Si frais, si bon, Simard  

Publicité du Pain Simard Limitée tirée du journal L'Action catholique du 17 novembre 1955.
Publicité du Pain Simard Limitée tirée du journal L'Action catholique du 17 novembre 1955.

Plusieurs se souviendront de ce slogan commercial. La boulangerie Simard est l'une de celles qui ont persisté le plus longtemps, et elle a été une des plus importantes à Québec. 

Ses camions verts et ses livreurs tout de bleu vêtus sillonnaient les rues de la ville et de sa banlieue pour livrer son pain à domicile. 

C'est en 1898 qu'Odilon Simard ouvre sa boulangerie sur la rue des Prairies dans le quartier Saint-Roch. Il s'agira d'une petite boulangerie artisanale jusqu'en 1936 alors que Joseph Bergeron et ses frères en font l'acquisition. Il conserve le nom qui jouit d'une belle réputation, et l'entreprise devient le Pain Simard Limitée. 

En 1949, c'est à Giffard qu'ils font construire une vaste boulangerie. Les affaires prospèrent et, en 15 ans, le chiffre d'affaires est multiplié par 30. 

Dans les années 1950, le Pain Simard distribue une gamme de produits assez variés et même étonnants: du pain blanc tranché, du pain ordinaire non tranché d'une livre et de deux livres, du pain sandwich, du pain de blé, du pain français, belge, chinois (pain cuit à la vapeur), du pain baguette, du pain à hamburgers et à hot-dogs, du pain home made, du pain gros court, du pain à salade et du pain canadien. 

Durant la même période, le pain est distribué à domicile, en basse-ville avec des voitures à chevaux, puis en haute-ville et dans la banlieue avec des camionnettes. On livre également dans les épiceries. 

Dans les années 1960, la concurrence devient vive, et dans la décennie 1970, l'industrie connaît une crise. C'est dans ce contexte qu'en 1974, Simard est acheté par la boulangerie Vaillancourt, qui passe elle-même aux mains de la boulangerie Samson de Lévis en 1976. 

Finalement, au milieu des années 1980, toutes les boulangeries de Québec seront réunies sous la bannière Multi-Marques. Néanmoins, le pain Simard aura été en vente dans la région de Québec durant plus de 75 ans.

6. Les biscuits Leclerc  

François Leclerc entouré de ses employés et de quelques-uns de ses enfants dans la cour arrière du 165, rue Arago, à Québec.
Photo collection privée
François Leclerc entouré de ses employés et de quelques-uns de ses enfants dans la cour arrière du 165, rue Arago, à Québec.

Lorsque François Leclerc décide de lancer sa biscuiterie à Québec au début du XXe siècle, avec le concours de son épouse Zélia Richard, il est un tout petit joueur dans un milieu de biscuitiers alors en pleine expansion. Le couple aménage une petite manufacture à deux étages, munie d’un four en briques à l’arrière du 165, rue Arago. 

L’entreprise commence officiellement le 17 juin 1905 sous le nom de Frs Leclerc. On met au point plusieurs variétés de biscuits. Les ingrédients sont très simples: farine, saindoux, sucre, soda à pâte, ammoniac et eau. Confectionnés et cuits à la main, les biscuits répondent aux goûts de l’époque: les biscuits à thé, au gingembre et à la mélasse ont la cote, de même que les biscuits éponge à la gelée. 

Le couple est épaulé par une demi-douzaine d’employés qui mesurent, mélangent, pétrissent, cuisent, emballent et livrent les biscuits. Les enfants Leclerc participent dès qu’ils ont l’âge d’apporter leur aide. 

Avec une ténacité remarquable, la petite biscuiterie parvient à faire sa place, une caisse de biscuits à la fois. Dès les années 1920, on peut trouver des produits Leclerc de Portneuf jusqu’à Kamouraska et, une trentaine d’années après la fondation, ils se vendent largement d’est en ouest de la province, de la Mauricie jusqu’à la Gaspésie. 

Aujourd’hui, les descendants du fondateur sont toujours à la tête du Groupe Biscuits Leclerc, dont les huit usines au Québec, en Ontario et aux États-Unis produisent plus d’un milliard de biscuits par an: ceux-ci sont vendus jusqu’en Égypte, en Afrique du Sud et même en Australie. 

Que de chemin parcouru, depuis la petite biscuiterie artisanale créée par François et Zélia Leclerc en 1905! (collaboration spéciale de Catherine Ferland)

7. La pâtisserie Kerhulu  

Devanture de la pâtisserie Kerhulu située au 22, côte de la Fabrique, vers 1950.
Carte postale, BAnQ
Devanture de la pâtisserie Kerhulu située au 22, côte de la Fabrique, vers 1950.

Joseph Kerhulu est né à Rostrenen en Bretagne en 1876. Il débarque au Québec en 1906 et il s'installe à Montréal, où il ouvre un restaurant sur la rue Saint-Denis. 

Lorsque la Grande Guerre éclate, il s'enrôle comme volontaire et retourne en Europe pour combattre. 

La paix revenue, il retourne diriger son établissement montréalais, mais en 1922, il le vend et rentre en Bretagne. En 1924, éprouvant probablement de la nostalgie pour son pays d'adoption, il revient s'y installer à demeure, à Québec cette fois-ci. 

Il acquiert alors la maison Patry de la côte de la Fabrique, un magasin d'importations, et l'année suivante, il y inaugure un restaurant qui sera très fréquenté, ainsi qu'une pâtisserie qui fera sa renommée. 

Joseph Kerhulu décède à Québec en février 1957. Quelques années auparavant, il avait pris sa retraite. 

Le restaurant ferme ses portes à la fin des années 1960, mais les autres activités connexes demeureront en service. À Pâques, la pâtisserie produisait du chocolat. 

En 1982, la Délicatesse Nourcy achète Kerhulu; la pâtisserie, la boulangerie, la fromagerie et la charcuterie prendront le nom de Nourcy, mais le chocolat et la confiserie conserveront celui de Kerhulu. 

Nourcy continuera à vendre le chocolat de Pâques Kerhulu jusque dans les années 2000.

8. La pâtisserie Frontenac  

Publireportage de la pâtisserie Frontenac tiré du journal Le Soleil du 29 janvier 1949.
Publireportage de la pâtisserie Frontenac tiré du journal Le Soleil du 29 janvier 1949.

Joseph-Henri Lusignan ouvre la pâtisserie Frontenac en 1929. L'entreprise est alors située dans le faubourg Saint-Jean, sur le côté nord de la rue éponyme, entre les rues Saint-Augustin et Sainte-Geneviève. Elle se spécialise dans les pâtisseries françaises et les petits gâteaux pour les thés et les banquets. 

En 1943, après plusieurs années d'opération, le pâtissier Georges Matte prend le relais. En janvier 1949, il déménage son commerce à l'emplacement de l'actuel 65, rue Saint-Jean, à deux pas du coin sud-est de l'avenue De Salaberry. 

Cette pâtisserie sera en service jusqu'en 1953, moment où elle ferme ses portes. L'édifice existe encore de nos jours. Il s'agit d'un bâtiment de style Second-Empire construit au début des années 1840. 

On y retrouve désormais un commerce de vêtements. On est loin du petit gâteau.  

  • Ne manquez pas, le 10 novembre prochain, la sortie du livre Les Biscuits Leclerc. Une histoire de cœur et de pépites de l'historienne Catherine Ferland aux éditions du Septentrion.    

Un texte de Jean-François Caron, historien, Société historique de Québec  

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