/news/society
Navigation

Vivre sous une tente depuis six ans, même en hiver

Robert Duguay, un homme de 43 ans a passé les six derniers hivers sous une tente à Gatineau.
Photo AGENCE QMI, Pierre-Jean Séguin Robert Duguay, un homme de 43 ans a passé les six derniers hivers sous une tente à Gatineau.

Coup d'oeil sur cet article

Alors que la pénurie de logements à Gatineau continue de s'accentuer, des itinérants s'organisent du mieux qu'ils peuvent avant l'arrivée de l'hiver.

Robert Duguay, un homme de 43 ans, originaire du Nouveau-Brunswick, a passé les six derniers hivers sous une tente installée dans un sous-bois en bordure du ruisseau de la Brasserie qui se jette dans la rivière des Outaouais. Il y a affronté les hostilités du climat, même par moins 40.

Comme beaucoup d'autres itinérants, l'Acadien nous avoue qu'il est toxicomane et que sa dépendance aux amphétamines (speed) et au cannabis détruit sa vie, et l'empêche d'exercer le métier qu'il aimait.

Robert Duguay, un homme de 43 ans a passé les six derniers hivers sous une tente à Gatineau.
Photo AGENCE QMI, Pierre-Jean Séguin

Pendant notre rencontre, il ira chercher auprès de son pusher qui s'agglutine avec d'autres itinérants une douzaine de comprimés de speed, des pilules qu'il avale toutes les deux ou trois heures.

«Mon chèque de b.s. [aide sociale] y passe presqu'au complet, dit-il. Environ 700 $, sur un total de 740 $.»

Malgré des thérapies et une agression au couteau dont il prétend avoir été victime pour une dette de drogue qui ne serait pas la sienne, l'homme avoue avec dépit qu'il est incapable d'arrêter de consommer, au point où il se prive de voir son enfant de 12 ans, confié à une famille d'accueil.

«J'avais le droit de visite, mais j'ai arrêté ça. J'étais en train de me rendre malade avec ça», avoue candidement Robert Duguay, conscient qu'il ne peut apporter l'encadrement nécessaire à l'éducation d'un enfant.

Le directeur de la soupe populaire de Hull, Michel Kasongo, sait très bien que la plupart des campeurs improvisés éprouvent des problèmes de toxicomanie ou de santé mentale et il faut selon lui modifier l'approche envers cette clientèle.

«Il leur faut plus qu'un endroit pour se loger et pour manger, ces gens-là ont besoin de services spécialisés», dit-il en entrevue à l'Agence QMI.

La capacité des refuges étant réduite en cette période de pandémie, la Ville de Gatineau a converti le Centre Robert-Guertin, le domicile des Olympiques de la LHJMQ (Ligue de hockey junior majeur du Québec), en refuge temporaire pour sans-abri.

Pour ce qui est des tentes et des campements de fortune érigés par certains sans-abri, ponctuellement, ils sont démantelés par des employés municipaux accompagnés d'intervenants sociaux sous la supervision de la police.

La Ville insiste pour que les itinérants choisissent des ressources d'hébergement déjà en place. Un vœu pieux cependant, puisque les campements réapparaissent dans les heures suivant leur démantèlement. Actuellement, on compte une quinzaine de tentes et d'abris autour du Centre Robert-Guertin.

«Je les comprends d'une certaine manière de vouloir démanteler les tentes, mais le problème est encore là, puis il grossit d'une année à l'autre», précise le campeur Robert Duguay qui espère finalement pouvoir emménager avec sa blonde avant l'hiver dans un logement subventionné... et chaud.