/opinion/blogs/columnists
Navigation

Personne n’est contre la tarte aux pommes

Personne n’est contre la tarte aux pommes
AFP

Coup d'oeil sur cet article

Oseriez-vous être CONTRE la tarte aux pommes? Tout le monde aime la tarte aux pommes, c’est connu. Il en va de même pour la «diversité», cet euphémisme qui replace pourtant une façon bien précise de construire le «vivre-ensemble».

Langage connoté

Ne soyons pas dupes, dans bien des contextes, quand un politicien, un chroniqueur ou un militant fait l’apologie de la «diversité», il s’agit d’un euphémisme qui évite l’emploi d’un autre terme, plus chargé: le multiculturalisme. 

Dans la bouche du premier ministre du Canada, comme un mantra répété ad nauseam, l’expression «diversity is our strength» [la diversité est notre force] devrait être entendue en considérant l’appui total de ce politicien à la politique du multiculturalisme canadien.

Faire du Canada une espèce d’éden multiculturel est d’ailleurs au cœur de l’action politique de Justin Trudeau. Un legs de son père qu’il entend défendre et passer au suivant. 

Et il compte des adeptes, à Montréal par exemple. La métropole, sous le règne de Valérie Plante, est devenue une sorte de cité-État laboratoire de multiculturalisme dans le Québec. En bilingue, tel que le montre trop souvent la communication institutionnelle de la Ville.

Le Québec est habitué au langage connoté. Aux euphémismes et aux déformations des concepts, au nom de différents militantismes. Le terme «multiculturalisme» passe mal au Québec. Et parfois aussi dans le Canada. En lui préférant le mot «diversité», connoté positivement, ça passe mieux. Le jour où le terme «diversité» sera devenu un peu trop chargé lui aussi, on pourra le remplacer par «tarte aux pommes». 

Personne n’est contre la tarte aux pommes. 

Militantisme sémantique

Jean Chrétien et les fédéralistes de son époque l’avaient bien compris quand ils ont réussi à imposer le terme «séparatistes» pour qualifier les indépendantistes québécois.

Vous êtes pour la «séparation»? 

Ça passe pas mal moins bien que d'aspirer à son «indépendance». Et il en fut ainsi également pour le terme «référendum». Vu du Québec, ce terme est devenu lourd, lassant. 

«Pas encore le référendum!»

C’est devenu tellement caricatural, cette perversion de sens, que les libéraux provinciaux du Québec en ont fait une munition électorale quasi infaillible pendant des décennies.

«Vous allez voter pour le PQ? Référendum!»

[Didascalie: ici, essayez de vous imaginer une foule qui réagit, parfois avec frayeur, d’autres fois avec agacement]

Lors de la campagne électorale de 2014, le PLQ a reçu tout un coup de main du porte-parole du Directeur général des élections (DGEQ) quand ce dernier avait opiné, sans fondements, que si le PQ était élu, son organisation devait avoir à se préparer à la tenue d’un... référendum.

Un bon coup de Jarnac dans les jarrets de l’adversaire péquiste. 

Une langue jamais neutre

Il en est ainsi de tous nos débats au Québec. Des militants qui ont accaparé le terme «inclusif», tout en multipliant les excommunions et les assignations de racisme et d’intolérance à tout vent.

Des militants qui battent le pavillon de la «diversité», tout en lui dessinant des contours idéologiques si étroits que la majorité s’y sent exclue. 

Des militants supposément «progressistes», mais qui pratiquent un genre de terrorisme linguistique aux confins absolutistes: gare à ceux qui refusent le qualificatif «systémique» du racisme, honte à ceux qui refuseront la censure des termes «agressants» [un glossaire des interdits à bâtir en fonction de leur définition de ce qui serait une microagression]... 

À cogiter la prochaine fois qu’on fera l’apologie de la «diversité» à la première chaîne de la radio d’État francophone. 

«Diversité» en opposition à quoi? 

Et remplacer le terme «diversité» par «tarte aux pommes». 

Comment faites-vous pour être contre la tarte aux pommes!