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Prisons fédérales: trop de cas de violences sexuelles non rapportés, selon un rapport

PENITENTIER DONNACONA
Photo d'archives, René Baillargeon

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Les violences sexuelles constituent un problème répandu et sous-déclaré dans les prisons fédérales et les auteurs présumés s’en tirent facilement. 

C’est le constat lapidaire que fait le Bureau de l’enquêteur correctionnel dans un rapport découlant d'une enquête sur la coercition et la violence sexuelle dans les pénitenciers fédéraux.

«Nous savons que les violences et les sévices sexuels se multiplient dans une culture de silence ou d'indifférence organisationnelle», a soutenu mardi l'enquêteur correctionnel du Canada, le Dr Ivan Zinger, estimant que l’heure est venue pour que Service correctionnel du Canada (SCC) ait «une conversation transparente et honnête sur l'étendue du problème».

En l’occurrence, cet ombudsman a indiqué que les victimes ne signalent pas les cas de violence, car il y a trop d'obstacles et de risques. Plusieurs ont peur de représailles ou de vengeance. Pour d’autres, c’est la crainte de ne pas être crues, d'être ridiculisées ou même punies pour avoir signalé des incidents.

«J'ai été perturbé de constater des lacunes considérables dans l'approche du Service correctionnel du Canada (SCC) pour ce qui est de détecter et d'empêcher la coercition et la violence sexuelle dans les prisons et de mener des enquêtes», a-t-il dit, soulignant que la plupart des cas ne font pas l'objet d'enquête et que les tribunaux en sont rarement saisis.

L’enquêteur déplore qu’aucune stratégie n’ait été mise en place pour repérer, identifier, assurer le suivi ou gérer les auteurs de violences sexuelles à répétition ou chroniques.

Il a constaté que les auteurs présumés étaient tout simplement déplacés dans l'établissement ou mutés à un autre pénitencier sans qu'il y ait de mesures réelles prises pour empêcher des incidents futurs.

Le Dr Ivan Zinger a exhorté le fédéral «à prendre des mesures législatives qui imposeraient une tolérance zéro et une approche préventive pour ce qui est de la violence et des sévices sexuels dans les prisons, ainsi que l'obligation [...] d'émettre un rapport public sur ces incidents».

Réagissant au rapport, la commissaire du Service correctionnel du Canada, Anne Kelly, a souligné que son organisation est ouverte et prête à «apporter des améliorations et à faire des progrès continus».

Sur la question de la violence sexuelle dans les établissements, cette dernière a assuré qu’elle était prise «très au sérieux».

«L’adoption d’une approche de tolérance zéro à l’égard de la coercition et de la violence sexuelles est conforme aux politiques du SCC et essentielle à ses activités, a-t-elle dit. Notre priorité consiste toujours à protéger la santé physique et mentale, ainsi que la sécurité générale, des personnes sous notre responsabilité.»

De son côté, le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, a soutenu qu’une recherche va être menée par son ministère afin d'éclairer une stratégie qui aidera à détecter et à prévenir la situation et à intervenir au besoin. Un rapport provisoire est prévu pour le printemps prochain.