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Savard et Demers sacrifiés au nom du Canada?

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La semaine dernière, Mario Dumont et Réjean Tremblay ont établi un corollaire entre la défaite du OUI au référendum de 1995 et le départ des Nordiques. Une suggestion louable, le OUI francophone de la région de Québec n’ayant pas été à pareille hauteur qu’ailleurs en province.

Permettez-moi une piste différente. Octobre 1995. La caravane du OUI a la cote. Elle sillonne le Québec et fait salle comble partout. Lucien Bouchard enchaîne les discours enflammés, le peuple est debout à sa suite.

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Parallèlement, la saison du Canadien commence croche. L’équipe perd ses quatre premiers matchs, dont une varlope de 7-1 au Forum contre Philadelphie dès le départ. Après des défaites de 6-1 en Floride et de 3-1 à Tampa Bay, le CH revient au Forum et se fait planter 4-1 par les Devils.

Ronald Corey en a assez vu et procède à un grand ménage en congédiant Serge Savard et Jacques Demers. Liquider le directeur général et le coach après seulement quatre matchs, ne serait-ce que quatre défaites, n’a pas beaucoup de sens. Comment ne pas croire à un geste de panique, une improvisation face à la grogne populaire...

Y’a cependant quelque chose qui cloche. Le Canadien subit sa quatrième défaite le 14 octobre, et le président Corey limoge Savard et Demers le 17 octobre... trois jours plus tard, discréditant la thèse du geste de panique.

Endiguer la débâcle

Ce qui me ramène à la caravane du OUI. Tous les sondages font du Québec un pays. Le vent est plus que favorable aux troupes stigmatisées par Lucien Bouchard. Qui plus est, le Canadien perd. De tout temps le Canadien a été l’équivalent du Canada. Or, le Canadien qui perd, c’est le Canada qui perd. Impensable pour tous les Jean Chrétien en octobre 1995.

Avec encore six matchs à disputer avant le jour du référendum, est-ce que la famille Molson pouvait se permettre que la débâcle se poursuive ?

Allez-y, jugez-moi. Mais faites-le en apportant une seule piste d’explication logique dans ce qui s’est produit en octobre 1995 avec le CH. Serge Savard lui-même n’y comprend toujours rien, 25 ans plus tard...

Parce que plus absurde que de remercier après quatre petits matchs ton DG et ton coach gagnants de la coupe Stanley 24 mois plus tôt, c’est de nommer Réjean Houle et Mario Tremblay dans ses deux postes clés.

Sauf que Réjean faisait les « routes de gravel » (expression utilisée en politique pour désigner le travail effectué en région afin de rallier les troupes) du Québec depuis des années en distribuant les caisses de bière dans tous les tournois de golf et de balle-molle, tandis que le « Bleuet » était rien de moins que bionique à l’entracte de la très écoutée Soirée du hockey de Radio-Canada le samedi soir. Deux visages connus, aimés et respectés des Québécois. 

Un p’tit gars de Rouyn, l’autre d’Alma.

Voilà qui, dans les circonstances, était pas mal plus fort comme argument que le 0 match d’expérience qu’ils combinaient en management LNH.

Ne restait plus qu’à gagner. Après une première défaite de 2-0 à Long Island, le « Bleuet » a collé cinq victoires de suite entre le 21 et le 28 octobre, dont quatre au Forum...

Et le 30 octobre 1995, le Canada... euh, le Canadien était sauvé.