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Décès de Régis Lévesque: la boxe perd un pionnier

Le coloré promoteur Régis Lévesque est emporté par un cancer

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La boxe québécoise a perdu l’un de ses plus grands personnages, mardi soir, lorsque Régis Lévesque a rendu son dernier souffle à l’âge de 85 ans. Les hommages n’ont pas tardé à pleuvoir sur cette figure colorée et appréciée qui a fait sa marque pendant des décennies comme promoteur.

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Lévesque se battait contre un cancer de la langue.

  •  Écoutez son ami Gilles Proulx lui rendre hommage et raconter quelques anecdotes sur QUB radio:   

Le 13 mai dernier, notre chroniqueur Réjean Tremblay publiait un touchant reportage dans lequel on apprenait que l’homme serait bientôt transféré aux soins palliatifs.

Il n’y est pas resté longtemps puisque sa fille Annie Lévesque l’a pris sous son aile chez elle dans les semaines suivantes. 

Photo d'archives Le Journal de Montreal, Martin Alarie

L’ancien promoteur, qui a fait ses débuts dans les années 1960, savait que la dernière cloche était sur le point de retentir. Mais tous ceux et celles qui ont côtoyé l’homme savaient bien qu’il ne se laisserait pas si facilement emporter par la maladie.

« On s’était réunis avec de nombreux de ses amis pour fêter son 85e anniversaire en juillet dernier et on savait que c’était la dernière fois qu’on le voyait. On nous disait alors qu’il lui restait quelques semaines. Il avait serré la main à tout le monde, pris des photos et fait un discours comme Régis est capable de le faire. C’était une belle soirée », a confié le promoteur Yvon Michel, qui a travaillé pendant quelques années avec Lévesque chez InterBox à la fin des années 1990.

Il a organisé en octobre 1990 un combat entre Fernand Marcotte et Denis Sigouin.
Photo d’archives
Il a organisé en octobre 1990 un combat entre Fernand Marcotte et Denis Sigouin.

Héritage important

Le président du groupe Eye of the Tiger Management, Camille Estephan, a souligné l’apport colossal qu’a eu ce pionnier dans la boxe au Québec et au Canada.

Si la province a formé plusieurs champions du monde depuis le début du nouveau millénaire, c’est en partie grâce à Régis Lévesque, qui se faisait un devoir de mettre le talent local à l’avant-plan.

Il a organisé plusieurs combats impliquant les frères Matthew et Alex Hilton.
Photo d’archives
Il a organisé plusieurs combats impliquant les frères Matthew et Alex Hilton.

« Il a fait énormément pour le sport qui fait partie du tissu québécois. Ça vient de l’héritage qu’il nous laisse. C’était un passionné, il avait son style à lui très
particulier, il aimait ses boxeurs. Il a contribué énormément à ce sport mondialement en nous mettant sur la mappe », a réagi Estephan, qui tente de faire élire Lévesque au Temple de la renommée de la boxe internationale avec Don Majeski, l’un des membres du comité de sélection.  

Régis Lévesque adorait les boxeurs spectaculaires comme Arturo Gatti.
Photo d’archives
Régis Lévesque adorait les boxeurs spectaculaires comme Arturo Gatti.

Joint en Angleterre, où il se trouve en prévision du combat de l’Ukrainien Oleksandr Usyk prévu samedi, l’entraîneur et homme de coin Russ Anber a partagé le même discours.

« C’est une journée triste et je pense que tout le monde dans le milieu sportif québécois devrait réfléchir aux pionniers de notre industrie qui ont donné leur vie à leur sport comme Régis l’a fait [...] Il n’y a personne, et ce, dans tous les sports, qui a autant contribué à un sport », a mentionné Anber, qui se souvient d’avoir croisé l’homme pour la première fois à 18 ans en 1979.

Le promoteur a été propriétaire d’un Steak House.
Photo d’archives
Le promoteur a été propriétaire d’un Steak House.

Conférences de presse spectaculaires

Fougueux, imaginatif et surtout passionné, le célèbre promoteur avait un don spécial pour attirer les regards vers les combats qu’il organisait. À l’époque, ce sont les duels à saveur locale qui remplissaient les centres sportifs. Les journalistes se bousculaient pour assister aux conférences de presse.

« Il avait un don de vendeur exceptionnel pour monter en popularité un combat. On ne voit plus ça. Parfois, la conférence de presse d’avant-combat était plus intéressante que l’événement même ! » a lancé Yvon Michel en qualifiant Lévesque de « publiciste ».

« Tu ne manquais pas une conférence de presse de Régis. Il était plus gros que l’événement. Le show, c’était Régis. Non seulement il faisait des boxeurs des vedettes, mais lui-même en est devenu une. Il avait un don pour ça », a poursuivi Anber, qui a tissé une relation privilégiée avec l’homme au fil des ans.

Toute sa vie, Régis Lévesque a été un homme de défis.
Photo d’archives
Toute sa vie, Régis Lévesque a été un homme de défis.

Trilogie Melo-Marcotte

Lévesque a organisé des combats de Fernand Marcotte, Donato Paduano, Dave Hilton, Stéphane Ouellet et bien d’autres.

Mais pour Michel, l’un des meilleurs coups de Lévesque a été son travail de promotion avec le Torontois Eddie Melo, qui a affronté à trois reprises Marcotte. Le troisième acte de cette trilogie avait été la demi-finale du gala opposant Roberto Duran à Sugar Ray Leonard, le 20 juin 1980 au Stade olympique.

Le 19 mars 1985, Régis Lévesque a accueilli le grand Joe Frazier pour une conférence de presse précédant son combat contre Robert Cléroux. L’affrontement sera plus tard annulé.
Photo d’archives
Le 19 mars 1985, Régis Lévesque a accueilli le grand Joe Frazier pour une conférence de presse précédant son combat contre Robert Cléroux. L’affrontement sera plus tard annulé.

« Régis faisait beaucoup affaire avec mon père, qui négociait mes contrats. Ça devenait souvent une guerre d’obstinage entre les deux, des discours corsés avec mon père. Il était un très bon promoteur pour attirer le monde. Il a fait beaucoup pour la boxe et c’était tout un personnage », a révélé l’ancien champion canadien.

Comment expliquer cette immense soif pour l’organisation de galas locaux à grand déploiement ?

« C’était dans l’air du temps. Dans les années 1960, 1970, 1980, le Québec était tourné sur lui-même et des vedettes internationales, on n’en avait pas tant que ça. Régis apportait aux Québécois ce qu’ils voulaient voir [...] », a répondu Michel, qui est à la tête de GYM.

Un bourreau de travail  

« Je ne crois pas qu’il y ait un promoteur qui aurait pu faire ce que Régis a fait avec les outils à sa disposition. » 

– Russ Anber, entraîneur

« Il avait un sens de l’humour très particulier, c’était un pince-sans-rire. Il voulait donner l’impression qu’il était malhabile et qu’il n’était pas organisé, mais il était très structuré. »

– Yvon Michel, promoteur

« On a rempli le Forum avec Eddie Melo et c’est Régis qui a fait toutes mes promotions majeures. Quand il faisait ses conférences de presse, il n’y a pas grand journalistes qui n’étaient pas là ! »

– Fernand Marcotte, ancien boxeur