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Un avenir meilleur, en français, pour les demandeurs d’asile

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Vous savez ce qu'est un demandeur d'asile? C'est quelqu'un qui demande au Canada de le protéger pour un but humanitaire, politique ou légal. Ces démarches afin d’obtenir un statut de réfugié puis de résident permanent prennent de longs mois. 

Plusieurs n’y parviennent pas et doivent replier bagages pour leur pays d’origine. Ils choisissent le Québec pour y trouver une terre d’accueil ouverte et pleine de possibilités et de rêves à construire. 

L’attente est longue. De longs mois pendant lesquels plusieurs décident de commencer à travailler, par exemple dans les résidences de personnes âgées pendant la pandémie de la COVID-19, lorsqu’ils parlent français.   

  • ÉCOUTEZ l'entrevue avec Tania Longpré, enseignante et chargée de cours en francisation des adultes immigrants, à QUB radio:   

Faciliter l’accès à la francisation

Lorsqu’ils sont allophones, les demandeurs d’asile sont plusieurs à venir s’inscrire en francisation dans les centres d’éducation des adultes dans les centres de services scolaires, afin de pouvoir acquérir l’outil d’intégration le plus puissant qui soit pour devenir Québécois, la langue française. 

Cette démarche est longue: huit niveaux totalisant 1400 heures de formation, à temps plein ou à temps partiel, selon leur situation et leur parcours personnels. 

Ces gens n'ont jamais eu droit au financement – de 185$ par semaine, merci à la CAQ d’avoir bonifié cette aide financière l’année dernière – que reçoivent les nouveaux arrivants qui passent par les voies d’immigration régulières pour fréquenter les centres de francisation et c'est normal qu’ils n’y aient pas droit puisqu'on ne peut pas savoir s'ils seront acceptés ou pas. 

Je ne demande pas au gouvernement de les financer, ce serait un total non-sens qui pourrait créer un afflux aux frontières. 

Tania Longpré, enseignante et chargée de cours en francisation des adultes immigrants et doctorante en didactique des langues secondes.
Photo Courtoisie
Tania Longpré, enseignante et chargée de cours en francisation des adultes immigrants et doctorante en didactique des langues secondes.

Or, il est primordial que les demandeurs puissent fréquenter les centres de francisation du Québec sans recevoir de financement afin qu'ils y apprennent le français pour participer à notre société et s'y intégrer, y travailler.

On apprenait récemment que des modifications sont faites – en pleine pandémie – et cela complique leur chemin de croix déjà surchargé dans l'espoir de s’établir ici. 

Il est anormal qu'on modifie les critères et qu’on prolonge leur attente avant de se franciser. 

Préférons-nous qu’ils apprennent l’anglais dans la rue et aient moins d’outils pour intégrer la société francophone?

Un investissement pour la société

Il est vrai que de franciser un adulte peut coûter cher au gouvernement (environ 7000$ par année, s'il étudie à temps plein). Cependant, c'est un investissement pour notre société, si, une fois choisis, ces gens peuvent être dans l'avenir des citoyens actifs. 

J'en ai un dans ma vie. Mon amoureux a appris le français dans un centre de francisation de Terrebonne, à temps plein, sans toucher un sou du gouvernement.

Maintenant qu'il est résident permanent, il est ingénieur chez Loto-Québec. Voici un excellent exemple de succès, de réussite et de résilience. 

Je peux aussi vous parler de mon amie Alejandra, qui travaille maintenant dans son domaine en ressources humaines à Repentigny, de son conjoint, Jean, qui termine sa formation afin de devenir conducteur de camion, de Carolina, de Nerio, de Daniela, de Maria, d’Ana, de Gonzalo, de Pamela... tous des demandeurs d’asile qui espèrent vivre un avenir meilleur ici, en pouvant parler, écrire, lire et comprendre le français et la culture québécoise, ce qu’ils apprennent dans nos classes. 

Je peux vous écrire des dizaines d'histoires de réussites, mais j'aimerais surtout pouvoir en écrire d'autres dans l'avenir. 

Évidemment, comme enseignante en francisation, on pourrait dire que je manque d'objectivité, mais non. Je plaide afin qu'on donne dignité et intégration à ceux qui pourront n'être que plus actifs et heureux, ici, au Québec, en français. 

 

Tania Longpré
Enseignante et chargée de cours en francisation des adultes immigrants
Doctorante en didactique des langues secondes
Terrebonne

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