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F.-A.-Gauthier: l’incompétence de la STQ a coûté des millions aux contribuables

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Tristement célèbre, le traversier F.-A.-Gauthier — construit pour 170 M$ — a fait l’objet de nombreux reportages médiatiques: dépassements de coût, vices de conception, pannes majeures qui ont pourri la vie des résidents de la Côte-Nord et de l’Est-du-Québec. La vérificatrice générale Guylaine Leclerc a fait une radiographie du dossier. Manque de compétences, appel d’offres défaillant, négociations ratées et absence de mesures d’atténuation en cas d’interruption de service. Pas de doute: le cancer est généralisé. Au total, l’aventure malheureuse a coûté 235 M$.  

«Ils n’étaient pas en mesure de bien négocier parce qu’ils n’avaient pas la compétence» — Guylaine Leclerc, vérificatrice générale 

Certaines décisions de la STQ sont carrément incompréhensibles. Conduits de ventilation rouillés, câbles électriques mal identifiés, plancher d’un pont qui n’est pas stable, défauts de soudure sur un réservoir de gaz naturel: la société n’a négocié ni exigé aucune compensation réelle pour les 54 défauts détectés à la livraison du navire. Et pourtant, le contrat lui permettait d’exiger leur correction. Le constructeur a offert 150 000 euros en pièces de rechange. La STQ a refusé, car elle manquait d’espace d’entreposage. 

Pour d’autres irrégularités (panneaux de cloisons fissurés, moisissures, inefficacité du système de prise d’eau), la STQ s’est entendue avec Ficantieri pour un remboursement bien inférieur au montant des réparations. Et la situation n’est pas réglée. «Des vérifications régulières sont recommandées dans le futur afin de contrôler la croissance des moisissures», note le rapport.  

  • La vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, était au micro de Mario Dumont:

La vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc
Photo Stevens Leblanc
La vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc

«Le chargé de projet n’avait pas l’expertise et la compétence qui étaient requises [...] pour pouvoir jouer ce rôle très, très important» — Guylaine Leclerc 

Le principal représentant de la STQ en Italie auprès du chantier Ficantieri ne répondait pas à l’appel d’offre: il n’avait pas de formation universitaire en ingénierie, pas de MBA, et n’avait pas assez d’expérience pour des projets d’envergures. Ce manque de compétences aurait pu être pallié par l’assistance du consortium d’architectes navals, mais la STQ a résilié leur contrat avant le début de la construction du navire. Le nombre d’employés de la STQ dépêchés en Italie était inadéquat pour assurer la surveillance de la construction du navire. La STQ a également dégommé un employé qui avait dénoncé des manquements au chantier de Ficantieri, prenant la parole du chargé de projet, qui l’accusait d’insubordination.  

«16 entreprises avaient été identifiées, seulement trois ont soumissionné et une seule a été déclarée conforme par la STQ» 

Fincantieri, le fabricant du plus gros bateau commandé par le Québec, a été le seul soumissionnaire retenu par la STQ. «Ce n’était même pas une question du plus bas soumissionnaire. Il y en avait juste un», déplore Mme Leclerc. Deux autres constructeurs, un français et un finlandais, ont été dégommés pour des raisons «administratives». L’un n’avait pas ventilé le détail de sa soumission, l’autre avait une garantie insuffisante. Plus étonnant, ces deux chantiers maritimes ont été écartés alors que Fincantieri a pu se qualifier malgré sa non-conformité à une étape précédente de l’appel d’offres.    

  • Écoutez Alexandre Dubé sur QUB radio:    

Des régions prises aux dépourvues 

La VG blâme également le manque de la préparation de la STQ, qui n’avait pas de plan B en cas d’arrêt de service du F.-A.-Gauthier. Pourtant, la STQ a inclus dans le navire de nouvelles technologies, comme «des propulseurs adaptés pour répondre aux besoins spécifiques» de la traverse Matane-Godbout. Ce qui devait arriver arriva: en 2018, les propulseurs brisent. Le F.-A.-Gauthier est kaput pour un an. Les réparations coûtent 8,5 M$. Pendant ce temps, la STQ achète sans l’inspecter un rafiot, le NM Apollo, qui tombe rapidement en panne et doit offrir une desserte aérienne à la population. Facture: 13,7 M$. Pour les camionneurs, les touristes, les motoneigistes, et les familles séparées, les pertes de temps sont toutefois incalculables.