/news/currentevents
Navigation

Saguenay: une ancienne gardienne d’enfants acquittée

Coup d'oeil sur cet article

Revirement complet de situation, jeudi matin, au palais de justice de Chicoutimi. La gardienne d’enfants est acquittée d’avoir secoué un bébé de 23 mois dans sa garderie de Chicoutimi, le 20 février 2017.

Après une suspension réclamée par la Couronne, mercredi, la procureure du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales, Me Nicole Ouellet, a expliqué au juge Michel Boudreault qu’elle n’avait plus la conviction de pouvoir présenter une preuve hors de tout doute raisonnable afin de démontrer la culpabilité de l’accusée.

La Couronne avait terminé sa preuve mardi.

La défense n’a pas déposé de preuve et le juge a prononcé un verdict d’acquittement. Il a souhaité bonne chance à Stéphanie Frenette.

«On a le devoir de faire une preuve hors de tout doute raisonnable, a indiqué Me Ouellet à la sortie du tribunal. On doit avoir une conviction raisonnable d'une condamnation du début à la fin des procédures et cet élément n'était plus présent. On a déclaré qu'on n’avait pas rendu notre fardeau.»

Me Ouellet a ajouté que ce n’est pas un seul témoignage ou un seul élément qui avait motivé sa décision. Elle en a informé les membres de la famille du bambin. «Nos pensées vont avec la famille, a-t-elle dit. Ils ont été rencontrés et ils étaient au courant de notre décision. C'est à eux qu'on pense aujourd'hui. On est très conscient que ce sont eux, peu importe la décision qu'on prend, ce sont eux qui vivent avec les conséquences, avec leur enfant.»

Stéphanie Frenette est sortie de la salle d’audience, visiblement très soulagée. «C’est un soulagement, a dit son avocat, Me Julien Boulianne. Ça fait trois ans et demi qu'on attend ce moment-là. Il s'est dit beaucoup de choses dans les médias, beaucoup de commentaires dans les médias sociaux qui étaient très agressifs envers elle. Elle a eu un jugement rapide de la population.»

Me Boulianne est persuadé que la présence de symptômes chez l’enfant, trois jours avant les faits allégués, tels des vomissements et des pertes d’équilibre, ont pesé dans la balance.

«Les symptômes étaient notés depuis le vendredi, soit trois jours avant le 20 février 2017, a-t-il souligné. Trois jours durant lesquels ma cliente n'a jamais été en contact avec l'enfant. Peu importe la thèse retenue, il est clair qu'il était impossible de faire une preuve que c'était ma cliente qui avait fait ça. Ces symptômes sont apparus trois jours avant. Il y avait quelque chose, soit virale ou traumatique, trois jours avant les événements qu'on reprochait à ma cliente.»

L’avocat croit que la dernière réponse du dernier témoin du ministère public a convaincu la partie adverse de l’absence de preuve hors de tout doute raisonnable.

Mardi, le neurologue pour enfants du CHUL à Québec, le Dr Nicolas Chrestian, a été questionné par le juge. «Est-ce que c’est raisonnable que le vendredi 17 février, quelque chose n’allait déjà pas bien», avait demandé le magistrat au témoin. «C’est tout à fait raisonnable», avait répondu le Dr Chrestian.

«Ça a été le point culminant, a évalué Me Boulianne, puisqu’on travaillait depuis le jour un du procès à faire ressortir des symptômes qu'on savait.»

L’avocat de la gardienne a aussi abordé l’enfer vécu par sa cliente depuis plus de trois ans. «Elle est complètement démolie. Ce dossier-là a détruit sa vie. Elle a tout perdu. Dans les médias, on a fermé sa garderie. On lui a enlevé ses enfants», a-t-il dit.

«Écoutez, c'est un cauchemar. On tourne une page aujourd'hui. Je lui souhaite la meilleure des chances. On avait vandalisé sa maison. Sur les médias sociaux, c'est horrible. Même encore cette semaine, on continuait de lui souhaiter les pires maux, de la traiter de tous les noms», a-t-il ajouté.

«Aujourd'hui, c'est un acquittement clair, a-t-il poursuivi. Ç’a été très difficile. Ç’a été une traversée du désert. Il fallait attendre notre retour. On avait notre expertise, mais elle s'en venait juste à la fin. On savait qu'on avait quelque chose de solide. Heureusement, le ministère public a constaté, avec les éléments qui étaient sortis au procès, qu'il était impossible de faire une preuve hors de tout doute raisonnable.»

Le criminaliste en a aussi profité pour s’exprimer sur le rôle des médias sociaux dans pareille cause, parlant de «tribunal Facebook qui juge avant de savoir. Quand on va sur Facebook, quelqu'un qui se permet de juger même quelque chose que les médecins ont de la difficulté à trancher. Oui, on tire une bonne leçon pour l'acquittement de ma cliente».

En prononçant son verdict, le juge Michel Boudreault avait aussi un mot aux parents du bébé. «Vous avez été des témoins exceptionnels, a-t-il dit, qui ont donné l'heure juste au tribunal avec tous les détails sur l'état de l'enfant. Vous avez témoigné sans animosité. Vous êtes de bons parents. Je ne peux que vous souhaiter, ainsi qu’aux grands-parents, bonne chance et bon courage.»