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Une belle fin de vie

Michel Beaudry et Regis Levesque
Photo courtoisie Devenus amis pour la vie.

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Il a vécu de grandes émotions tout au cours de sa vie. Quand il n’y en avait pas, il les provoquait, il les conviait. Mais dans les derniers mois, ses émotions n’étaient plus fabuleuses, elles ont été profondes plus que jamais.

Régis Lévesque a passé une grande partie de sa vie à faire le fou devant les caméras, devant un public qui en redemandait et autour des boxeurs qu’il mettait en vitrine mieux que quiconque. Peu de gens ont mené à leur guise leur vie dans un domaine aussi compliqué, salaud et même pégreux, ce qu’il n’était pas. 

Au printemps dernier, alors que nous étions tous tournés du côté de la COVID, Régis, lui, s’est fait cramper les deux yeux vers la fatalité, la mort, la sienne. On ne lui a rien caché. Le cancer de la langue ne lui donnerait aucune chance. 

C’est là qu’est arrivé un ange qui s’appelle Annie Lévesque, sa fille. Elle a sorti papa du centre de soins de courte durée Marie-Clarac et, tendrement, elle l’a amené chez elle. Spécialiste des soins à domicile (auxiliaire familiale), à sa maison de Bois-des-Filion ainsi que pendant les vacances et les week-ends au camping Shamrock de Rawdon, Annie s’est consacrée aux six derniers mois de vie de son père, qu’elle adorait.  

Régis a été enrobé d’amour, d’amitié et de moments qui lui faisaient oublier la fin qui approchait. 

Au camping, des amis allaient lui rendre visite, mais aussi Annie prenait un plaisir fou à lui faire compléter de temps en temps une tournée des sites voisins où on l’attendait comme un héros. Il était heureux et souriant. Il parlait de boxe, du bon vieux temps, de ses bons coups de l’époque. 

PROMOTER, SON ART

Café, cigarettes, pas ou peu d’alcool, Régis était un raconteur et, plus jeune, il avait le don de narrer l’histoire avant qu’elle ne se produise. On sait tous qu’il a fait courir les foules, qu’il a rempli le Forum à plusieurs reprises, qu’il a créé des rivalités, qu’il a développé des vedettes. Ce qu’on oublie, c’est que, la plupart du temps, il a fait ça tout seul en écrivant lui-même ses encarts publicitaires, en réservant stratégiquement ses espaces dans Le Journal de Montréal, en imaginant les affiches, en appuyant précisément sur le bon clou en entrevue. 

Ces gens qui l’ont accueilli près de leur roulotte à Rawdon ont eu la chance de le voir passer humblement dans son dernier tour de piste, tout comme ceux qui, le 8 juillet au Beaubien Déli, ont participé à un bel hommage, un dernier.

Il était faible, mais il a parlé. Il a bien salué Antonin Décarie et Robert Cléroux, deux époques venues l’honorer.

Il y avait Marie-Josée Longchamps et le docteur Brunet. Il y avait Gilles Proulx, Yvon Lambert, Ménick, Alcide Sauvé, son vieux chum de toujours. Et Jean Pascal, qui est venu dire que sans Régis dans l’histoire de la boxe de Montréal, il n’y aurait pas de Jean Pascal aujourd’hui. Du vrai monde... du monde vrai.

SUITE ET FIN

Tout doucement, même s’il savait qu’il était tout près de la fin, Régis a passé un bel été. Il a été aux feux d’artifice, il a assisté et même participé, tant qu’il a été capable, à des activités. Et on a fait monter une petite vidéo sur ces dernières semaines d’amour où Régis a pu renouer avec un homme qu’il a toujours aimé, son ex-beau-père, Fernand Bouchard, âgé de 95 ans. Régis a même passé de bons moments avec une de ses ex-femmes, Francine, la mère d’Annie. 

Il y a deux jours, sa fille Annie a laissé partir son papa dans la douceur. Il avait fumé sa dernière clope quatre jours plus tôt et il ne l’a pas terminée. Samedi soir, Annie savait que ce n’était plus qu’une question d’heures et elle lui a probablement donné son dernier cadeau. Elle a composé le numéro du chanteur préféré de Régis, le champion du country Irvin Blais. Depuis Sept-Îles et sur FaceTime, Irvin lui a chanté Mon père

Régis ne parlait plus, seuls ses paupières et ses pieds bougeaient. Ce furent ses derniers signes de vie, d’appréciation. 

Bon voyage, mon vieux Régis.  

Anecdote avec régis 

Pendant plusieurs années à la radio, à la télé et sur scène, j’ai été imitateur. Des quelque 200 personnalités que je personnifiais, il y avait bien sûr Régis Lévesque.

Je me suis collé à la peau de cet homme au fil des négociations que j’ai menées avec lui dans la diffusion de combats de boxe qu’il organisait et que je voulais diffuser à la radio de CJMS-Radiomutuel, où j’étais, début des années 80, directeur de l’information.

Ainsi, nous sommes devenus des amis. Il a toujours trouvé amusant que je l’imite et il m’invitait souvent dans ses événements publics.

Un jour, avec son ami Alcide Sauvé, il est venu prendre un café chez moi à Brossard. Il était tout heureux puisqu’il venait d’aller chercher son premier téléphone cellulaire. Après une ou deux heures de jasette, il est parti et c’est alors que j’ai réalisé une petite erreur. Il avait oublié son cellulaire sur la table du salon et il avait foutu le camp avec la télécommande de ma télé.

Le lendemain, je suis allé faire l’échange au Beaubien Déli et Régis m’a dit : « Je trouvais ça drôle aussi que personne m’appelait, tabar... »