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«J’ai envie de faire des projets significatifs» - Sébastien Ricard

«J’ai envie de faire des projets significatifs» - Sébastien Ricard
Photo d'archives, AGENCE QMI

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Le comédien, chanteur et auteur avait depuis longtemps en tête l’idée d’un projet sur les événements d’Octobre 1970. Cette année, le «timing» était idéal pour le comédien et sa complice, Brigitte Haentjens, puisqu’elle marque le cinquantenaire de la crise d’Octobre. Le tandem lance ces jours-ci «Pour en finir avec Octobre?», un balado en neuf épisodes dans lequel il souhaite relancer le débat et ainsi amener une nouvelle réflexion sur les événements de l’automne 1970. 

Sébastien, comment est né ce projet de balado sur la crise d’Octobre?

En réalité, je me suis toujours intéressé à ce sujet; j’ai tellement lu et fouillé sur tout ça! Pour moi, c’était clair que j’allais un jour faire quelque chose sur les événements d’Octobre 1970. J’ai toujours cru que ça méritait qu’on s’y arrête plus longuement. Brigitte Haentjens et moi avons donc profité de la période où tout s’est arrêté, durant le confinement, pour travailler là-dessus. J’ai continué à me documenter et à lire beaucoup, et je me suis lancé dans l’écriture des textes. J’ai passé les six derniers mois à écrire, et ça a donné le balado «Pour en finir avec Octobre?».

Vous avez décidé de vous concentrer sur la période précédant la mort de Pierre Laporte, le 17 octobre. Pourquoi?

On s’est vraiment penchés sur la période qui précède la promulgation de la Loi sur les mesures de guerre, soit du 5 octobre, journée de l’enlèvement de James Richard Cross, jusqu’au 16 octobre dans la nuit. Des journées qui ont rarement été documentées, contrairement à la mort de Pierre Laporte. Parce que cette période a été absorbée par cet événement. Pourtant, la promulgation de la Loi sur les mesures de guerre est arrivée avant. Même les gens qui ont vécu la période en question font cette erreur chronologique. J’ai donc voulu m’intéresser à ce qui précédait et aux informations qui ont disparu.

Les recherches ont dû être intenses pour documenter tout ça...

Oui, mais c’est passionnant et ce qui est fou, c’est que c’est infini comme sujet. Donc ça donne envie de creuser encore et encore et de trancher avec le récit linéaire que nous avons depuis des années sur le sujet. Je trouve qu’il y a une belle exploration à faire, autant dans les documents du Québec que dans ceux du Canada. Il y a aussi des documents cinématographiques fort intéressants à découvrir. Il y a tellement d’archives sur le sujet que c’est facile de s’y perdre. Mais encore là, il y a beaucoup d’informations et peu de réflexion.

Comment as-tu trouvé l’exercice du balado?

J’ai adoré ça, car ça m’a permis d’écrire d’une toute nouvelle façon puisque, auparavant, j’avais surtout fait Loco Locass. Je n’étais pas familier avec la facture du balado. J’en avais très peu écouté, mais ce fut une belle découverte et un nouveau monde à explorer. J’aime le fait que ce soit un média très intime, il y a une belle proximité avec l’auditeur.

Avant la pandémie, tu tournais dans le film «Vinland», dans lequel tu joue Frère Jean. Où en êtes-vous avec ce projet?

Le film devait être présenté en ouverture du Festival international en Abitibi-Témiscamingue à la fin d’octobre, mais rien n’est certain avec la deuxième vague. Je ne sais pas non plus quand celui-ci sortira en salle. Je suis bien triste pour Benoit Pilon, le réalisateur, et pour les jeunes comédiens, qui risquent de ne plus se reconnaître eux-mêmes dans le film.

Parle-moi de ton personnage de Frère Jean...

C’est un magnifique personnage à jouer. Il me fait un peu penser à John Keating, le personnage de Robin Williams dans le film «La société des poètes disparus». Frère Jean a une relation privilégiée avec certains de ses étudiants. C’est un religieux qui a envie de permettre aux jeunes de voir plus grand que la vie de fermier ou de travailleur en usine qui leur est destinée. Il leur permet de rêver. C’est un homme qui est un peu en opposition avec l’institution religieuse qui est à la tête du collège. En bref, c’est un film qui promet. J’ai bien hâte qu’il puisse sortir en salle.

Ton personnage de Vincent est de retour dans «Une autre histoire»...

Oui, il est revenu de Bali et il est complètement transformé par ce pèlerinage. Ça me fait plaisir de jouer quelque chose de plus consistant à la télévision. C’est nouveau pour moi, et ce personnage évolue dans un univers hyper fascinant. C’est un beau cadeau dans ma carrière.

Sinon, comment vis-tu ce deuxième confinement?

En ce moment, je trouve ça un peu plus difficile. Ma fille Juliette a 16 ans, elle est au secondaire et elle me racontait à quoi ressemblait une journée normale pour elle. Elle m’a fait réaliser qu’elle entrait dans sa classe à 8 h le matin pour n’en ressortir qu’à 16 h. Tout ça en portant tout le temps un masque. Ça m’a fait un choc. Je pense aussi aux gens qui sont dans des conditions encore plus pénibles, et tout ça me scandalise. Je trouve que la situation est préoccupante, beaucoup plus que lors du premier confinement, et j’ai peur que ce deuxième ait un impact encore plus important sur les gens. Je me demande ce qui va résulter de tout ça.

Qu’est-ce qui occupe ton temps?

J’ai recommencé à tourner dans un film au mois d’août et j’ai beaucoup travaillé depuis le début de l’automne.

As-tu eu le temps de voir les autres membres de Loco Locass et de travailler sur de nouvelles chansons?

Non, le premier confinement a été meublé par le travail sur le balado et, en ce moment, il n’y a aucun projet musical avec Loco Locass. Le groupe est toujours vivant, mais on a simplement décidé de faire une pause, et la pandémie est arrivée, ce qui a repoussé toute collaboration. C’est donc sur la glace pour un bon moment encore. Je ne vais pas annoncer la mort du «band», mais il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

Tu as 48 ans; comment vis-tu l’approche de la cinquantaine?

Je vis ça mieux que je ne le pensais. À l’âge que j’ai, c’est important de prendre la parole et c’est ce que je fais avec le balado. Je trouve que j’entre dans la force de l’âge et je suis heureux. J’ai deux enfants et j’ai envie de leur passer le flambeau. J’ai vécu pleinement mes plus jeunes années et je n’ai aucun regret. À l’approche de la cinquantaine, j’ai envie de faire des projets significatifs pour la société et pour moi. Ça m’importe au plus haut point. Ce projet de balado est justement très significatif, parce qu’il ouvre la porte à plein d’idées et de possibilités. Tout ça est stimulant et ça me rend heureux.

Qu’aimerais-tu faire au cours des prochaines années?

J’aimerais vraiment écrire davantage. J’ai beaucoup joué et j’aimerais aussi passer de l’autre côté de la caméra, toucher à la réalisation. Bref, aller là où je ne suis pas encore allé.

Tu cumules plus de 25 ans de carrière. De quoi es-tu le plus fier?

J’ai toujours trouvé que ce métier dépend des rencontres et j’en ai fait d’extraordinaires. J’ai pu faire des projets qui m’ont nourri et qui m’ont fait grandir. C’est probablement ce dont je suis le plus fier. Je suis aussi heureux d’avoir pu perdurer dans le temps et d’avoir bien gagné ma vie dans le métier. Tout ça dans un esprit de création, et ça me fait plaisir.

Tes enfants ont 16 et 10 ans. L’un deux semble-t-il vouloir suivre tes traces?

Non, je ne pense pas. Du moins, ils n’ont pas encore manifesté ce genre d’intérêt. Mais ça ne me dérange pas du tout qu’ils veuillent pratiquer un autre métier. Ils sont beaux à voir aller et à voir évoluer, et mon rôle de père est central pour moi. Je n’avais pas prévu d’avoir des enfants, mais aujourd’hui, je me sens choyé. Je ne pourrais pas imaginer ma vie autrement. 

  • «Pour en finir avec Octobre?», offert sur lafabriqueculturelle.tv. «Une autre histoire», lundi 20 h, à Radio-Canada. «Le club Vinland», en salle bientôt.