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Attaques de Québec: «Le sabre n’est pas arrivé du jour au lendemain», estime le Dr Gilles Chamberland

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Il ne fait aucun doute que le meurtrier de l’Halloween dans le Vieux-Québec est aux prises avec un problème de santé mentale, selon le psychiatre à l’Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel Gilles Chamberland.

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«Quelqu’un habillé gothique, avec un sabre japonais, qui se rend à Québec, ça ne fait pas trop de sens», laisse-t-il tomber.

Inaperçu?

Le port d’un costume lors d’un acte criminel peut être utilisé à plusieurs fins: pour se cacher, passer inaperçu le plus longtemps possible, revendiquer quelque chose. 

  • Écoutez le psychiatre Gilles Chamberland avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

Mais «moins le déguisement a de signification par rapport au geste, plus c’est de la maladie mentale», précise le Dr Chamberland.

Dans le cas du meurtrier allégué, Carl Girouard, ce costume incohérent faisait peut-être partie de son délire depuis longtemps. 

«Le sabre n’est pas arrivé du jour au lendemain», dit le psychiatre.  

Aléatoire

Et un geste structuré et planifié peut s’inscrire dans un trouble de santé mentale.

«Il a été courtois avec certains, mais il en a attaqué d’autres. C’est comme s’il y avait une sélection, un parcours très aléatoire. Habituellement, ça signe la maladie mentale», dit-il.

La manière dont s’est soldée l’attaque est aussi une marque de confusion, selon lui. Le suspect n’a offert aucune résistance au moment de son arrestation.

«Une fois que tout ça a été joué, il était en train de souffrir d’hypothermie. Ça fait très désorganisé même si le geste était planifié», ajoute le Dr Chamberland.

Semblable à un crime à Laval en 2015

Le drame de Québec lui a rappelé un cas de psychose extrême survenu en 2015. «Ça ressemble beaucoup à un crime qui s'est produit à Laval en 2015, où quelqu'un se promenait dans la rue et avait agressé avec un marteau des passants, en tuant un et en blessant deux autres», a relaté le Dr Chamberland.

La police de Québec a laissé entendre, dimanche, que Carl Girouard avait des antécédents de problèmes mentaux remontant à 2014. Cela ne veut pas dire pour autant que le système a échoué à protéger la population, a plaidé le médecin.

«Malheureusement, les maladies en psychiatrie peuvent être récurrentes. Si elles sont bien traitées, elles peuvent disparaître, mais peuvent réapparaître par la suite. [...] Quand les gens sont bien stabilisés, ils ne sont pas plus dangereux [que le reste de la population]», a-t-il exposé.

«Dans les cas où la psychose va s'emparer de ces patients-là, à ce moment-là, ils ne sont plus dans la réalité. Ils peuvent avoir des missions de Dieu, des missions du diable. [...] Ils peuvent avoir des hallucinations, entendre des voix qui vont dire quoi faire et renforcer leur délire. C'est très difficile pour ces individus-là de revenir dans la réalité», a poursuivi le Dr Chamberland.

La pandémie complique aussi, ces jours-ci, le travail des psychiatres, a souligné le médecin en expliquant qu'il est plus difficile d'effectuer un suivi si les patients ne se connectent pas à leur rendez-vous en ligne. Les psychiatres sont aussi tenus au secret professionnel, exception faite de cas de menaces extrêmes, a-t-il rappelé.

«L’impensable vient de se produire», selon un psychologue  

Au lendemain de l’attaque qui a fait deux morts dans le Vieux-Québec, la province tente de comprendre ce qui a pu motiver le suspect à poser ces gestes.

«Ça ressemble à une psychose aiguë», a constaté le psychologue Gilles Vachon en analysant le comportement du suspect, qui était déguisé d'un uniforme médiéval et armé d'une épée.

Selon lui, le drame de Québec rappelle la tuerie survenue dans un cinéma d'Aurora, aux États-Unis, lors d'une présentation du film Batman: The Dark Knight Rises en 2012. Le tueur avait ouvert le feu dans la salle, tuant 12 personnes et faisant des dizaines de blessés. Il s'était déguisé de façon à ressembler au Joker, un personnage ennemi de Batman.

Le psychologue a aussi fait un parallèle avec l'attentat à la mosquée de Québec survenu en janvier 2017. «Ce qui était impensable, inacceptable, impossible s’est produit deux fois. Évidemment, dans les deux cas, on parle de santé mentale», a-t-il avancé.

«Il y a des psychoses où les gens s’investissent d’un rôle, finissent par croire au rôle qu’ils jouent, ne sont plus dans la réalité, et, effectivement, il y en a parfois qui sont dangereux», a expliqué Gilles Vachon.

Pas responsable

Si l’homme était bel et bien en psychose, il pourrait ne pas être tenu responsable des gestes qu’il a posés.

«Si c’est une psychose, une perte de contact avec la réalité, il n’est pas responsable de ce qu’il fait. S’il a vraiment cru qu’il entendait des voix, qu'il avait une mission, allez donc savoir, eh bien, on est en pleine folie en ce moment-là et on n’est pas responsable», a affirmé M. Vachon.

Les gestes posés en état de psychose sont rarement prémédités, a ajouté le psychologue.

«On ne le décide surtout pas. Une psychose, c’est une maladie mentale. À un moment donné, vous perdez contact avec la réalité», a-t-il soutenu.

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