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La fois où... j’ai failli me couper un pied avec ma machette

Mordu de la pêche, par Cyril Chauquet

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Tous les pêcheurs ont de bonnes histoires à raconter. Mais peu d’entre eux en ont d’aussi extravagantes que Cyril Chauquet, le célèbre animateur de l’émission Mordu de la pêche diffusée sur Évasion.

L’aventurier, qui a l’habitude de nous emmener à la découverte des poissons les plus féroces de la planète, vient de faire paraître un livre où il partage ses mésaventures de tournage, ses astuces infaillibles sur la pêche en eau douce et même ses réflexions sur la consommation écoresponsable.

Au cours des prochains jours, nous vous présenterons trois extraits rocambolesques de cet ouvrage intitulé Mordu de la pêche.

La fois où... j’ai failli me couper un pied avec ma machette  

Par Cyril Chauquet

Je vous raconte cette histoire parce que chaque fois que je regarde la cicatrice que j’ai sur la cheville, je pense à ce moment où je me suis coupé le pied, et ça me donne froid dans le dos. 

C’est facile de n’avoir peur de rien quand on rêve d’aventure depuis son bureau du centre-ville (car oui, j’ai un bureau au centre-ville de Montréal : ce sont les bureaux de production de l’émission, où l’on planifie les tournages et où l’on produit l’émission). Cependant, quand on est isolés comme nous le sommes souvent pendant les tournages de Mordu de la Pêche, il faut vraiment faire gaffe. 

L’anecdote suivante se déroule dans un endroit où nous sommes vraiment très isolés, même selon les standards de la forêt amazonienne. C’est triste à dire, mais mes grands poissons, il faut vraiment aller dans les plans d’eau des jungles ou des forêts profondes pour les trouver. C’est une réalité planétaire aujourd’hui : à cause de l’augmentation de la population et donc de la surpêche, de la pollution, du réchauffement climatique, de la déforestation et j’en passe, les poissons en général – et surtout les gros poissons – se font de plus en plus rares. 

Je veux que vous vous imaginiez ceci : nous atterrissons d’abord à Manaus, au nord-ouest du Brésil, une grande ville de 1,8 million d’habitants qui est l’une des portes d’entrée majeures de la forêt amazonienne ; de là, nous prenons un avion et nous volons pendant deux heures pour nous poser au coeur de la forêt. Nous faisons ensuite six heures de bateau en amont d’une rivière et c’est seulement là que nous établissons notre camp de base. Et ce n’est pas tout : parfois, nous faisons des treks qui durent de nombreuses heures à partir de ce camp de base, avec nos caméras et leurs lourdes batteries, notre équipement de pêche, le kit de survie, la bouffe, l’eau...

Une fois arrivés à notre destination, nous sommes loin du fameux centre-ville, ça, je vous le garantis !

Je pense que les téléspectateurs ne se rendent pas toujours compte à quel point nous sommes loin de la civilisation quand on tourne. C’est normal : le voyage pour se rendre est souvent réduit à quelques minutes de montage dans l’émission. Durant certains tournages, nous sommes dans des endroits si reculés que tout peut être dangereux. En ce sens, j’ai un rôle important à jouer auprès de l’équipe, car il y a de réelles possibilités de mort.

J’ai toujours en tête de trouver une façon de gérer une urgence en cas d’accident grave. Il faut aussi que je me méfie de moi-même, parce que, vous l’aurez certainement compris, j’aime l’adrénaline et les sensations fortes. Je dois donc, en tout temps, tenir compte des dangers, tout en ayant un jugement qui ne soit pas altéré par ma soif d’aventure. Si l’un de mes compagnons se fait vraiment mal quand on est au fond de nulle part, il est en réel danger de mort. Aussi, pour les besoins de l’émission, on manipule des poissons qui ont des dents acérées à faire peur... et certains, avec leur puissance et leur taille géante, peuvent vous casser un membre d’un seul mouvement brusque... 

Bien sûr, nous avons tous des téléphones satellites et des outils de communication pour échanger avec le monde extérieur, au cas où. Mais, pour qu’ils puissent fonctionner, il faut trouver une zone dégagée afin de capter le signal satellite. Et en plus, comme nous sommes sur les hauts plateaux amazoniens, il n’y a souvent aucun moyen pour un avion de se poser pour nous évacuer. Même pour un hélicoptère, ce serait très difficile. La forêt est extrêmement dense, avec des arbres qui font dans les 70 m (230 pi) de hauteur, les rives tombent à pic dans les cours d’eau. Alors le seul moyen, c’est de trouver un endroit le moindrement dégagé sur le bord de la rivière et de se faire évacuer par une nacelle d’hélicoptère. Sinon, l’autre possibilité, mais elle prend beaucoup plus de temps, c’est de marcher jusqu’à un bras de rivière qui permette à un hydravion de se poser. On repère toujours ces endroits préalablement aux tournages, mais plus on s’éloigne de ces lieux d’évacuation potentiels, plus on se met consciemment en danger.

En vous racontant cela, je me lève de ma chaise pour toucher du bois, du vrai bois (je suis un peu superstitieux sur ce point), parce que rien de grave ne nous est jamais arrivé jusqu’à maintenant... Mais nous sommes passés pas loin de la catastrophe à quelques reprises, dont cette fois-là, où nous sommes à mille lieues de toute civilisation...

Courtoisie

À Manaus, avant notre départ, un habitant m’a offert une magnifique machette, affûtée comme une lame de rasoir. Il m’avait fait ce cadeau parce qu’il connaissait bien la densité de la forêt, il savait qu’elle me serait très utile. Or, les machettes, au Brésil, sont souvent plus longues que celles auxquelles je suis habitué. Je dirais d’au moins un tiers de la longueur de plus.

La règle numéro un avec une machette, c’est de s’assurer de toujours faire le mouvement vers l’extérieur de manière à éviter que la course de la machette finisse dans une jambe ou un pied.

Effectivement, le cadeau de l’habitant m’est très utile dans cette forêt, qui nous donne du fil à retordre. Alors, je n’y vais pas avec  

le dos de la cuillère : swouch, swouch, ma lame danse et tranche de gauche à droite, de bas en haut... À un certain moment, je vois une grosse liane juste devant moi, qui nous bloque complètement le passage. En l’apercevant, mon réflexe naturel est de me dire que je devrais la couper d’un mouvement très ample, et probablement que j’aurais à m’y reprendre à deux reprises avant de la sectionner au complet. Mais la jungle autour de moi fait en sorte que je n’arrive pas à me positionner pour avoir l’angle d’attaque idéal que je souhaiterais.

Donc, étant certain que je vais devoir m’y reprendre à deux fois, et sans compter sur l’extrême efficacité de ma nouvelle machette – que j’avais largement sous-estimée –, je lance mon premier coup !

La liane est coupée net, la lame passe au travers comme dans du beurre, et avant que j’aie pu m’en rendre compte, elle finit sa course sur ma cheville !

Surpris, car je m’attendais à ce que la machette arrête sa course sur la liane, je me penche. Quelle chance ! Seule la pointe de la lame a pénétré dans ma peau. Quelques millimètres de plus et je me la rentrais carrément dans la cheville, et quelques centimètres de plus et je me coupais le pied net. Et là, j’aurais été dans la sérieuse m...

Depuis, chaque fois que je vois cette petite cicatrice, je m’imagine quel aurait été le scénario si la lame avait pénétré plus profondément dans ma chair. Tout près, il y a une grosse artère, l’artère tibiale, qui aurait pu être sectionnée. Qu’est-ce qu’on aurait fait ? 

avec mes doigts. J’ai aussi appris sur le tas, dans la vie sauvage, mais je pense de plus en plus à aller me chercher une sérieuse formation en médecine de brousse. Comment arrêter une hémorragie, quoi faire en cas de fracture ouverte ou de membre arraché... Ça peut sauver une vie, après tout ! Surtout avec le niveau d’aventure qu’il y a dans l’émission. Tiens, il faudrait que tous les membres de l’équipe reçoivent une formation ; comme ça, tout le monde pourrait s’entraider. Si je suis le seul avec le savoir médical et que c’est moi qui suis blessé, je serais encore une fois sérieusement dans la m...

* * *

Pour en savoir plus sur le livre Mordu de la pêche paru aux éditions de l’Homme le 14 octobre dernier, par ici. Il est aussi possible de l'acheter ici.