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Haro sur la loi 21: imposer le multiculturalisme à tout prix!

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Nous y voilà enfin. C’était inévitable et attendu, la loi 21 est contestée devant les tribunaux. Ce qui se joue, c’est la capacité du Québec de faire ses propres choix.

L’occasion manquée: le compromis Bouchard-Taylor.

  • Écoutez Steve E. Fortin sur QUB radio:

Après plus de 10 ans de débats parfois acrimonieux, après plus d’une décennie à débattre de «vivre-ensemble», d’accommodements religieux, de séparation entre religions et institutions.

Au pouvoir pendant la grande majorité de cette décennie, le Parti libéral du Québec avait fait son choix, celui du camp des «on ne fait rien pour ne pas déplaire à notre électorat».

Après le funeste attentat de la mosquée de Québec, Philippe Couillard avait la voie toute tracée pour rallier le plus grand nombre en choisissant la voie du compromis, l’axe Bouchard-Taylor.

Mais c’était déjà trop pour lui et pour plusieurs de ses députés, lesquels jurent plutôt fidélité au multiculturalisme de Trudeau, cette nouvelle religion qui ne s’accommode d’aucun compromis. Pas question de barrer le chemin de quiconque porterait un signe religieux pour n’importe quel emploi institutionnel.

Un juge portant le turban? Pourquoi pas! Une policière habillée en nonne? Hey! Vive la diversité!

Et pourtant, à ce moment précis, il y avait un compromis à faire et une grave crise à régler. Même la gauche n’avait pas encore changé son fusil d’épaule (et capitulé devant sa frange la plus extrémiste), et elle était prête à avaliser le compromis Bouchard-Taylor.

Le PLQ a refusé.

De la charte à la loi 21

Entre-temps, le Parti québécois s’était cassé les dents avec sa charte des valeurs, le mal que l'on nomme projet de loi 60. Les adversaires de ce projet de loi ont bien voulu attribuer la défaite de Pauline Marois à ce seul dossier, ce qui est évidemment faux.

La majorité des Québécoises et des Québécois appuyait le principe du projet de loi. Mais ce débat a rapidement dérapé.

Je me souviens fort bien d’un matin lors duquel le ministre Bernard Drainville devait défendre son projet de loi dans une atmosphère hostile, à l’Université Concordia. Ce ministre aura eu le courage de discuter partout au Québec de laïcité. On lui avait fortement recommandé de ne pas se rendre à Concordia, on craignait pour sa sécurité...

En fin de compte, on n’aura jamais laissé aux indépendantistes cette possibilité de poser un geste de rupture fort d’avec le Canada, soit celui de s’éloigner du multiculturalisme, ce socle sur lequel le Canada bâtit son identité.

François Legault, qui a plusieurs fois répété sa profession de foi au fédéralisme, aura finalement gagné son pari; devenir premier ministre du Québec. Et la question de la laïcité n’est certainement pas étrangère à sa victoire. Pas plus que sa posture par rapport au seuil d’immigration.

Il a été élu en promettant de régler cette question et il a tenu promesse: la loi 21. Mais l’encre n’était même pas encore dans la cartouche de l’imprimante qui un jour coucherait sur papier ce texte de projet de loi que déjà, les opposants à la laïcité juraient de traîner tout ça devant les tribunaux.

En passant, parmi ceux qui nous entendront dans le processus judiciaire dont il est question ici, plusieurs auraient contesté le frêle compromis Bouchard-Taylor, en passant. Pour ces militants anti-laïcité, aucun compromis ne peut exister.

Imposer le multiculturalisme à tout prix

Nous voilà donc devant les tribunaux. Les opposants au projet de loi 21 ont déjà commencé leurs longues litanies d’insultes envers les Québécoises et les Québécois, de toutes inclinaisons politiques et sociales, de toutes confessions religieuses ou athées, qui appuient le projet de loi 21.

Qui l’appuie parfois avec réserves. C’est mon cas. Car la CAQ a fait la part belle à son électorat — ce vieux fond bleu catholique conservateur... Les écoles privées confessionnelles, à très grande majorité catholique, sont exclues de la portée du projet de loi. Et c’est sans compter la fiscalité religieuse, etc.

Bref, ce projet de loi est loin d’être parfait, mais c’est un début.

En face, on l’entend déjà, rien ne sera épargné pour diaboliser la laïcité. Fallait entendre aux nouvelles de la première chaîne de Radio-Canada cette manifestante anti-loi 21 qui jurait que la prochaine étape serait l’interdiction du voile en pleine rue...

C’est tout à fait ridicule, mais on laisse passer ça aux nouvelles comme s’il fallait accorder une once de crédibilité à pareilles sornettes.

Ne nous méprenons pas, ce qui est en jeu ici — et ce n’est que le début, tout ça risque de se rendre en Cour suprême —, c’est la capacité du Québec de faire ses propres choix.

Vue du Canada, cette rupture d’avec le sacro-saint multiculturalisme ne passe tout simplement pas. Idem pour les partisans du multiculturalisme au Québec, ce qui inclut désormais le parti de gauche à l’Assemblée nationale.

Ce qui est en jeu ici, c’est l’adhésion du Québec au multiculturalisme d’État canadien. De force s’il le faut, par la force des tribunaux.

Et attachez vos tuques, ça va barder. Encore une fois, on dépeindra le Québec comme une nation raciste, islamophobe et tout le tralala.

C’est déjà commencé. Loi 21 = racisme systémique. On l’entendra beaucoup, celle-là. Et on se demande ensuite pourquoi le gouvernement a refusé d’embarquer dans cette galère...

(En passant, des dizaines de nations dans le monde ont adopté des mesures ou des lois semblables à celle qui a cours en ce moment au Québec. Ça fait beaucoup de monde à traiter de «raciste»...)