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Un plan costaud pour préparer l’économie à l’après-COVID-19

Le gouvernement de François Legault misera entre autres sur le développement régional et l’innovation.

Pierre Fitzgibbon
Photo Chantal Poirier Le ministre Pierre Fitzgibbon chez le fabricant montréalais de simulateurs de vol CAE, hier.

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La relance économique est bien amorcée au Québec, mais il reste beaucoup de chemin à parcourir. Le gouvernement et des institutions comme la Caisse de dépôt, le Fonds FTQ et EDC sont prêts à ouvrir les coffres de l’État pour aider nos entreprises à se préparer à la reprise économique.

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C’est un plan de relance costaud que le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, présentera d’ici la fin du mois. Dans sa ligne de mire : le développement régional, l’innovation et cinq industries où l’État misera gros.

Dans la mise à jour économique qu’il déposera la semaine prochaine, le ministre des Finances, Éric Girard, annoncera une hausse substantielle des crédits budgétaires et le ministère de l’Économie en recevra « une partie importante », confie M. Fitzgibbon au Journal.

«Je sens que j’aurai les outils nécessaires pour le plan de relance», se réjouit-il.

Ils se retroussent les manches

Plusieurs entrepreneurs n’ont pas attendu l’aide de l’État pour revoir leur modèle d’affaires ou modifier leur manière de produire. 

Conscients qu’il était urgent d’agir pour maintenir les emplois dans l’entreprise, ils ont exploré rapidement de nouveaux marchés et profité de l’occasion pour passer au numérique. 

Leurs témoignages dans le dossier d’aujourd’hui risquent d’en inspirer d’autres à faire la même chose :  

  • Un fabricant de manteaux d’hiver agrandit son usine, fabrique de nouveaux produits et ouvre un premier magasin avec pignon sur rue, tout ça en pleine folie de la COVID-19.  
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  • Une entreprise spécialisée dans la fabrication de boîtiers de plastique moulés qui servent à protéger des équipements se tourne vers le transport de respirateurs artificiels, un marché qui explose.  
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  • Un manufacturier de plancher de bois franc pèse sur l’accélérateur et achète quatre robots pour l’aider à soutenir sa croissance.  
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  • Un patron d’une PME de meubles sur mesure réhypothèque sa maison pour réussir à racheter l’entreprise des Américains et vise maintenant un chiffre d’affaires de 250 millions de dollars malgré la pandémie.  
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Déjà 1,2 G$ versés aux entreprises

Dans le contexte de la crise économique actuelle, des entreprises n’ont pas eu le choix d’obtenir rapidement du financement.

Pas moins de 4000 entreprises ont déjà reçu le soutien de Québec depuis le début de la pandémie. Au total, au moins 1,2 milliard $ d’aide publique a ainsi été injecté dans l’économie.

Les programmes mis en place dans l’urgence au printemps demeurent en place, mais pour le gouvernement, l’heure est maintenant venue de passer à la prochaine étape.

Une bonne partie de la nouvelle stratégie sera ancrée autour de cinq secteurs jugés stratégiques pour l’avenir du Québec : l’aéronautique, les mines et la foresterie, l’aluminium, les sciences de la vie ainsi que le transport électrique.

«Je veux des projets»

«Je veux des idées, des projets d’investissement, lance Pierre Fitzgibbon. On va prendre plus de risques que par le passé. Il faut faire attention quand on dit ça, on pense à [la cimenterie] McInnis... Il ne faut pas être frivole, il faut absolument avoir un processus où on est partenaire avec le privé. Par contre, dans des chantiers plus stratégiques, peut-être que la part du gouvernement pourrait être plus élevée en pourcentage que ce qu’on a eu dans le passé.»

La part de Québec dans le financement de certains projets pourrait ainsi atteindre 30 %, 40 %, voire 50 %.

M. Fitzgibbon réitère par ailleurs son affection pour les prêts à redevances et ceux qui se transforment en subventions lorsque les entreprises génèrent les retombées économiques promises. «Quand tu vas faire de l’argent, on va en faire ensemble», résume-t-il.

Plus de pertes, plus de gains 

Le ministre admet que cette approche décidément financière se traduira inévitablement par des pertes plus importantes pour l’État. Mais au final, assure-t-il, l’opération sera rentable pour le Québec.

«Pour faire une omelette, il faut que tu casses des œufs, dit-il. [...] On n’a pas la prétention de dire qu’on ne fera pas d’erreurs---. On va en faire, sauf que les plus vont être plus grands que les moins.»

Pierre Fitzgibbon entrevoit des rendements annuels de 15 %, voire 20 % pour le gouvernement dans certains projets, alors qu’ils dépassent rarement 10 % à l’heure actuelle.

Le plan de relance reprendra également l’engagement caquiste d’accroître massivement les investissements des entreprises en innovation, en numérisation et en automatisation. La pandémie a mis à mal l’objectif ambitieux du gouvernement : une hausse de 5 milliards $ par année.

«La question, c’est combien nous, au gouvernement, on doit intervenir dans le système, relève Pierre Fitzgibbon. Si on reste comme dans le passé, probablement que ça va être dur, l’atteinte du 5 milliards $.» 

Une reprise inégale selon les régions  

La reprise économique ne va pas au même rythme partout au Québec : alors que certaines régions ont déjà retrouvé un niveau d’activité semblable à celui d’avant la crise, d’autres en sont encore bien loin.

« On a quatre régions qui ont déjà récupéré leurs niveaux d’emploi : Laval, Chaudière-Appalaches, le Bas-Saint-Laurent et la Capitale-Nationale, indique Chantal Routhier, économiste au Mouvement Desjardins. Par contre, il y a les régions qui ont le moins bien performé et où l’emploi est encore en grand retard par rapport aux niveaux prépandémiques : Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, le Centre-du-Québec, Montréal et l’Outaouais. »

Attention aux infrastructures

Pour permettre à toutes les régions de se remettre rapidement de la crise, le gouvernement Legault a demandé à des comités locaux de choisir, pour chacune d’entre elles, trois projets « structurants, mobilisateurs et innovateurs » à prioriser. 

Québec analyse actuellement les projets et décidera bientôt lesquels iront de l’avant.

Clément Gignac, économiste en chef d’iA Groupe financier, met toutefois en garde contre la tentation de fonder la relance économique sur des projets d’infrastructures.

«La réaction classique des gouvernements, quand il y a une récession, c’est de lancer des programmes d’infrastructures, rappelle-t-il. Eh bien, je ne suis pas sûr que c’est nécessairement le bon réflexe cette fois-ci.»

L’ancien ministre souligne qu’historiquement, des événements majeurs comme des pandémies ont souvent entraîné d’importants changements sociaux et économiques.

Il croit donc que les gouvernements devraient plutôt consacrer d’importantes sommes d’argent à la formation des travailleurs qui devront changer de carrière ou d’industrie au lendemain de la pandémie.

«Il y a des métiers et des professions où on aura une surcapacité par rapport aux besoins, note M. Gignac. Il y a d’autres secteurs de l’économie où on va avoir des besoins, où il y aura des pénuries de main-d’œuvre. Il y a donc une transition très importante qui s’en vient à laquelle les gouvernements devront réfléchir.» 

Au chevet du secteur de l’aéronautique  

Avec plus de 4000 licenciements jusqu’à maintenant, le secteur aéronautique québécois fait partie des industries qui souffrent le plus de la pandémie. Pierre Fitzgibbon a des idées pour l’aider à garder la tête hors de l’eau, mais il a besoin de l’appui des industriels et... d’Ottawa.

«Ma grosse crainte dans l’aéronautique, c’est que je ne veux pas que nos ingénieurs qualifiés veuillent changer d’industrie, affirme le ministre de l’Économie. Pour moi, ça, c’est sine qua non, c’est très important, parce que si on commence à perdre notre talent, ça va être dur de le reprendre le jour où l’aéronautique va repartir.»

Pour éviter une fuite des cerveaux de ce secteur crucial pour le rayonnement international du Québec, M. Fitzgibbon songe sérieusement à lancer à l’industrie un appel de projets. 

«Ce qu’on doit faire, c’est aider les entreprises – les donneurs d’ordres et les plus petits – à travailler sur des projets structurants qui vont prendre quelques années pour au moins permettre, d’une part, de maintenir en emploi des gens qui, autrement, iraient ailleurs et, d’autre part, de commencer à penser en termes de vision aéronautique pour le Canada», explique-t-il.

Avion vert

Le gouvernement pourrait s’appuyer sur le Projet mobilisateur de l’avion écologique (SA2GE), lancé par les libéraux en 2010, et étendre l’initiative aux aéronefs électriques. Bombardier, CAE et Bell Textron font partie des participants au SA2GE.

« Ce que je veux voir, c’est des projets où les grands donneurs d’ordres s’impliquent avec les PME, insiste Pierre Fitzgibbon. On veut que toute la chaîne d’approvisionnement soit mobilisée le plus possible. [...] On n’ira pas, comme gouvernement, se substituer aux donneurs d’ordres parce que je pense que ce serait téméraire et pas réaliste. »

Québec sollicite l’appui du gouvernement Trudeau pour cette initiative dont le coût pourrait être substantiel.

Fonds d’investissement

Le ministre rêve par ailleurs de créer un fonds d’investissement qui aurait pour mission d’investir du capital de risque dans les PME aéronautiques. Au Québec, de tels fonds existent déjà dans les secteurs des technologies numériques et des sciences de la vie, mais pas en aéronautique.

« Il est probablement préférable pour le gouvernement de travailler avec des gens qui connaissent bien le secteur et de créer un effet de levier », estime M. Fitzgibbon. 

Cinq secteurs clés  

Sciences de la vie

La pandémie a fortement accru l’intérêt pour cette industrie.

Ressources naturelles

Le gouvernement veut encourager la deuxième transformation dans les secteurs des mines et de la foresterie.

Aéronautique

Québec souhaite coaliser cette industrie autour d’un projet mobilisateur et lancer un fonds d’investissement pour les PME.

Aluminium

La deuxième transformation est également au programme dans ce secteur. 

Transport électrique

Le gouvernement entend mettre en valeur le savoir-faire québécois dans ce domaine et favoriser la production de lithium destiné aux batteries.

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