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Une vie au service de l’humanité

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Quelle vie inspirante ! La docteure Danielle Perreault n’est pas une inconnue, on l’a entendue souvent raconter ses aventures chez les Cris et Inuits du Nord québécois. Elle a aussi combattu le virus de l’Ebola en Afrique de l’Ouest, sans doute aux côtés des médecins cubains de la brigade Henry Reeve. 

Ne voulant pas garder pour elle seule ses expériences vécues dans différentes parties du monde où sévissait la plus grande indigence, elle a écrit ce livre-témoignage pour « rendre hommage à ces gens à la fois forts et fragiles, combatifs et résignés, qui ont tenté de protéger les leurs, qui se sont dressés dans l’adversité. [...] Ces gens-là forment l’humanité en marche. »

<strong><em>Soigner du Nord au Sud</em></strong><br>Dre Danielle Perreault<br>Éditions Québec Amérique
Photo courtoisie
Soigner du Nord au Sud
Dre Danielle Perreault
Éditions Québec Amérique

Très jeune, Danielle est attirée par l’aventure et le risque. Mais surtout, un besoin d’aider son prochain l’habite en permanence. Ce n’est pas tout le monde qui, à dix-huit ans, part faire du bénévolat en France pendant les vacances estivales. Normalement, à cet âge merveilleux, les cigales chantent. « Je passe un été de rêve en compagnie de personnes vraiment attachantes, comme cette dame russe très âgée qui a personnellement connu Staline et qui termine ici sa vie, dans la précarité », écrit-elle. Elle aura la piqûre. Désormais, sa vie sera consacrée à aider les plus maganés, où qu’ils soient.

Quelque temps après son retour, elle part enseigner au Togo. Pour un salaire de vingt dollars par mois, logée, nourrie et mobylette fournie. Sans électricité, mais avec l’eau courante. Le bonheur, elle qui s’était imaginé « coucher sur une natte par terre dans une hutte de paille ». Elle découvre un monde nouveau, des coutumes étranges et une culture qui lui était inconnue jusqu’à présent, où les croyances ancestrales et la superstition jouent un rôle prépondérant.

Le sous-développement fait des ravages, découvre-t-elle. Les victimes de la polio se comptent par milliers, faute de vaccins, tout comme celles de l’onchocercose ou de la cécité des rivières, causée par une mouche noire, sans parler du ver de Guinée ou de la dracunculose, etc. Quant aux maladies mentales, elles sont « soignées » avec les moyens du bord.

En plus d’enseigner, Danielle se porte volontaire pour assister les soignantes religieuses, une fois par semaine, dans une léproserie. Une vilaine hépatite la force à quitter l’Afrique, mais ce sera pour y revenir mieux équipée. Son second séjour de quatre mois au Ghana, avec l’ACDI, la convainc d’entreprendre des études en médecine. C’est dans cette discipline qu’elle sera la plus utile.

Lors d’un stage de trois mois dans le sud du Chili, alors sous le régime du dictateur Pinochet, elle découvre une autre forme d’indigence, mais une même cause : le capitalisme, qui fait fi des besoins élémentaires des populations et qui a chassé du pouvoir un gouvernement qui, lui, y était sensible.

Danielle est une excellente conteuse. On ne se lasse pas de lire ses récits où elle nous fait part de ses découvertes, de ses humeurs, de ses joies et ses peines, stages après stages, aux quatre coins de la planète. On y voit défiler toute la misère humaine, on prend conscience, en même temps qu’elle, de notre relative impuissance face aux mille maux dus à la malnutrition, aux mauvaises conditions hygiéniques, à l’absence d’eau potable, de médicaments et d’installations sanitaires adéquates. Mais on l’imagine toujours avec son large sourire, son ardeur au combat, sa détermination de prendre en charge ces populations dans le besoin, son optimisme contagieux.

Pour cette docteure qui a côtoyé de près les maladies qui frappent les populations du Sud et du Nord, le mot « vaccin » signifie guérison, et elle ne comprend pas ceux qui s’y opposent. « En plein soleil de midi, écrit-elle, plus de cent cinquante enfants, accompagnés de leurs parents, font la file pour recevoir le vaccin contre la rougeole. Ce souvenir me revient chaque fois que j’entends la propagande contre la vaccination. Ici, les parents connaissent dans tous les détails les conséquences de cette maladie. Ils ont vu leurs propres enfants, ou ceux de leurs voisins, mourir de pneumonie, de gastroentérite ou d’encéphalite. Ils ont vu ces petits de trois ou quatre ans perdre l’ouïe ou la vue. »

Ce livre est le meilleur antidote contre le scepticisme.