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[PHOTOS] Cinq centrales hydroélectriques qui ont marqué l’histoire de la région de Québec

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Si le slogan «Maîtres chez nous» et le contexte historique de la nationalisation de l’électricité sont connus de plusieurs, peu de gens savent que la ville de Québec a été la première ville canadienne à bénéficier d’un éclairage municipal électrique. L’histoire de l’électrification de la région de la Capitale-Nationale est aussi riche que surprenante.

1) L’illumination de la terrasse Dufferin, en 1885  

Château Frontenac, terrasse Dufferin [vers 1900]
Photo Fonds J. E. Livernois Ltée, BAnQ Québec (P560,S1,P787). Auteur inconnu
Château Frontenac, terrasse Dufferin [vers 1900]

Le 29 septembre 1885, le journal de Québec L’Électeur rapporte que certains citoyens de Lévis ont vu leur sommeil perturbé par un phénomène hors normes. Comme le rapporte le journal, vers 2h du matin, les électriciens de la Quebec-Levis Electric Company ont effectué un premier test visant à éclairer la terrasse Dufferin à l’aide d’une trentaine de lampes à arc. 

L’électricité consommée par ces nouveaux lampadaires venait alors d’une génératrice installée dans une ancienne manufacture de seaux et de manches à balai reconvertie en installation hydroélectrique exploitant l’énergie de la chute Montmorency. Or, selon le journaliste, la lumière produite fut telle que certains habitants de Lévis crurent à un incendie «éclairant tout le port comme en plein jour».

Selon le journaliste, le succès de l’entreprise fut tel que l'on a résolu «de n’allumer que la moitié des quelque 30 foyers de la terrasse, car on a constaté que l’éclat d’une illumination complète serait intolérablement intense.» Nous sommes cependant en droit de penser que le journaliste s’est peut-être légèrement emporté, puisqu’en 1900, soit une quinzaine d’années plus tard, le journal Le Courrier du Canada rapporte que l’éclairage de la terrasse, qui est déjà, à cette époque, un lieu de promenade très fréquenté, laisse à désirer, les «lampes électriques» n'étant pas en nombre suffisant. 

Quoi qu’il en soit, cette première expérience de l’éclairage d’une zone urbaine québécoise par l’électricité a dû émerveiller plus d’un promeneur jusqu’à ce que cette façon de faire devienne plus courante. Avant l’apparition de ces nouveaux lampadaires produisant un éclairage électrique, la terrasse était dotée de réverbères fonctionnant au gaz ou à l’huile, qui devaient être allumés un à un. L’apparition de l’éclairage électrique sonne d'ailleurs le glas pour le métier d’allumeur de réverbères, qui comprenait l’entretien de l’équipement et le maintien de l’éclairage, du soir au matin. 

2) La centrale de la chute Montmorency  

Intérieur de la centrale électrique de Montmorency
Photo collection Félix Barrière, BAnQ Vieux-Montréal (P748,S,P2665). Auteur inconnu, [1910]
Intérieur de la centrale électrique de Montmorency

En 1894, la Quebec-Levis Electric Company change de nom pour Montmorency Electric Power Company et construit une première centrale au pied de la chute Montmorency. 

L’aménagement de cette nouvelle centrale permet d’alimenter la Montmorency Cotton Manufacturing Company, qui devait éventuellement prendre le nom de Dominion Textile Company. 

Si la production de cette nouvelle centrale vise essentiellement des fins industrielles, sa présence permet également l’électrification du tramway de la ville de Québec en 1897. Aujourd’hui, il ne reste que quelques vestiges de cette centrale sur le site patrimonial de la Chute-Montmorency. 

3) La centrale des Marches-Naturelles  

Vue des Marches-Naturelles de la rivière Montmorency
Photo Fonds J. E. Livernois Ltée - BAnQ Québec (P560,S2,D3,P100), J. E. Livernois Photo. Québec, [Vers 1860-vers 1965]
Vue des Marches-Naturelles de la rivière Montmorency

Comme la demande en électricité est en pleine expansion au début du XXe siècle, la Quebec Railway Light and Power Company, née en 1899 de la fusion de la Montmorency Electric Power Company et de la Quebec Montmorency & Charlevoix Railway, construit une nouvelle centrale au fil de l’eau, en amont de la centrale de la Chute-Montmorency. 

La centrale des Marches-Naturelles est construite en 1908, et ses fondements sont faits de béton plutôt que de pierre et de mortier, comme ceux de son homologue de la fin du XIXe siècle. Sur le plan architectural, cette nouvelle centrale rappelle le style industriel très en vogue au début du XXe siècle. Cette centrale est toujours raccordée au réseau de distribution d’Hydro-Québec. 

4) Centrale de Saint-Gabriel  

«The Jacques Cartier Water Power Company»
Auteur inconnu, The Quebec chronicle, 29 janvier 1901, p.6
«The Jacques Cartier Water Power Company»

Quelques années après que la Montmorency Electric Power Company eut construit sa première centrale à la chute Montmorency, la Jacques-Cartier Water and Power Company aménage une petite centrale sur la rivière Jacques-Cartier, dans la municipalité de Saint-Gabriel. 

La Jacques-Cartier Water and Power Company est éventuellement acquise par la Quebec Power Company (Quebec Railway, Light, Heat and Power), mais la centrale demeure en fonction jusqu’en 1964 et alimente entre autres la base militaire de Valcartier. Construite en 1899 et mise en fonction en 1900, cette centrale est dotée de turbines en cuves, soit un modèle typique des premières installations hydroélectriques. Comme ceux de son homologue de la chute Montmorency, les fondements de cette centrale étaient faits de maçonnerie, puisque l’utilisation du béton n’était pas encore courante à cette époque. En 1973, on enfouit la centrale, plutôt que de la démanteler, afin de sécuriser le site. 

La centrale Saint-Gabriel est mise au jour à la fin des années 1990, à la suite d’une étude de potentiel du site par des ingénieurs d’Hydro-Québec. Aujourd’hui, la mise en valeur du site permet aux curieux d’en apprendre davantage sur les méthodes de production hydroélectrique du début du siècle.

5) La Centrale des Sept-Chutes  

Usine-génératrice de la Québec Power sur la rivière Sainte-Anne à Saint-Ferréol
Photo (E6,S7,SS1,P65329), J.W. Michaud, 1948
Usine-génératrice de la Québec Power sur la rivière Sainte-Anne à Saint-Ferréol

En 1904, les chutes de la rivière Sainte-Anne attirent l’attention d’investisseurs souhaitant exploiter leur potentiel hydraulique. Comme le phénomène d’électrification se trouve en plein essor et que la demande croissante, venant essentiellement des milieux urbains, ne peut être comblée par les installations déjà en fonction, la Quebec Electric Power Co lance une initiative visant l’aménagement de centrales hydroélectriques sur des sites plus éloignés de la ville de Québec. 

C’est dans ce contexte que la compagnie esquisse un premier projet d’aménagement de complexe sur le site des Sept-Chutes, sur la rivière Sainte-Anne. Cependant, ce n’est qu’en 1911, après une longue période de latence, que la Stadacona Hydraulic Company relance le projet et entame la construction du complexe. 

La centrale est mise en fonction en 1916 et acquise neuf ans plus tard par la Quebec Power, filiale de la Shawinigan Water and Power Company depuis 1923. 

En 1947, la Quebec Power entame la construction d’une ligne de transport longue de plus de 45 kilomètres visant à alimenter une industrie papetière de La Malbaie. 

La centrale des Sept-Chutes cesse sa production en 1984, puis est remise en service en 1999, après des travaux de réfection et de modernisation.

Un texte d'Alex Cliche, Bibliothèque et Archives nationales du Québec  

  • Vous pouvez consulter la page Facebook de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) en cliquant ici, et son site web en vous rendant ici.  
  • Vous pouvez également lire les textes produits par la Société historique de Québec en cliquant ici.  
  • En 2020, BAnQ souligne le 100e anniversaire des Archives nationales du Québec. Le microsite du centenaire peut être consulté ici.   
Photo BaNQ

Sources                

  • Parc de la Chute-Montmorency, Histoire, page consultée le 21 septembre 2020  
  • Répertoire du patrimoine culturel du Québec, Site patrimonial de la Chute-Montmorency, page consultée le 21 septembre 2020  
  • Répertoire du patrimoine culturel du Québec, page consultée le 21 septembre 2020  
  • Répertoire du patrimoine culturel du Québec, Aménagement hydroélectrique des Sept-Chutes, page consultée le 21 septembre 2020  
  • «Nouvelles générales», La Vérité, 3 octobre 1885, p.1  
  • «Les progrès de l’électricité à Québec», L’Électeur, 29 septembre 1885, p.1  
  • «Le tramway électrique projeté: Aperçu de l’entreprise», Le Courrier du Canada, 4 mai 1894, p.4       
  • «L’éclairage de la terrasse», Le Courrier du Canada: journal des intérêts canadiens, Québec, 28 juin 1900, p.4       
  • «Les Sept Chutes de St Ferreol», Le Soleil, 20 juin 1904, p.1       
  • CHOLETTE, Caroline et ROULEAU, Caroline. L’aventure de l’électricité 1880-1963. Québec, Publications du Québec; [Montréal]: Hydro-Québec, impression, 2009, 204 p.       
  • BERGERON, Gilbert. «La belle époque des tramways», Cap-aux-Diamants, vol. 5, no 4 (1990), pp.19-22       
  • BLOUIN, Jean-Paul. Historique de la Quebec Railway Light & Power Co., mémoire de maîtrise en sciences commerciales, Université Laval, 1948, 90 p.       
  • LECOURS, Jacques. «Une histoire d’eau... et d’électricité», Continuité, no 37 (1987), pp. 30-33