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La mobilité plombe-t-elle les maires?

Quebec
Photo d'archives, Stevens LeBlanc Les destins politiques de Valérie Plante et Régis Labeaume sont liés à la mobilité.

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Il est difficile d’imaginer deux personnalités politiques plus différentes que Valérie Plante et Régis Labeaume, tant dans leur style que dans leur personnalité.

Pourtant, ces deux-là se sont trouvés et ont su développer une complicité qui n’a rien à envier à celle que le premier citoyen de Québec avait avec Denis Coderre. On l’a vu lorsque Valérie Plante a « prêté » à Régis Labaume une part de fonds fédéraux destinés à sa ville pour permettre le financement du tramway de Québec, mais après d’intenses discussions et au prix de promesses de considération future. 

Cette alliance qui se déploie d’un bout à l’autre de la 20 s’explique par un enjeu qui lie les deux édiles municipaux. L’une y a lié son identité politique et l’autre son héritage. Il s’agit de la question de la mobilité.

Qu’est-ce qui cloche 

Le sondage que nous publions aujourd’hui montre des perspectives plus sombres pour la plus récente élue que pour son ami avec plus de tours au compteur. Un électeur montréalais sur cinq veut continuer avec Valérie Plante, un tiers souhaite le retour de Denis Coderre et près des deux tiers veulent simplement une autre équipe que celle qui est présentement à l’hôtel de ville. 

La satisfaction envers Mme Plante n’est pas au mieux, mais à 39 %, on a vu pire. Si elle convainc seulement ces gens-là de l’appuyer, dans une course à trois, elle sera réélue. Denis Coderre n’est devenu maire en 2013 qu’avec 32,44 % du vote.

Qu’est-ce qui cloche, avec Valérie Plante ? Est-ce la question de la mobilité, qu’elle place au centre de son identité politique qui la plombe ? Oui, selon les habitués des salles de rédaction et des dîners de chambre de commerce qui n’aiment pas les pistes cyclables. Pourtant, le transport collectif est le dossier qui a le mieux progressé sous sa direction, aux yeux des électeurs. 

C’est vrai que les projets routiers traînent, mais les cônes orange dérangent plus les électeurs du 450 et des villes défusionnées que ceux des quartiers centraux.

Dans sa zone 

Du côté de Québec, on se demande si la publication d’un rapport du BAPE défavorable au projet de tramway et le pas de recul du gouvernement sur sa réalisation affecteront les perspectives de Régis Labeaume. Le réseau de transport structurant est au centre du mandat actuel du maire de Québec.

Plusieurs supputaient depuis longtemps qu’il s’agissait du mandat de trop pour lui. Or, notre sondage montre que M. Labeaume serait aisément réélu et qu’aucune option de remplacement ne s’impose. Il est vrai qu’avec un maire qui prend tant de place, c’est dur... 

À Québec, on dit deux choses à propos de Régis Labeaume. Soit qu’il a l’air déprimé, soit qu’il connaît la meilleure séquence politique de sa vie. Probablement que les deux constats sont vrais : l’approche proactive pour soulager les conséquences du confinement montre que le maire les ressent aussi. Il est dans sa zone quand il nomme la douleur de ses concitoyens devant la tragique et absurde attaque survenue dans le Vieux-Québec.  Ça semble être ce qui a manqué à Valérie Plante dans les derniers mois : une empathie non ressentie par les Montréalais qui vivent la pandémie.

Il faudra voir maintenant si le vent de face que rencontre le tramway de Régis Labeaume ne le placera pas dans une situation aussi hasardeuse. Si Valérie Plante ne semble pas douter qu’elle sera sur les rangs en 2021, notamment pour défendre sa vision de la mobilité, c’est cette question également qui montrera si le maire de Québec a encore le goût de la bagarre ou s’il souhaite passer le flambeau.