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Pierre Fitzgibbon réprimandé

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Pour une première fois dans l’histoire du Québec, un ministre a été réprimandé par l’Assemblée nationale hier, sur recommandation de la commissaire à l’éthique.

• À lire aussi: Rapport de la commissaire à l’éthique: Fitzgibbon rejette le blâme, mais ne recommencera pas

Le blâme symbolique à l’endroit du ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon a été appuyé par le gouvernement caquiste et l’ensemble des députés de l’opposition. Seul M. Fitzgibbon, qui n’était d'ailleurs pas présent au Salon bleu, s’est abstenu de voter.  

Écoutez l'analyse de Caroline St-Hilaire et d'Antoine Robitaille, avec Benoît Dutrizac, sur QUB radio: 

Dans son rapport, la commissaire à l’éthique et à la déontologie, Ariane Mignolet, reprochait au ministre d’avoir rencontré à plusieurs reprises un ami lobbyiste, Luc Laperrière, qui venait de lui acheter les actions de l’entreprise Move Protéine, dont il souhaitait se départir.  

M. Fitzgibbon s’est ainsi placé «dans une situation où son intérêt personnel pouvait influencer son indépendance de jugement dans l’exercice de sa charge, en raison de ses liens étroits avec monsieur Laperrière», conclut la commissaire.  

Toutefois, le ministre «n’a pas favorisé les intérêts de monsieur Laperrière de manière abusive» ni fait d’intervention en échange de l’achat de ses actions, précise-t-elle.      

  • Écoutez le journaliste Alexandre Dubé avec Benoît Dutrizac, sur QUB radio:   

Une commissaire avec du mordant

À son arrivée en poste en 2017, Ariane Mignolet avait promis qu’elle n’hésiterait pas à recommander des blâmes contre les élus fautifs afin de ramener la confiance des citoyens envers l’institution. 

Mais la première sanction imposée par la commissaire s’était heurtée au gouvernement Couillard. Celui-ci avait usé de sa majorité pour battre une pénalité de plus de 24 000$ imposée à l’ex-ministre libéral Pierre Paradis, à qui elle reprochait d’avoir utilisé son allocation de logement au profit de membres de sa famille.  

Il faut dire que le prédécesseur de Mme Mignolet s’est souvent fait reprocher de manquer de mordant. Jacques Saint-Laurent avait été le premier à occuper la fonction créée en 2011, dans la foulée de scandale sous le gouvernement Charest. Mais ses enquêtes, notamment sur les anciens ministres libéraux Sam Hamad et Laurent Lessard, étaient demeurées sans conséquence. 

Un seul élu – l’ex-député caquiste devenu indépendant, Claude Surprenant – avait été sanctionné à la suite d’un blâme du commissaire Saint-Laurent, à la toute fin de son mandat. 

Un bon message, mais...

Pour l’expert en éthique parlementaire Denis St-Martin, le premier ministre François Legault a envoyé le bon signal en votant en faveur d’une sanction envers son ministre. «Plutôt que de faire comme tous les autres avant lui et de protéger son ministre, il a été d’accord pour le blâmer», note le professeur de l’Université de Montréal.  

Toutefois, M. Legault a nui à son message en matière d’éthique en laissant son ministre nier publiquement les faits qui lui sont reprochés, croit M. St-Martin. «Oui, il est blâmé, mais on le laisse utiliser toutes les tribunes possibles pour dire: je n’ai rien fait de mal, je n’ai rien à me reprocher, la commissaire à l’éthique fait erreur sur ce qu’elle pense avoir vu», résume-t-il.   

Bien sûr, une personne visée a le droit de se défendre, concède M. St-Martin, mais le danger ici est de «mettre en péril la confiance des citoyens envers les institutions».  

Question de perceptions

Pour M. St-Martin, c’est le statut social de M. Fitzgibbon qui explique pourquoi il rejette les conclusions de la commissaire. «Dans le monde des affaires, c’est normal de faire des transactions avec les gens que tu connais, parce que tu sais que tu peux leur faire confiance, souligne-t-il. Transposée dans le secteur public, cette façon de procéder est fondamentalement erronée.»  

De plus, des privilèges qui peuvent sembler normaux à des gens fortunés – comme l’accès à un ministre pouvant délier les cordons de la bourse de l’État – choquent les gens «ordinaires». «M. [Justin] Trudeau, quand il s’est fait prendre sur l’île de l’Aga Khan, il ne voyait pas trop le problème, comme M. Fitzgibbon ne voit pas le problème, illustre Denis St-Martin. Parce que ces gens-là sont des millionnaires qui font partie de réseaux d’élite détachés de la réalité du commun des mortels, qui doivent prendre leur vélo ou le métro; eux autres, ils prennent des avions, des hélicoptères, ce n’est pas le même univers.»

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.