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Se réapproprier notre fleuve

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L’autre jour, alors que je me baladais le long du fleuve sur la promenade Jacques-Cartier dans le secteur de Cap-Rouge, j’ai eu une sorte de révélation. À voir le nombre de personnes qui profitaient des derniers rayons chauds de l’automne pour déambuler le long des berges du fleuve, je me suis dit qu’un projet comme Laurentia, ce méga projet de parc techno-industriel que le gouvernement de la CAQ souhaite faire voir le jour en bordure du fleuve, ne passerait jamais la barre de l’acceptabilité sociale ici.  

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Il faut préciser que la promenade est située dans la circonscription de Geneviève Guilbault, la ministre responsable de la Capitale-Nationale, qui a vanté cette semaine les vertus économiques de Laurentia, ce projet d’agrandissement portuaire qui, selon ses dires, serait si ambitieux et bon pour notre économie.

Accès au fleuve

J’en suis convaincue, les citoyennes et les citoyens de la circonscription de madame Guilbault ne sont pas intéressés à ce qu’on vienne saccager leur paysage fluvial, leurs berges, leur territoire, en cédant ceux-ci à des intérêts industriels étrangers, dont les profits iront dans les paradis fiscaux, et ce, pour les 60 années à venir.

Pour les gens qui habitent au centre-ville, et plus particulièrement dans les secteurs de Limoilou et de Beauport, la baie de Beauport est l’équivalent de la promenade Jacques-Cartier à Cap-Rouge, ou de la promenade Samuel-de-Champlain, qui s’inscrit dans sa continuité. Pour eux, cet accès au fleuve représente ce qu’ils ont de plus précieux, de plus sacré. 

Ruba Ghazal, députée de Québec solidaire responsable du dossier de l’environnement.
Photo d'archives
Ruba Ghazal, députée de Québec solidaire responsable du dossier de l’environnement.

Ce que les gens de la Capitale-Nationale veulent vraiment, ce n’est pas d’une bordure de fleuve laide et bétonnée: ils veulent pouvoir se baigner à la baie de Beauport, y pratiquer la voile légère, la planche debout ou le kayak. Ils veulent que la phase 4 de la promenade Samuel-de-Champlain se réalise enfin et permette de lier les berges de Cap-Rouge jusqu’à Montmorency. Ils veulent plus d’espaces verts et de biodiversité. Voilà ce que mes concitoyens et concitoyennes veulent pour leur ville de demain.
 

  • Écoutez l'entrevue de Ruba Ghazal sur QUB radio:   

Alternative

Dans Limoilou, une Table citoyenne s’est créée. Celle-ci propose une alternative pour le Littoral Est aux antipodes de la vision proposée par le Port, la Ville de Québec et la CAQ. Le Plaidoyer pour un littoral Est écologique, social et économique porte à bout de bras cet espoir de voir notre ville se transformer en quelque chose de beau.

Dans ce manifeste, il est question de gouvernance partagée, de mixité d’usage, de logements variés, de biodiversité, de liens entre l’humain et la nature. En tant qu’élue, je me sens concernée et interpellée par cette vision du monde que des gens qui nous ont élus proposent. Je la trouve inspirante, vivifiante.

J’invite la ministre de la Capitale-Nationale à se laisser imprégner de cette vision, et à la faire sienne, comme s’il s’agissait de son quartier, de son accès au fleuve.

Il devient de plus en plus navrant de voir la CAQ patauger en eaux troubles pour sauver du naufrage le Titanic-Laurentia.

Le mépris de la CAQ pour les processus d’évaluation environnementale est de plus en plus gênant: quand c’est rendu que le ministre de l’Environnement lui-même demande au Canada d’outrepasser l’évaluation environnementale pour accélérer la construction d’un méga parc techno-industriel en bordure du fleuve, je me dis que la protection de l’environnement est le dernier des soucis de ce gouvernement. Mais quand je vois la formidable mobilisation des citoyennes et des citoyens pour se réapproprier leurs berges, pour renouer avec les énormes potentialités de notre fleuve, je me dis qu’au fond, il y en a, de l’espoir. 

Ruba Ghazal
Députée de Québec solidaire
Responsable du dossier de l’environnement

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