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Sortie attendue de l'album Encounter: Beyries, émotions brutes

Sortie attendue de l'album Encounter: Beyries, émotions brutes
Photo courtoisie, Jocelyn Michel, leconsulat.ca

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Il y a une dizaine d’années, elle se relevait de deux combats contre le cancer et n’avait jamais envisagé de gagner sa vie avec la musique. Aujourd’hui, le lancement du nouvel album d’Amélie Beyries constitue un des principaux événements musicaux de l’automne au Québec.

C’est l’histoire d’un succès inattendu qui dépasse même nos frontières. Parce qu’il n’y a pas que chez nous que les mélomanes tendent l’oreille. 

Les nouvelles chansons de Beyries – trois extraits de l’album Encounter ont été lancés en amont de la sortie officielle, Out of Touch, Over Me et Closely – ont récemment attiré l’attention de l’édition française du magazine Rolling Stone

L’auteure-compositrice-interprète, née et domiciliée à Montréal, a aussi donné une entrevue à un média d’Angleterre, une partie du monde où elle peut compter sur le soutien d’une équipe de relations de presse entretenant de bons espoirs qu’elle perce ce marché convoité.

«C’est tellement inespéré», se réjouit l’artiste de 41 ans, émue de l’engouement que suscitent ses nouvelles compositions.

«À chaque fois, tu ne sais jamais comment les choses vont tourner, mais effectivement, il y a un intérêt. C’est déjà énorme, considérant ce qui se passe...», songe-t-elle en évoquant l’horrible double assassinat du Vieux-Québec, encore tout frais au moment de notre entretien avec elle.

Un parcours à obstacles

Au bénéfice de ceux qui ne la connaissent pas, refaisons brièvement le parcours qui sort de l’ordinaire d’Amélie Beyries.

Si elle en joue depuis sa tendre enfance, elle ne se destinait pourtant pas à la musique. Durant sa vingtaine, elle travaille en restauration, comme relationniste de presse et occupe le poste de directrice générale de la boîte d’effets visuels du cinéaste Jean-Marc Vallée.

Puis, coup sur coup, deux épreuves : deux cancers du sein. Le premier en 2008 et un autre en 2010.

Pendant qu’elle livre ses batailles, elle fait écouter une chanson qu’elle a composée à des amis du milieu culturel. C’est Soldier, récit de son parcours de combattante. Les avis sont unanimement positifs, mais Beyries résiste. Elle n’ose pas faire le saut.

Son amie Emmanuelle Girard, qui deviendra sa gérante, la talonne pendant quelques années, sans succès. C’est lorsque le réalisateur Alex McMahon, conquis par ce qu’il a entendu, accepte de l’épauler qu’elle plonge.

Le label Bonsound lui offre un contrat et, le 24 février 2017, Landing voyait le jour.

«Je pensais en vendre trois copies et demie», avoue Beyries.

Le succès

Elle était dans le champ.

Propulsée par le succès de The Pursuit of Happiness (plus de 5,7 millions d’écoutes sur Spotify à ce jour) et son superbe duo avec Louis-Jean Cormier, J’aurai cent ans, seule pièce en français de l’album, Landing trouve 15 000 preneurs et la carrière de Beyries décolle.

«J’ai été appelée à faire un concert en Turquie, j’ai chanté avec un Israélien qui est une méga pop star là-bas. À tous les niveaux, ça a été une super belle surprise, un beau cadeau», relate-t-elle.

La mort au quotidien

Si elle aime les feux de la rampe, Beyries ne les tient pas pour acquis. Regarder la mort les yeux dans les yeux, deux fois plutôt qu’une, remet les choses en perspective.

«Pas une journée ne passe sans que je pense à ça. Du cancer et de la mort, il y en a partout, principalement en ce moment. Nous sommes dans une période où nous n’avons jamais autant entendu parler de la mort. J’ai des amis qui ont perdu leurs parents de façon subite. On fait des projets qui sont super agréables, mais il faut toujours se rappeler que tout peut arrêter du jour au lendemain.»

Ce constat très terre-à-terre s’infiltre dans ses chansons, remarque Beyries.

«Je n’ai pas tendance à écrire des chansons hop la vie, les Champs-Élysées, la, la, la. Peut-être qu’un jour je le ferai, mais là, j’ai envie d’écrire des chansons sur des sujets qui me touchent et me dérangent profondément.»

Trois albums en chantier

On pourra le vérifier bientôt puisqu’en plus de mettre au monde Encounter, son second bébé constitué de onze pièces, Beyries a profité de la pause forcée de la pandémie pour se remettre à l’ouvrage.

Elle travaille actuellement sur pas un ni deux, mais trois albums en même temps.

Bien qu’elle se garde de dévoiler les noms, Beyries dit saisir les opportunités qu’offre la COVID-19 pour attirer en studio des créateurs qu’elle convoitait depuis un certain temps.

«Auparavant, les gens avec qui je voulais faire de la musique étaient tout le temps occupés. Un des grands plaisirs en ce moment, c’est que t’appelles n’importe qui et tout le monde a du temps. Je travaille avec du monde que j’adore.»

Habituez-vous, nous n’avons pas fini d’entendre parler de Beyries. 

Beyries – Encounter   

  • Paroles et musique : Amélie Beyries.   

— À l’exception de Nous sommes, paroles de Maxime Le Flaguais et musique de Beyries.   

  • Réalisation : Alex McMahon    

Discographie de Beyries

 — 2017 Landing 

 — 2020 Encounter 

Nominations Gala de l’ADISQ  

  • 2017 : album anglophone (nomination)   
  • 2018 : spectacle anglophone (nomination)       

Pleurer sur ses propres chansons   

Sortie attendue de l'album Encounter: Beyries, émotions brutes
Photo courtoisie, Jocelyn Michel, leconsulat.ca

Amélie Beyries était en train d’enregistrer Into You, une grosse ballade à l’américaine remplie de cordes somptueuses qu’on pourrait imaginer dans le répertoire d’une Barbra Streisand, quand des larmes ont coulé sur ses joues.

Comme ça lui arrive souvent quand elle joue sa musique, elle s’est mise à pleurer.

Amélie Beyries est une grande sensible. «Certains accords viennent vraiment me chercher, ça me fait pleurer instantanément.»

Pour ses collaborateurs en studio, le réalisateur Alex McMahon et Antoine Gratton, qui signe les arrangements, de telles réactions constituent de l’or en barre.

«Alex aussi a la larme facile et on rit de ça, mais, en même temps, Antoine m’a dit que c’est extraordinaire. Ça lui donne une réponse automatique à savoir si ça touche ou ça ne touche pas», relate Beyries, qui verse aussi des larmes en concert.

«Je me souviens d’un show, je ne sais plus quelle chanson, mais je la jouais seule. C’était avant la fin, les musiciens venaient me rejoindre et j’ai eu un mégablocage. Je n’étais pas capable de me reprendre», se rappelle-t-elle en riant.

Défi vocal

Comme c’était le cas sur Landing, Beyries joue de nouveau à fond la carte de l’émotion dans les chansons d’Encounter, qui parlent de relations, de rencontres avec soi et les autres, de deuils, de la mort. De la vie aussi.

Into You, avec ses grandes envolées lyriques, en constitue un bel exemple. C’est d’ailleurs le plus grand défi vocal que s’est imposé Beyries.

«Je me disais : dans quoi je me suis embarquée? Ayoye, c’est tough à chanter. C’est une des chansons dont je suis très fière sur l’album. Je suis contente de la progression d’accords. Quand je l’ai trouvée, j’ai lâché un gros “yes”. On y retrouve mon attirance pour Elton John, les Bee Gees, les Beach Boys et leurs progressions d’accords recherchées. J’ai travaillé fort pour aller chercher quelque chose de pas trop cheesy

Sortir du cadre

Over Me, le second extrait, atteste les petits changements que Beyries a voulu apporter à sa musique sur Encounter.

Titre au rythme plus enlevant et au refrain fédérateur, voilà une chanson qui peut attirer des comparaisons avec l’œuvre d’une Florence Welch (Florence and the Machine).

«Il y avait un désir de sortir juste un peu du cadre dans lequel les gens sont habitués à m’entendre, c’est-à-dire guitare-voix, très intime. Alex et moi, on voulait aller chercher des chansons plus amples. Pas trop, juste assez pour créer un équilibre.»

La touche Stréliski

L’alignement des chansons sur l’album repose aussi sur un désir de créer un arc narratif émotionnel. Après un départ en douceur, lentement mais sûrement, les tourments se pointent durant la première moitié de l’album puis, vers la fin, une sorte de paix intérieure semble s’installer.

Cette séquence finement dosée, le fameux pacing, est l’œuvre de son amie Alexandra Stréliski, pianiste préférée des Québécois.

«Elle m’a demandé si j’avais fait mon pacing en me mentionnant qu’elle adorait faire ça», relate Amélie Beyries, qui jonglait alors entre sa séquence, celle proposée par Alex McMahon et une autre concoctée par sa gérante.

En fin de compte, c’est l’alignement suggéré par Alexandra Stréliski qui a été proclamé grand gagnant.

«C’est comme une vague», image Beyries.

Une grosse vague d’émotions.