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Ulysse réserve une surprise à Germain

Le Montréalais compte faire taire ses dénigreurs

Yves Ulysse Jr
Photo Chantal Poirier Yves Ulysse jr se sent fin prêt pour son combat de 21 novembre contre Mathieu Germain.

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Après une carrière probante chez les amateurs, Yves Ulysse jr a fait ses débuts chez les professionnels. C’était le 18 janvier 2014 au Centre Bell. Ulysse avait l’honneur d’ouvrir la soirée qui s’était conclu par le combat très attendu entre Jean Pascal et Lucian Bute.

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Le Montréalais d’origine haïtienne (18-2, 9 K.-O.) se souvient de cette soirée comme si c’était hier. Pour sa victoire convaincante contre Evaggelos Tsirimokos, mais aussi pour l’ambiance spéciale qui régnait au Québec pendant la semaine du duel.

La semaine prochaine à Rimouski, c’est lui qui fera les frais de la finale à saveur locale alors qu’il croisera le fer avec Mathieu Germain. Un duel qui suscite l’intérêt des amateurs même s’il sera présenté à huis clos.

Ulysse a décidé d’accorder une rare entrevue pour parler de son prochain duel, mais aussi de ses projets à l’extérieur du ring.

« Danny Maciocia (directeur général des Alouettes) m’a appris dans les derniers mois qu’il faut voir plus loin que son sport, mentionne Yves Ulysse jr d’entrée de jeu au Journal de Montréal. Avant, je voyais un combat comme si c’était toute ma vie.

« Lorsque je pensais seulement à la boxe, je me mettais trop de pression sur les épaules. Je mettais toute ma concentration sur les plans A, B ou C.»

Pour ce duel contre Germain, il a changé son approche tout en ayant le même objectif : la victoire.

« Je suis très passif aux yeux de plusieurs, mais je suis bien préparé pour cela. Je suis prêt, ajoute-t-il. J’ai fait plusieurs rounds d’entraînement aux États-Unis et ceux-ci m’ont permis de retrouver mes repères. »

Rien contre Germain

Ulysse n’a jamais été un adepte des guerres verbales sur les réseaux sociaux ou dans les médias avec ses adversaires pour vendre ses affrontements. Il n’a pas l’intention de changer ses habitudes pour son duel avec Germain même s’il est un des acteurs principaux d’un combat local.

Malgré tout, il a bien voulu parler de son adversaire. Le respect est à l’honneur.

« Je le connais bien. On a mis les gants ensemble à trois ou quatre reprises. Par contre, on ne s’est jamais affrontés dans un vrai combat en raison de notre différence d’âge.

« Selon moi, il va tenter de me battre avec son volume de coups et il fera tout pour ne pas rester devant moi. Il va vouloir montrer aux juges qu’il est actif. »

D’ailleurs, Ulysse s’est fait jouer un tour dans certains de ses combats alors qu’il n’avait pas été assez actif. Il avait tenté de gagner avec ses habiletés et non avec un effort soutenu.

« À la base, la science de la boxe est de toucher sans être touché, analyse-t-il. Dans les dernières années, on a souvent vu le boxeur le plus actif l’emporter même si l’efficacité de ses coups n’est pas optimale.

« Pour mon combat du 21 novembre, je vais vous laisser la surprise sur ce que je vais faire. »

Les conseils de Scully

Après sa soirée de travail difficile contre Ismael Barroso, Ulysse a vécu des moments frustrants. Il a été blessé par les propos de son entraîneur Rénald Boisvert et ceux de son promoteur Camille Estephan sur la place publique.

Des propos qui sont encore bien présents à l’esprit du boxeur de 32 ans.

« Contre Barroso, j’étais troublé et brûlé par 27 semaines de camp, mentionne-t-il. Par contre, ça m’a permis de réaliser certaines choses au sujet de mon entourage. »

Il est allé faire un camp de quelques semaines au Connecticut sous la férule de John Scully.

« Il m’a dit que je n’ai pas besoin d’un plan de match précis. Je dois suivre davantage mes instincts durant le combat. John a vu mon éthique de travail. Il m’a seulement conseillé d’être moi-même. »

Par contre, l’Américain ne sera pas dans le coin d’Ulysse pour son affrontement de la semaine prochaine. Il ne veut simplement pas faire la quarantaine obligatoire de 14 jours au Québec avant le choc de son protégé.

C’est Rénald Boisvert et Claudio Misischia qui seront dans son coin. Pourquoi revenir avec les mêmes entraîneurs qu’à son dernier combat ? Ulysse n’avait pas beaucoup d’options sur la table.

Il a donc choisi des personnes qu’il connaît depuis plusieurs années pour aller à la guerre. Ce n’est pas surprenant. 

Réticent au tournoi

Ulysse n’a pas sauté de joie lors de l’annonce du tournoi « Carré d’as » d’Eye of the Tiger Management. Il n’aime pas la formule proposée par les dirigeants de son groupe de promotion.

« Au départ, je suis contre les combats locaux. J’ai toujours vu cela comme si c’était nous (les boxeurs québécois) contre le reste du monde.

« Pour ce qui est du format du tournoi, je ne le comprends pas, pour être honnête. C’est la première fois que j’entends dire qu’un perdant peut revenir après une défaite. J’aurais mieux aimé un tournoi à élimination simple. Tu perds, tu sors. »

Il se réfère aux tournois amateurs pour prouver son point.

« Avec cette façon de faire, j’aurais pu participer aux Jeux olympiques. Chez les amateurs, tu t’inclines, tu es éliminé. Tu n’as pas de deuxième chance. »

De plus, sa carrière internationale pourrait être sur la glace pour deux ans s’il se rend jusqu’à la finale du Carré d’as. Une avenue qui ne l’enchante pas beaucoup.

Volcan en ébullition

Lors de l’entretien, Ulysse est demeuré calme devant les questions du représentant du Journal. Par contre, on sentait qu’on était en présence d’un volcan en ébullition.

Au cours de sa carrière, il a été en mesure de livrer de brillantes performances lorsque sa préparation mentale était à point. Ulysse était dans sa zone lorsqu’on lui a parlé. La confiance était au rendez-vous.

« Chaque fois que j’ai subi une défaite, j’ai été en mesure de rebondir lors du combat suivant. J’ai l’intention que ça se reproduise encore contre Germain. »

Le message est passé.

Pas seulement un « gamer »  

Au cours de la dernière année, Yves Ulysse jr s’est fait reprocher par des observateurs d’être un mordu des jeux vidéo dans son quotidien. Des propos qui ont agacé le principal intéressé.

Yves Ulysse Jr
Photo d'archives

« C’est vrai que j’aime les jeux vidéo, et je ne fais pas que ça dans la vie, souligne Ulysse. L’an dernier, j’ai mis un projet en marche, soit de créer un organisme communautaire pour aider les jeunes de Saint-Michel.

« Puis, après ma défaite contre Barroso, mon ami Paul Evra m’a ouvert les portes pour nourrir les plus démunis pendant la pandémie. Ça m’a permis de voir la réalité sur le terrain et d’avoir une réflexion sur ce que je peux faire pour aider ma communauté. »

Il a transformé cette expérience en motivation pour la suite de sa carrière.

« Contre Mathieu Germain, j’aurai des choses à prouver. La plus importante à mes yeux ? Être un exemple pour ma communauté. Je veux démontrer qu’il ne faut jamais abandonner même si les gens te crachent dessus ou qu’ils te disent que tu es un boxeur fini.

« Dans le ring, je ne serai pas tout seul. Mentalement, j’aurai une grosse armée derrière moi. Ce qui m’importe, c’est l’impact qu’une victoire peut avoir sur ma communauté, et rien d’autre. »

Yves Ulysse Jr
Photo d'archives

Retour à l’école

Ulysse a un autre projet important à l’extérieur des cadres de la boxe : un retour à l’école.

« Je veux finir mon secondaire tout en continuant de boxer, indique-t-il avec un brin de fierté. Il me reste des cours de quatrième et cinquième secondaire à compléter.

« Pour moi, c’est très important pour mon après-carrière. »

Afin d’aider les jeunes en difficulté de sa communauté, il est conscient qu’il serait mieux outillé pour faire ses interventions avec quelques cours en travail social.

À la fin de son parcours de la boxe, Yves Ulysse jr n’aura possiblement pas les poches pleines, mais il aura établi des fondations pour la poursuite de sa vie.

Et pour lui, ça n’a pas de prix.