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Un promoteur immobilier condamné pour fraude

Tyronne Candappa a préparé de faux baux pour convaincre des investisseurs

jugement de Tyronne Candappa
Photo d’archives, Ben Pelosse L’homme d’affaires de Westmount Tyronne Candappa, photographié ici au palais de justice de Longueuil en septembre 2017, a plaidé coupable à deux chefs de fraude en octobre dernier, six ans après le dépôt des accusations. Il purgera sa peine à domicile.

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Un promoteur immobilier peu scrupuleux a été condamné à 21 mois de prison dans la communauté et à un remboursement de 50 000 $, plus de huit ans après avoir dupé des investisseurs dans un projet de tour de condos à Brossard.

Tyronne Candappa, 45 ans, a plaidé coupable en octobre à deux chefs d’accusation de fraude au palais de justice de Longueuil.

L’homme d’affaires de Westmount a admis pour la première fois, six ans après le dépôt d’accusations contre lui, avoir frustré des victimes, par la supercherie et le mensonge, de sommes totalisant près de 370 000 $.

Ce ne serait toutefois que la pointe de l’iceberg de l’argent perdu, selon deux de ses victimes. 

Notre Bureau d’enquête avait rapporté en 2013 qu’une soixantaine d’épargnants, des retraités, des médecins et même un policier, avaient versé des millions de dollars en dépôt pour des condos dans une tour à Brossard, sur la Rive-Sud, qui n’est jamais sortie de terre.

Cet édifice avait été décrit comme un immeuble de prestige de 14 étages donnant sur le fleuve Saint-Laurent.

Dans un résumé des faits daté du 5 octobre, Candappa admet avoir offert de fausses garanties financières à des acheteurs potentiels de condos.

Faillite

Candappa a fait miroiter un investissement sans risque, puisqu’il disait que les condominiums étaient déjà réservés pour de futurs locataires. Sept faux baux, avec des noms fictifs, ont ainsi été préparés. L’objectif était pour lui d’« encourager la vente des unités » et d’« aider les acheteurs à obtenir leur financement », selon ses explications.

Malgré son plaidoyer de culpabilité, Candappa ne pourra pas rembourser l’ensemble des victimes puisqu’il a fait faillite.

« Cette procédure [de faillite] ne leur a jamais permis de récupérer leurs avances en argent, mais a entraîné des conséquences désastreuses, ça a mis fin au projet de 45 millions $ et l’accusé a perdu personnellement 14 propriétés évaluées approximativement à 8,4 millions $ », peut-on lire dans le résumé des faits.

Le ministère public avait initialement déposé 10 chefs d’accusation dans ce dossier. Le procureur Me Éric Bernier n’a pas voulu expliquer pourquoi plusieurs chefs avaient été retirés et pourquoi il avait fallu attendre six ans pour que Candappa plaide coupable.


Tyronne Candappa a également plaidé coupable en août à un chef d’accusation d’usage négligent d’une arme à feu après avoir tiré sur un client qui déménageait. Il a été condamné à deux ans moins un jour de prison à domicile et 100 heures de travaux communautaires.

Tout a débuté il y a 10 ans

2010 à 2012 : Tyronne Candappa promet la construction d’une tour de prestige de 14 étages à Brossard, qu’il nomme la tour Tysel.

2013 : Deux de ses compagnies font faillite avec des dettes de 27 millions $.

2014 : Canadappa est accusé de 10 chefs de fraude en lien avec la vente de condos.

2020 : Après de nombreuses remises, il plaide coupable à deux des 10 chefs d’accusation.

Seulement des miettes, déplorent des victimes

Le Dr Mohunlall Soowamber dit avoir perdu plus de 700 000 $ dans les mains de Tyronne Candappa. Il avait signé des promesses d’achat pour 14 condos qui n’ont jamais été construits.

Mohunlall Soowamber<br>
<i>Victime</i>
Photo Jean-François Cloutier
Mohunlall Soowamber
Victime

« Ça ne devrait pas être acceptable qu’au Québec quelqu’un puisse faire des choses comme ça. [...] On n’a presque rien eu. La justice n’est pas de notre bord pantoute », déplore-t-il en entrevue téléphonique.

« Vous imaginez toutes les autres personnes qui ont investi de l’argent et qui n’avaient pas des baux pour les appartements qu’ils avaient achetés », poursuit-il.

Le médecin a décrit Candappa comme un fraudeur sophistiqué qui « a fait beaucoup de dégâts à plein de gens depuis une dizaine d’années ». Il dit être forcé de travailler encore à 75 ans. 

« Ce n’est pas juste financier, il y a aussi le trauma psychologique », explique le Dr Soowamber.

Sentiment de honte

Une autre victime de Candappa, qui a demandé à ne pas être nommée, n’avait pas été informée du plaidoyer de culpabilité enregistré par l’arnaqueur lorsque jointe par notre Bureau d’enquête à la mi-novembre. Elle dit avoir été longtemps affectée par un sentiment de honte profond d’avoir perdu plus de 300 000 $ à cause de lui.

« Au Québec, c’est comme ça, je vois d’autres cas encore et les fraudeurs s’en tirent. On n’est pas très sévères pour ce genre de crime là », dit-elle, critiquant le fait que Candappa purgera sa peine dans la communauté.

Elle l’a décrit comme un personnage charismatique très habile à se mettre en scène. Candappa aurait déjà pleuré au palais de justice pour attirer la pitié, selon elle. 

« Il rit de nous », a-t-elle dénoncé.