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Plan pour une économie verte très pâle

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En matière d’environnement, il y a deux types de mesures gouvernementales qui provoquent des changements rapides: la réglementation et l’application du principe de «pollueur-payeur».

Même si c’est impopulaire, ça marche!

On ne trouve rien de cela dans le Plan pour une économie verte (PEV) dévoilé lundi par le gouvernement Legault. Rien de contraignant. En tout cas, pas avant 2035!

Insuffisant

C’est comme si, en réponse à la crise de la COVID, le gouvernement se contentait d’encourager la population à se laver les mains et débloquait 6,7 milliards de dollars sur cinq ans pour des mesures sanitaires volontaires encourageant les entreprises comme les individus à en faire plus.

(En passant, la COVID a plongé le Québec dans un déficit de 15 milliards en quelques mois... Une vraie crise, ça coûte cher!)

Que dirait-on si, pour combattre la pandémie, on proposait des mesures visant à atteindre moins de la moitié d’une cible que l’on sait être, en partant, en dessous de ce que prescrivent les scientifiques pour éviter les pires catastrophes?

Serait-ce prendre la COVID au sérieux? Serait-ce prendre nos responsabilités? Non!

C’est pourtant ce que fait le gouvernement Legault à l’égard des changements climatiques et, plus largement, à l’égard de la dégradation des écosystèmes. Il s’agit d’importantes menaces pour la santé et la sécurité de la population, particulièrement celles de nos enfants et des plus vulnérables.

On sait qu’à moyen et à long terme, les changements climatiques auront des effets beaucoup plus graves que la COVID. La Croix-Rouge nous le rappelait cette semaine.

C’est aussi ce que disent la Banque Mondiale, le FMI, l’OCDE et même les grands financiers capitalistes de ce monde. Eux aussi tirent la sonnette d’alarme et réclament plus d’actions pour protéger le climat.

Ils savent que prévenir les crises coûte moins cher que de les absorber, et que les États ont un rôle central à jouer pour réglementer et appliquer le principe de pollueur-payeur. Ils ont bien vu que, jusqu’à maintenant, les mesures incitatives n’ont pas suffi. Après 30 ans d’essais et une bonne pandémie, on devrait avoir compris!

Survie de l’espèce

Lors de la présentation du Plan pour une économie verte, François Legault a parlé de «survie de l’espèce» et de «devoir moral envers les prochaines générations». Je pense qu’il était sincère, mais qu’il aurait besoin de quelques cours d’écologie pour mieux comprendre comment protéger l’avenir de nos enfants.

Je pense d’ailleurs que, si les sciences de l’environnement étaient intégrées à tout le programme scolaire, on prendrait de bien meilleures décisions, individuellement et collectivement.

L’étude de ces sciences permet de comprendre que nous sommes l’air que l’on respire, l’eau que l’on boit et la terre qui nous nourrit. Comprendre l’environnement fait réaliser à quel point nous avons intérêt à prendre soin du monde. Parce que le monde, c’est nous! Nous en faisons tous partie. Ça veut aussi dire prendre soin les uns des autres et réduire les inégalités, sociales autant qu’économiques. Tous ces enjeux sont liés.

Vert très pâle

Certes, le plan annoncé lundi contient des mesures intéressantes. L’électrification des transports, un certain verdissement de l’industrie, la décarbonisation des bâtiments, le développement de nouvelles filières écologiques et des mesures d’adaptation aux changements climatiques, notamment par la végétalisation.

Ces mesures sont clairement nécessaires et elles vont au-delà de ce qui a été présenté par les gouvernements précédents. Ce sont des pas dans la bonne direction, mais elles sont insuffisantes pour prévenir les pires catastrophes annoncées. On a besoin de vision pour soutenir des transformations structurantes qui contribueront au mieux-être de toute la société.

Ce PEV fait presque oublier que le gouvernement Legault s’est montré favorable aux projets d’oléoduc et d’usine de liquéfaction GNL Québec au Saguenay, et au troisième lien de Québec. S’ils se réalisent, ces projets feront augmenter les émissions de gaz à effet de serre de manière considérable en toute connaissance de cause. Même si on les trempe dans la peinture verte.

Changer les règles du jeu

J’aimerais rappeler au gouvernement que son premier devoir est de protéger la santé et la sécurité de ses citoyens. Pas seulement contre la COVID! Il dispose des outils nécessaires pour mettre en place les règles du jeu qui déterminent ce qu’on a le droit de faire ou pas. Quand et comment. Individuellement, mais surtout collectivement.

On a besoin de règlements qui protègent l’avenir de nos enfants. Détruire les bases de la vie sur Terre pour faire de l’argent ne devrait pas être une option. La cupidité institutionnalisée a assez duré.

Nous avons besoin de plus de mesures d’écofiscalité. En d’autres mots: l’application du principe de «pollueur-payeur». Le prix sur le carbone est un bon exemple. Le hic est qu’il n’est pas encore assez élevé pour faire une différence et qu’il y a encore trop de moyens de le contourner.

Le gouvernement Legault doit mettre en place des politiques publiques qui feront en sorte que les choix qui polluent coûtent beaucoup plus cher que ceux qui contribuent à protéger l’environnement. En ce moment, c’est souvent l’inverse. On externalise les coûts environnementaux et sociaux.

Ainsi, le bonus-malus à l’achat d’une voiture devrait aller de soi. Plus un véhicule pollue, plus il devrait coûter cher. Les subventions pour les autos électriques, c’est super, mais il faut aussi que les gros véhicules polluants coûtent plus cher. À moins que ceux-ci soient un outil de travail essentiel. Il y a moyen de créer des exceptions pour les gens qui ont des fermes, ceux qui travaillent dans le bois ou qui font de la construction.

Le bonus-malus pourrait aussi s’appliquer aux choix alimentaires, vestimentaires, à l’électronique, etc. Cela ferait en sorte que nos produits locaux et bio coûteraient moins cher que ce que l’on importe, plein de pesticides, de l’autre bout de la Terre. Ça mettrait un frein au fast fashion et à l’obsolescence programmée. Ce serait plus facile de soutenir nos artisans et créateurs locaux.

Les revenus ainsi obtenus pourraient servir à réduire le prix des choix les plus écologiques. Ce n’est pas une taxe de plus, mais une autre manière de l’appliquer.

Besoin de plus d’ambition

Depuis deux ans, le monde est plus que jamais conscient de la nécessité d’agir pour l’environnement. Il y a quelques semaines, un sondage Léger nous apprenait que 68% des Québécois.es considèrent que les actions des gouvernements sont insuffisantes pour répondre à l’urgence climatique.

Monsieur Legault, soyons de vrais champions! Ce n’est pas avec l’Alberta et le reste de l’Amérique du Nord, qu’il faut se comparer pour se trouver bons, mais avec les meilleurs de la planète. Nous partons avec une longueur d’avance grâce à notre hydro-électricité. Soyons exemplaires pour vrai. Ayons de la vision et de vraies ambitions!

Donnons-nous comme objectif d’émettre moins de GES par habitant que la Suède, la Suisse ou la France! Par habitant, même un Chinois émet moins de GES qu’un Québécois. Sans compter qu’avec tout ce que l’on importe de ce pays, nous sommes aussi responsables d’une partie de leur empreinte carbone.

Le temps est venu de faire de la transition un projet de société qui inscrira le Québec dans l’avenir du monde plutôt que dans sa destruction. Faisons en sorte qu’à partir de maintenant, toutes nos décisions individuelles et collectives soient passées au crible de leurs impacts sur l’avenir de nos enfants. Cela nous fera immanquablement agir pour protéger l’environnement.