/sports
Navigation

Sports amateurs: de l’aide pour les victimes d’agressions

Sports de combat
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin La ministre Isabelle Charest dévoilera aujourd’hui le plan d’action de Québec en matière d’agression dans un contexte sportif.

Coup d'oeil sur cet article

Le gouvernement du Québec s’attaque de front aux problèmes souvent évoqués en ce qui concerne l’aide offerte aux athlètes victimes d’abus sexuels et psychologiques en contexte sportif. La ministre déléguée à l’Éducation, Isabelle Charest, annoncera aujourd’hui la création d’un bureau indépendant de gestion des plaintes, a appris Le Journal. 

• À lire aussi: Sourire triomphant après que justice eut été rendue

• À lire aussi: Cas récents d'entraîneurs visés au Québec et au Canada

• À lire aussi: Un autre coach accusé de s’en être pris à une mineure

Le nouveau protocole de 1,4 million $ servira à protéger les athlètes qui ont souvent peur de dénoncer, de crainte que leur plainte soit étouffée par leur fédération.

Il fait suite à l’énoncé ministériel de novembre 2019 en « matière d’intégrité en contexte sportif et de loisir ».

Cette mesure constitue une bouffée d’air frais pour les nombreuses victimes d’entraîneurs abuseurs, qui ont continué de sévir dans la province ces derniers temps. 

  • Écoutez Sylvain Croteau, directeur général de Sport’Aide, au micro de Geneviève Pettersen à QUB radio  

L’ancienne joueuse de soccer Éliane Viau a applaudi l’initiative, elle qui vient de voir condamner son ex-entraîneur d’il y a 25 ans pour avoir abusé d’elle.

La culture implantée dans le sport ouvre la porte à des dérives, dénoncent des intervenants. 

Deux possibilités

Les fédérations sportives du Québec auront deux choix pour se conformer à cette nouvelle réglementation.

Elles pourront nommer elles-mêmes un officier de gestion des plaintes en démontrant hors de tout doute l’indépendance de celui-ci ainsi que son impartialité à gérer un dossier traitant de harcèlement ou de violence. 

Cette obligation sera ajoutée au programme de reconnaissance des fédérations qui donne accès au soutien financier du gouvernement.

L’autre option, que plusieurs fédérations privilégieraient selon nos sources, sera la création d’une structure semblable par le Regroupement Loisir et Sport Québec, avec à sa tête un officier qui déterminera si la plainte est recevable. Cette personne mènera ensuite une enquête sur les comportements allégués.

« Il existe une peur de dénoncer parce que les gens [ne font] pas confiance aux gens impliqués. Ça vient nous soulager. Parfois, au hockey mineur, c’est un petit monde et les gens sont dans le même groupe depuis l’âge de 5 ans. Ils se connaissent tous et ça peut empêcher les gens de parler dans des cas comme ça », signale le directeur de la régie de Hockey Québec, Yvan Dallaire, au cours d’une entrevue téléphonique.

« Ça va amener la neutralité dans le dossier et nous libérer de cette pression. Des gens spécialisés vont prendre la gestion complète du cas, ces personnes sont formées et c’est leur travail principal. C’est beau gérer des cas d’abus sexuels ou physiques, mais je gère pareil en même temps un congrès, un championnat provincial. C’est gros à gérer pour les gestionnaires », poursuit la directrice générale de la Fédération de natation du Québec, Isabelle Ducharme.

Coup de barre important

Sport’Aide, qui accompagne les acteurs du milieu sportif de toutes sortes, victimes de violence et d’intimidation, applaudit également l’initiative.

« Les gens, quand ils nous appellent, la première ou la deuxième question qu’ils nous posent, c’est : allez-vous appeler mes parents, mes coachs, mon club ou ma fédé ? L’arrivée d’un officier aux plaintes et d’une unité indépendante va rassurer et sécuriser les gens. Avant de demander de l’aide, les gens qui vivent de la violence ou des difficultés de cette nature, ça leur demande beaucoup d’efforts », rappelle le directeur général de l’organisme, Sylvain Croteau.

Pour la chercheuse Sylvie Parent, qui étudie le phénomène des violences sexuelles dans les sports depuis plusieurs années, il était temps qu’une structure soit élaborée afin que les athlètes puissent dénoncer sans crainte de représailles. 

« C’est absolument incontournable. C’est un des mécanismes. Ce n’est pas juste ça, mais c’est un des éléments qui est très important présentement et qui a toujours été sous les feux de la rampe. Ça prend quelque chose de l’extérieur, pas une firme engagée, pas la fédération ou un organisme », note la professeure au département d’éducation physique de l’Université Laval.

Elle espère d’ailleurs que les entraîneurs visés par des plaintes devront répondre de leurs actes.

« Si on dit : “voici notre rapport dans lequel il y a un contexte qui vulnérabilise les athlètes pour tel type d’abus”, mais qu’on peut pas avoir de sanctions, ça ne fonctionne pas. Il faut être capable de sanctionner en cas de problèmes importants », mentionne Mme Parent.

À l’échelle nationale, un code de conduite universel a été élaboré en 2019 pour « prévenir et contrer la maltraitance dans le sport ». Le but est de mettre sur pied un système indépendant semblable à celui du Québec. Les discussions sont toujours en cours.