/opinion/columnists
Navigation

Fêter Noël, mais à quel prix?

US-HEALTH-VIRUS-TESTING
Photo d'archives AFP Au Canada, de nouvelles projections inquiétantes confirment que d’ici l’arrivée d’un vaccin en 2021, nous sommes encore loin d’être sortis de l’auberge covidienne.

Coup d'oeil sur cet article

Noël 2020. On aurait cru qu’avec la pandémie mondiale, la deuxième vague de la Covid-19 qui frappe fort partout et au Québec, avec les près de 7 000 personnes qui en sont mortes jusqu’ici, on mettrait les festivités sur «pause».

Or, le «contrat moral» proposé aux Québécois est d’une autre eau. Un «bon compromis», selon plusieurs. Espérons-le, très fort, mais cela reste à voir.

Depuis des mois, avec raison, on nous demande pourtant de limiter nos contacts. Avec ce maudit virus hypocrite et très contagieux – on peut être sans symptôme et néanmoins contagieux sans le savoir -, réduire nos contacts est un minimum vital, dans tous les sens du mot.

Or, du 24 au 27 décembre, la «permission» est donnée de recevoir chez-soi pour un total maximal à chaque fois de 10 personnes, de toutes provenances. C’est beaucoup et c’est risqué.

La plupart des experts recommandent plutôt de rester chez soi et de fêter avec sa famille immédiate résidant à la même adresse.

Sinon, de prendre de sérieuses mesures pour protéger nos proches – porter le masque avant de s’assoir à table, garder ses distances, ne pas partager la vaisselle et les ustensiles, lavage régulier des mains, etc. Mais combien ne le feront pas ou ne pourront pas le faire?

Pas (encore) sortis de l’auberge covidienne

Comme je le rappelais vendredi matin dans ma chronique, d’où l’importance plus que jamais, au-delà des directives gouvernementales, de s’auto-responsabiliser.

Des vies sont en jeu. Notre système de santé, aussi. Cela n’a rien d’abstrait. C’est du concret. Du vrai.

Question également de protéger des personnes vulnérables en évitant de risquer de les infecter sans le savoir.

Si les presque 7 000 personnes mortes ici de la Covid-19, étaient des enfants au lieu de personnes âgées pour la plupart, prendrions-nous les mêmes risques? Poser la question...

Ici comme ailleurs, nos sociétés étant fondées sur la «productivité économique active» et l’illusion d’une éternelle jeunesse, l’âgisme fait bien des dommages dans nos perceptions de la réalité. Impossible de le nier.

Des projections qui font réfléchir

Ce matin, une nouvelle alarme a sonné.

La Dre Theresa Tam, Administratrice en chef de l’Agence de la santé publique que Canada, a rendu publiques des projections toutes fraîches.

Pour les sceptiques, elles confirment que d’ici l’arrivée d’un vaccin en 2021, nous sommes encore loin d’être sortis de l’auberge covidienne.

Selon ces projections, si les Canadiens conservent leur même nombre de contacts, la deuxième vague se renforcera jusqu’à possiblement de 10 000 à 20 000 cas par jours en décembre.

Si on augmente nos contacts – comme on pourrait s’apprêtent à le faire pour Noël – au Canada, le nombre de cas pourrait exploser jusqu’à 60 000 cas par jour. Le nombre de décès, inévitablement, grimperait aussi. Quant au système de santé, qui sait?

Rappelons qu’en date d’aujourd’hui, sur les 11 265 décès, au Canada jusqu’ici, le Québec en compte déjà 6 744. Ce sont 6 744 femmes et hommes du Québec. Le Québec forme 23% de la population canadienne, mais près de 60% des morts dus à la Covid-19.

La Dre Tam a aussi précisé que le nombre de «grandes éclosions» montait.

Inquiet et grave

Ce midi, en conférence de presse, Justin Trudeau, a mis les points sur les «i».

Sur un ton inquiet, grave et sans «cassette», son message, si on le résume dans ses grandes lignes, allait comme suit:

«Il y a une montée fulgurante des cas de la Covid-19 au Canada et dans le monde. S’il vous plaît, il faut resserrer encore nos comportements devant la Covid-19. Porter le masque plus encore. Éviter de recevoir des gens à la maison. Rester à la maison le plus possible. L’avenir de nos proches et de notre économie est en jeu. Soyons réalistes. Les données montrent que la Covid-19 s’étend à nouveau parmi les personnes plus vulnérables. Nous en avons pour quelques semaines et mois avant le vaccin. Nous devons réduire nos contacts de personne à personne, maintenant. On s’en va vers l’hiver.

Nous serons à l’intérieur. La Covid-19 pourra s’y propager encore plus facilement et donc, nous aurons plus de décès. C’est injuste pour tout le monde. Nous en avons tous marre. Mais c’est le moment maintenant, comme au printemps, d’agir ensemble. Nos travailleurs de la santé, depuis presque dix mois, ont beaucoup donné. Pensons aussi à eux. Nous devons les aider en contribuant à ralentir la propagation du virus. Les vaccins s’en viennent. Nous devons tenir bon.»

Questionné, le premier ministre canadien, marchant sur des œufs politiques, n’a pas critiqué le «plan» du premier ministre François Legault pour les Fêtes, se limitant à dire sa «confiance» envers les gens. «On est loin de Noël encore», a-t-il néanmoins laissé tomber.

Il n’en reste pas moins que le message demeure ultra clair : réduire nos contacts, y compris maintenant et durant les Fêtes. Ce message est également celui des experts.

Bref, à tout prendre et tout considérer, en pleine deuxième vague d’une pandémie mondiale, si l’on veut tenter d’éviter une troisième vague en janvier à quelques mois à peine d’un vaccin, pour nous tous, il y a amplement matière à réfléchir très sérieusement...