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Hydro-Québec relance la filière éolienne

La société d’État doit agir rapidement, car les surplus d’énergie seront chose du passé dans moins de sept ans

Senvion Canada Inc.-Parc Éolien Massif du Sud, 2013
Photo d’archives Le coût de l’énergie éolienne a fortement diminué, si bien que c’est cette filière qui offre désormais les meilleurs prix, croit Hydro-Québec. Ici, le parc éolien du Massif du Sud, dans Chaudière-Appalaches.

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Hydro-Québec (HQ) relancera la filière éolienne dès 2021. Elle devra combler d’importants besoins énergétiques d’ici quelques années en raison de l’électrification des transports et des bâtiments, a appris Le Journal.

Après avoir nagé dans les surplus, la société d’État se retrouvera à sec à partir de 2027, et doit déjà planifier l’ajout de sources d’énergie, selon des documents consultés par notre Bureau parlementaire.

Le vent a tourné depuis deux ans. En novembre 2018, le premier ministre François Legault annonçait aux chefs innus que le projet de parc éolien Apuiat, lancé par le gouvernement Couillard, était remisé tant et aussi longtemps qu’Hydro-Québec serait en excès d’énergie.

« Hydro-Québec prévoit des surplus pour les 20 prochaines années », disait-il alors. Il mettait un frein à tout nouveau projet, et voulait se concentrer sur la conquête de marchés d’exportation.

La donne a changé : des négociations sont déjà en cours pour remettre Apuiat sur les rails, a confirmé la société d’État. 

De son côté, le porte-parole du projet, Serge Ashini Goupil, se réjouit que le gouvernement reconnaisse « la valeur économique d’Apuiat, mais aussi sa valeur symbolique dans la relation de nation à nation entre le Québec et les neuf communautés de la Nation innue ».  

  •  Écoutez la chronique économique de Michel Girard sur QUB radio:    

Apuiat et plusieurs autres

Mais Apuiat et ses 200 MWh ne sont que le début des emplettes d’Hydro-Québec. La société d’État va augmenter de plus de 25 % la capacité éolienne du Québec dans les prochaines années et veut, à terme, obtenir 3 TWh d’énergie. 

D’autres types de producteurs, comme le solaire, pourront tenter leur chance, mais HQ croit que c’est cette filière qui offre dorénavant les meilleurs prix.

Appels d’offres

« On va bientôt être en démarche pour de nouveaux approvisionnements. [...] On va relancer des appels d’offres », confirme Marc-Antoine Pouliot, chef des affaires publiques de la société d’État, en entrevue avec notre Bureau parlementaire.

La PDG d’Hydro-Québec Sophie Brochu avait éludé la question lors d’une tournée d’entrevues en début de semaine à la suite de la présentation du Plan pour une économie verte du gouvernement Legault. Au 98.5 FM, elle affirmait que le Québec n’était pas mûr pour la construction de centrales hydroélectriques.

À Radio-Canada, elle préférait parler d’efficacité énergétique et de partenariat avec le monopole gazier Énergir en évitant la question des nouveaux approvisionnements.

Mais elle mentionnait tout de même « l’incorporation de mesures complémentaires comme l’éolien et le solaire » dans la société d’État, et soulignait que les bas prix du secteur éolien étaient alléchants pour HQ.

Besoins en énergie

Les documents consultés par Le Journal ne trompent pas : dès 2027, Hydro-Québec prévoit que ses surplus auront disparu.

« De nouveaux approvisionnements de long terme seront requis pour répondre aux besoins en énergie et en puissance à compter de la fin de 2026 », peut-on lire dans un dossier remis à la Régie de l’énergie.

Et en 2029, la société d’État devra importer 5 TWh sur les marchés à court terme, et se procurer 3,3 TWh en approvisionnement à long terme, probablement éolien. Cette quantité d’énergie (8,3 TWh) est équivalente au complexe de la Romaine.

HQ explique que la donne a changé en raison du Plan pour une économie verte, qui prévoit une électrification des transports (auto, autobus, camions, tramway) et une électrification du chauffage des bâtiments. Le développement des marchés des serres agricoles et des centres de données se fera également sentir.

Principalement l’hiver

Les besoins lors des périodes de pointe, principalement l’hiver par temps froid, seront substantiels. 

Mais la société d’État estime qu’il est plus rentable d’importer de l’énergie pour quelques jours par année plutôt que de signer des contrats à long terme.

Reste que cela aura un prix pour le consommateur. On peut lire dans un document gouvernemental que le Plan pour une économie verte « prévoit la production de plus d’énergie pour répondre à la hausse de la demande » et que cette nouvelle production « engendrera des coûts supérieurs à ce qui prévaut actuellement ».   

Énergie additionnelle requise par Hydro-Québec en TWh  

Achat sur les marchés de court terme 

2021 : 0,2

2022 : 0,6

2023 : 0,9 

2024 : 1,3

2025 : 1,6

2026 : 1,7

2027 : 3,7

2028 : 4,9

2029 : 5,3

Approvisionnements à long terme

2027 : 0,4

2028 : 2,5

2029 : 3,3