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L’arrogance d’Air Canada

Air Canada
Photo Chantal Poirier Calin Rovinescu, PDG d’Air Canada.

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Le grand patron d’Air Canada, Calin Rovinescu, se dit prêt à rembourser les clients dont les vols ont été annulés à cause de la COVID-19 à la condition que le gouvernement Trudeau lui accorde l’aide financière requise.

  • Écoutez Michel Girard sur QUB radio:

Autrement dit, le PDG d’Air Canada dit «oui» au remboursement de ses clients si Ottawa en assume la facture. Voyons donc, le gouvernement fédéral, c’est-à-dire l’ensemble des contribuables canadiens, n’a pas à donner un tel cadeau à Air Canada.

On parle ici d’une astronomique somme de 2,3 milliards de dollars de billets payés d’avance qu’Air Canada refuse de remettre en argent sonnant à ses clients des vols annulés. Air Canada se contente plutôt de leur offrir des crédits pour voyages futurs, ce qui n’est guère intéressant pour une grande partie des clients, victimes de l’annulation forcée des vols.

Je comprends qu’Air Canada, à l’instar de tous les transporteurs aériens du monde, traverse une grave crise financière en cette période de pandémie de coronavirus. Mais ce n’est pas une raison pour nous faire assumer collectivement la facture des vols annulés.

Ottawa ne doit pas plier

J’espère que le ministre des Transports, Marc Garneau, ne va pas plier l’échine devant la déraisonnable demande d’Air Canada. 

Je lui rappelle sa récente déclaration : «Avant de dépenser un sou de l’argent des contribuables pour les compagnies aériennes, avait-il déclaré, nous veillerons à ce que les Canadiens obtiennent leur remboursement.»

C’est à cette condition que le ministre Garneau avait dit que : «Nous sommes prêts à établir un processus avec les principales compagnies aériennes concernant une aide financière qui pourrait inclure des prêts et éventuellement d’autres formes de soutien pour garantir des résultats importants aux Canadiens.»

Je ne vois pas en vertu de quels arguments financiers le gouvernement de Justin Trudeau accepterait maintenant de dédommager à ses frais (c’est-à-dire sur le dos de l’ensemble des contribuables, faut-il lui rappeler) les 2,3 milliards de dollars qu’Air Canada doit à ses clients des vols annulés.

Que le gouvernement fédéral avance une partie ou la totalité de ladite somme d’argent à Air Canada, sous forme de prêt, cela peut se défendre. Mais pas question de lui accorder une subvention à cette fin.

Comble d'arrogance

Le PDG d’Air Canada, Calin Rovinescu, voit par ailleurs d’un mauvais œil la possibilité que l’aide fédérale à sa compagnie puisse se faire sous forme de capital-actions et devienne actionnaire d’Air Canada.

Selon Rovinescu : «Les gouvernements qui possèdent des participations dans des compagnies aériennes, c’est une idée extrêmement mauvaise», prétextant que la plupart des transporteurs ayant des gouvernements parmi leurs actionnaires sont des échecs colossaux.

Lors de la grave crise financière de 2008-2009, les gouvernements américain et canadien avaient sauvé GM de la faillite grâce à l’injection de sommes colossales en capital.

GM a eu la vie sauve, et les gouvernements ont profité financièrement, eux aussi, du redressement de GM en Bourse.

Si c’était bon pour GM que le gouvernement fédéral injecte de l’argent sous forme de capital, je ne vois pas pourquoi il en serait autrement pour Air Canada.

N’en déplaise au grand patron d’Air Canada, que l’aide fédérale se fasse par injection de capital dans Air Canada.

Point à la ligne.