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Le témoignage d'une ado transgenre du Saguenay–Lac-Saint-Jean fait réfléchir

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«C'est vraiment comme si j'étais prise dans un corps et que je ne pouvais pas en sortir». Ce sont les mots livrés par une adolescente transgenre de 16 ans de Dolbeau-Mistassini, Amy Fournier, qui fait réfléchir dans le cadre de la Journée du souvenir trans soulignée vendredi midi lors d'une vigile à la place du Citoyen de l’arrondissement de Chicoutimi, à Saguenay.

Depuis son enfance, Amy Fournier s'est beaucoup questionnée. «Je ne me sentais pas bien. J'avais une peur par rapport à mon corps, par rapport à mes organes génitaux», a-t-elle dit.

Née dans le corps d'un garçon, c'est à la fin de 2019, à l’âge de 15 ans, qu'elle a réalisé qu'elle vivait la dysphorie de genre, une détresse entre son sexe masculin assigné à la naissance et son identité féminine. Le déclic s'est fait en consultant une intervenante.

«Je suis partie en larmes. C'était la catastrophe. J'ai réussi à sortir finalement les mots, je suis une fille. Je n'ai pas le bon corps. Ça m'a libérée. Ça m’a enlevé un gros poids sur les épaules. C'était merveilleux, mais en même temps, ça me faisait peur», a-t-elle poursuivi.

Aujourd'hui âgée de 16 ans, la jeune femme s'affirme et ne se laisse pas atteindre par le regard des autres. «Quand je fais la file et que je vois quelqu'un qui se tourne toujours la tête comme ça, je sais c'est pourquoi. On n'est pas des psychopathes. On est des personnes très normales. C'est juste qu'on est nées dans le mauvais corps.»

Elle a un copain depuis sept mois. Le jeune couple n’a jamais hésité à s’afficher publiquement.

«On s’accepte tous les deux et ça va très bien. C'est comme un couple normal. Ça ne change rien pour nous», a exprimé la Dolmissoise.

Amy veut entreprendre le processus pour se transformer physiquement. «C'est sûr que je vais faire la chirurgie pour être mieux dans ma peau. Je vais vraiment aller jusqu'au bout et je vais me battre», a-t-elle dit.

Chez Diversité 02, un organisme qui représente et défend la communauté LGBTQ+ du Saguenay–Lac-Saint-Jean, l’exemple d’Amy n’est pas banal.

«Ce qui est génial avec Amy, c’est qu’elle utilise les réseaux sociaux pour sensibiliser les jeunes aux réalités des personnes trans. C'est vraiment sa mission de vie», a indiqué le directeur général Daniel Gosselin, qui la connaît bien.

L’organisme évalue que la communauté LGBTQ+ rejoint environ 27 000 personnes dans la région. «On vise vraiment à faire du Saguenay–Lac-Saint-Jean un milieu inclusif à la différence. L'acceptation, c'est un travail qui est à faire, mais on sait que la transphobie revêt plusieurs formes, notamment dans le milieu de travail, dans le milieu scolaire et dans le milieu social. Ce n'est pas facile», a précisé M. Gosselin.

Amy a vécu la transphobie dans son milieu à Dolbeau-Mistassini. Elle vient de changer d'école. «Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, je dirais que ce n'est pas si simple parce qu'aussitôt que tu sors du moule de la société, des normes de la société, c'est là que tu commences à te faire rejeter, a témoigné la jeune femme. Je n'ai pas peur de ce que les gens pensent de moi. Ça, je m'en fous un peu.»

Elle veut faire tomber les barrières, comme celle de pouvoir fréquenter les vestiaires pour filles. «Je le fais pour moi et aussi pour les prochains qui vont avoir à passer par là.»

Et à ceux qui l’invitent à ne pas tout revendiquer, Amy a cette réponse. «Pour moi, les laisser faire, c'est comme si je les laissais gagner. Et ça, je ne veux pas que ça arrive», a-t-elle conclu.