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Projet Laurentia: un rapport «incomplet», regrette le Port

Projet Laurentia: un rapport «incomplet», regrette le Port
Photo courtoisie Hutchison Ports

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Le Port estime que le rapport de l’Agence d’évaluation d’impact sur le projet Laurentia est «incomplet provisoire et nettement perfectible» et a omis plusieurs faits importants.

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Les autorités de l’Administration portuaire de Québec (APQ) ont convoqué les journalistes, vendredi matin, pour répondre au rapport préliminaire de l’Agence, rendu lundi, qui concluait que le projet de terminal de conteneurs Laurentia du Port de Québec aura de multiples «effets environnementaux négatifs importants». 

«On ne peut pas comprendre et acquiescer aux conclusions du rapport», a exprimé le PDG du Port, Mario Girard.  

Selon lui, l’Agence a «omis plusieurs faits importants et avance des hypothèses qui ne sont pas soutenues par des faits établis». Il ne partage pas les conclusions du rapport, notamment sur les impacts sur le poisson, sur son habitat et sur la qualité de l’air. 

M. Girard martèle que, contrairement à ce qu’affirme l’Agence, «Laurentia ne présente pas un risque pour la santé humaine». Il a noté les réactions négatives dans la communauté, notamment de la part de deux conseillères d’Équipe Labeaume, Suzanne Verreault et Geneviève Hamelin, qui se sont officiellement et publiquement prononcées contre le projet. Sans commenter les réactions exprimées par ces deux élues dans les médias, M. Girard a indiqué: «on a été déçus de voir les sorties un peu rapides. On comprend que ces sorties rapides ont eu un impact sur les préoccupations de la population». Il invite d’ailleurs Mme Verreault à le rencontrer pour lui présenter en détail le projet. 

Il répète que le rapport est plus nuancé que les conclusions qui décrètent des effets négatifs importants. «Il faut lire le rapport.»   

Le PDG a réaffirmé que l’intention de l’APQ est de soumettre par écrit ses contre-arguments au rapport de l’Agence. «On pense que les gens vont comprendre que c’est un beau et un grand projet qui n’aura pas d’impact.» 

«Il faudrait faire attention de ne pas stigmatiser le milieu de Limoilou», a précisé M. Girard. Il a rappelé que la Santé publique avait décrété que la qualité de l’air dans le secteur était semblable à celle de tout autre milieu urbain et que le port a une «contribution négligeable» à l’émission de polluants. «Les activités du Port de Québec représentent moins de 3% de toutes les poussières présentes au sol dans la zone environnante à ses installations», a mentionné la direction.

Quant au transport, l’APQ a réitéré que les conteneurs seront transportés à 90% par train et que cela n’amènera que deux passages supplémentaires par jour. «C’est au cœur du modèle d’affaires de Laurentia», a soumis Hugues Paris, directeur principal du projet. Mis à part un autre projet de port au pays, aucune autre installation ne comportera une aussi grande proportion de transport par train, a-t-il précisé. 

La directrice de l'environnement à l'APQ, Marie-Ève Lemieux, a indiqué que l'Agence n'a pas tenu compte du fait que le bar rayé qui a été réintroduit dans le Saint-Laurent ne peut être considéré de la même espèce que celui qui est disparu auparavant. «Le développement de Laurentia ne devrait pas avoir d'effet environnemental important sur le bar rayé.»

Labeaume veut prendre son temps

Plus tôt vendredi matin, le maire Labeaume a répété qu’il n’a toujours pas lu le rapport de l’Agence d’impact, cinq jours après sa publication. «Il y a quelqu’un qui est en train de nous travailler un résumé (...) On va prendre notre temps. Je ne veux pas réagir bien rapidement à tout ça. On va prendre le temps d’analyser. Il n’y a pas de presse». 

Interrogé à savoir s’il hésite à réitérer son appui au projet Laurentia, le maire de Québec a assuré qu’il «n’est pas plus hésitant. Quand tu viens de vivre un rapport du BAPE [sur le tramway], comme on l’a vécu dernièrement, on n’est dans la bonne semaine pour sauter aux conclusions d’un autre rapport sur l’environnement. Ça appelle à une certaine prudence». 

M. Labeaume se dit donc toujours «d’accord avec ce projet-là parce qu'[il] pense qu’éventuellement, il faut cesser de transborder du vrac sur les quais». 

Les conservateurs fédéraux se sont eux aussi rangés du côté du Port. «Je suis d'accord avec l'analyse du Port», a exprimé le député Pierre Paul-Hus. Ayant d'abord eu des réticences quand il a pris connaissance des conclusions de l'Agence, il s'est dit rassuré par les réponses données vendredi par l'APQ. «Il n'y a pas d'éléments critiques au niveau environnemental qui peuvent empêcher ce projet-là.» Il reste un questionnement sur l'implication de la compagnie Hutchison dans le montage financier. «Si l'analyse détermine que Hutchison n'a aucun lien avec le Parti communiste chinois, pour nous, le projet peut aller de l'avant.» 

Geneviève Guilbault

De son côté, la vice-première ministre Geneviève Guilbault a réitéré son appui à Laurentia, tout en admettant qu'il faut tenir compte du rapport de l'Agence. «Oui, c’est un projet que l’on appuie et qui repose sur une logique économique qui va emmener des retombées importantes pour Québec et l’ensemble du Québec. Par contre, on a vu comme tout le monde ce rapport-là. On en tient compte et on en fait une analyse attentive. S’il faut apporter des améliorations, c’est bien sûr qu’on va le faire. C’est important de tenir compte des recommandations qui nous sont faites.»

Le député fédéral de Québec et président du Conseil du Trésor du Canada, Jean-Yves Duclos, a rappelé que l'aspect économique du projet doit être concilié avec l'aspect environnemental. «Pour que ça puisse se faire, il faut qu’on puisse recourir à des processus rigoureux, solide et politiquement indépendant. [...] Les citoyens, les entreprises et les corporations ont le devoir de faire entendre leur point de vue.»

La rectrice de l'Université Laval, Sophie d’Amours, n'a pas voulu se prononcer sur les conclusions du rapport. Elle a insisté sur le rôle d’accompagnant que peut jouer l’Université pour des modifications du projet.

«Depuis le début, on dit que le passage actuel de l’évaluation environnementale est requis. Une fois que les étapes seront franchies, l’Université Laval a l’expertise pour apporter des solutions qui pourraient mitiger des risques quantifiés et bien compris.»

– Avec la collaboration de Taïeb Moalla et de Pierre-Paul Biron