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La longue marche d’un survivant vers le rétablissement

La retraite de l’homme de 62 ans en a pris tout un coup avec toutes les conséquences qu’il doit endurer

François Quenot
Photo Erika Aubin Bras dans les airs, François Quenot était fou de joie de quitter l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, le 1er juin, après avoir passé un sale quart d’heure à cause du virus.

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Plongé plus d’un mois dans un coma à cause de la COVID-19, un nouveau retraité qui voulait découvrir le monde a plutôt frôlé la mort. 

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« Si mon état reste comme il est présentement, ma vie sera moins intéressante que ce que j’avais prévu pour ma retraite. Peut-être que ça va revenir... C’est encore l’inconnu », confie François Quenot. 

Même s’il a survécu à une longue période aux soins intensifs, l’homme de 62 ans est encore loin d’avoir retrouvé la vie qu’il menait avant la COVID-19. 

Celui qui avait l’habitude de longues marches vient à peine de se débarrasser de sa canne, quatre mois après être sorti d’un centre de réadaptation où il a passé environ six semaines pour réapprendre à marcher, notamment.

François Quenot marche enfin sans canne, mais doit toujours faire une croix sur les longues balades qu’il affectionnait tant avec sa femme.
Photo Ben Pelosse
François Quenot marche enfin sans canne, mais doit toujours faire une croix sur les longues balades qu’il affectionnait tant avec sa femme.

Mais après tout ce qu’il a vécu à cause de son infection, il s’estime simplement chanceux d’être en vie.

Le 25 mars, quelques jours après avoir contracté la COVID-19, le retraité a été transporté d’urgence à l’hôpital pour des difficultés respiratoires. Il croit avoir attrapé le virus dans l’avion, en revenant de France. 

« Plongé dans le coma, j’ai eu plusieurs problèmes : une pneumonie, une infection bactérienne, une trachéotomie », énumère-t-il en précisant qu’il n’en conserve aucun souvenir.

Paralysé au réveil

Il s’est réveillé doucement un bon mois plus tard, avec environ 90 % du corps paralysé. Il pouvait bouger un peu la tête et le bras droit.

Aux soins intensifs, certaines personnes intubées pour des difficultés respiratoires doivent être paralysées et mises dans un coma artificiel, explique François Marquis, chef du service des soins intensifs à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. 

« C’est nécessaire, sinon le corps se bat contre le respirateur. C’est là que commence le problème, car les médicaments utilisés entraînent une fonte musculaire très importante », précise le Dr Marquis. 

Un mois pour manger seul

À son réveil aux soins intensifs, M. Quenot, comme tous les patients qui restent aussi longtemps dans le coma, n’avait plus de musculature fonctionnelle. 

Il aura donc fallu environ un autre mois avant qu’il puisse simplement se redresser dans son lit d’hôpital et manger seul.

Et François Quenot fait partie des chanceux, selon son médecin, car les autres patients dans sa situation ont été emportés par la maladie.

« Sa trajectoire est atypique. Il a une histoire de champion. À au moins trois reprises, j’ai cru qu’il ne passerait pas à travers. Vu d’où il part, il a récupéré de façon exemplaire. Entre autres, parce qu’il a un moral d’enfer. Il ne s’est jamais laissé abattre », souligne le Dr Marquis. 

Le 1er juin, M. Quenot a quitté les soins intensifs sous une haie d’honneur faite par le personnel.

Deux semaines plus tard, le Gatinois a été transféré dans un centre de réadaptation pour réapprendre à marcher. 

« À ce moment, j’avais encore besoin d’un lève-personne pour me transférer dans mon fauteuil roulant. Dès la deuxième semaine au centre, j’ai réussi à me transférer moi-même », explique-t-il. 

Il a fait ses premiers pas « avec énormément d’aide et des barres parallèles » à la mi-juillet, soit près de quatre mois après avoir contracté la COVID-19.

Aujourd’hui, il se réjouit d’avoir retrouvé environ 75 % de sa capacité physique, malgré les séquelles qui persistent.

« J’ai encore un manque d’endurance et une faiblesse dans les jambes. Il y a des choses que je ne peux plus faire comme porter de simples charges, courir ou même prendre des longues marches », soutient-il avec une voix ténue. 

Une progression qui plafonne

Depuis quelques semaines, sa progression semble plus lente à ses yeux et il se demande s’il sera en mesure de retrouver la dernière partie manquante. 

« Je me force à aller marcher ou bouger parce que c’est bon pour moi, mais ce n’est pas quelque chose de facile. Il y a un côté épuisant. J’ai hâte de retrouver la même énergie », explique-t-il.

D’après le Dr Marquis, une partie de la masse musculaire « est perdue pour toujours. »  

Passion en péril

Retraité depuis plus d’un an, il espérait pouvoir profiter de son temps pour découvrir le monde. 

Il aime particulièrement voyager avec sa femme pour le plaisir de marcher dans les grandes villes. 

« Si je garde une faiblesse dans les jambes à tout jamais, ça ne sera plus possible. Et même quand la pandémie sera terminée, il y a le fait de devoir prendre l’avion. Je reste traumatisé par ma dernière expérience », admet-il.

La crainte d’être recontaminé lui trotte dans la tête, car huit mois après son infection, François Quenot se bat encore pour recouvrer la santé. 

François Quenot | 62 ans

  • 83 jours d’hospitalisation
  • 68 jours aux soins intensifs
  • Cinq semaines dans le coma
  • Six semaines en réadaptation  
  • Souffre de faiblesse et d’un manque d’endurance
  • Une partie de sa masse musculaire est perdue à jamais