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Mais que se passe-t-il avec Ulysse?

Pesé gala de Rimouski
Photo courtoisie, EOTTM Vincent Ethier Junior Ulysse n’avait pas l’air dans son assiette hier.

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RIMOUSKI | J’étais assis au bout de la table occupée par Jean Douville. Le doyen de la Régie des alcools, des courses et des jeux, celui qui, sans être obligé de le clamer sur les toits, dirige les opérations à Rimouski. Discret, silencieux. Masque et mains lavées. 

Douville est avenant avec les boxeurs. Il les accueille gentiment. Le gars s’assoit devant lui et l’ancien policier de 72 ans leur explique les détails de la soirée. Comme Yves Ulysse et Mathieu Germain s’affrontent pour un titre officiel, Douville leur rappelle qu’ils ne seront pas automatiquement déclarés knock-out en cas de trois chutes au plancher dans un même round. Tout est laissé à la discrétion de l’arbitre.

Puis, il leur fait lire les conditions incluses dans leur contrat. Incluant évidemment le montant de leur bourse. 

À cause de la pandémie, c’est très long. On ne peut peser plus d’un boxeur à la fois. Les coachs sont là, ils surveillent toutes les opérations avec les autres inspecteurs de la Régie.

Mathieu Germain est arrivé le premier. Souriant. Confiant. Douville lui a fait part des instructions, lui a fait signer un contrat et lui a souhaité bonne chance quand le boxeur est allé sur le pèse-personne.

Juste un air bête

Puis, Germain est revenu confirmer son poids, et il a salué et remercié le vétéran qui veille sur les boxeurs depuis 40 ans.

Même chose pour Steve Claggett. L’Albertain a salué en français Douville et a réussi à échanger quelques mots. Claggett est déjà venu deux ou trois fois au Québec. Comme tout bon joueur du Canadien, il a appris à saluer et à échanger quelques politesses en français avec ceux qui lui parlent. 

Ils sont venus huit en tout. Sept, malgré la tension et le stress, ont été gentils et agréables avec Douville, Jean Langevin, Denis Labrecque, Robert Chevrier, Sylvie Lessard et les autres officiers de la Régie.

Y en a un qui s’est assis devant Jean Douville en gardant sa casquette, col relevé et en babounant. Sans raison puisque Douville l’a accueilli avec bienveillance comme tous les autres. Il lui a expliqué l’importance du titre en jeu puisque le gagnant sera classé automatiquement dans le top 15 mondial. 

Et à la fin, Douville a retourné le contrat pour montrer le montant prévu qui sera versé au boxeur après le combat. Ulysse a marmonné quelque chose. Tellement que Douville lui a demandé : « T’es pas intéressé à savoir comment tu vas gagner ? »

Ulysse n’a pas répondu, puis s’est levé pour aller se peser. Sans dire un mot à Rénald Boisvert, le coach qui sera dans son coin.

En fait, si Ulysse voulait être désagréable, il a gagné son pari.

importants contrats

Camille Estephan a réussi à négocier de gros contrats pour Junior Ulysse de la télévision américaine. Six de ces combats ont été disputés devant HBO, ESPN ou DAZN. Tous lui ont rapporté au moins 75 000 $. Même quand il s’est battu contre Cletus Seldin le soir du combat David Lemieux contre Billy Joe Saunders à Place Bell. Et pourtant, Ulysse revenait d’une défaite contre Steve Claggett dans le combat précédent. Il avait offert une brillante performance.

La colère et la mauvaise humeur de Junior Ulysse peuvent s’expliquer par le montant de la bourse, nettement inférieure pour son combat de ce soir. Sauf qu’il n’y a pas un spectateur payant à l’Hôtel Rimouski et que Punching Grace n’est quand même pas ESPN ou DAZN. De plus, Ulysse reçoit un montant mensuel, pandémie ou pas, et ce montant l’aide grandement à vivre entre deux combats. 

Mais ce n’est pas l’argent qui peut expliquer ce qui se passe avec les entraîneurs de Junior. Mike Moffat ne lui adresse plus la parole après avoir essayé de travailler un mois avec lui, et Rénald Boisvert se fait discret.

En fait, Boisvert va être dans le coin de Junior ce soir, mais il sait bien que c’est pour la forme. Même si le vétéran entraîneur a littéralement tout enseigné des rudiments de la boxe à son jeune protégé. 

Énorme poids

Je ne veux surtout pas accabler Junior Ulysse, qui est un homme intelligent et très sensible. Mais il est difficile à suivre depuis un an déjà.

Ulysse s’est mis un poids énorme sur les épaules. En plus, Camille Estephan attend à lundi pour régler les conséquences de son absence lors de la conférence de presse de lundi dernier. Ces clauses de promotion sont très importantes dans les contrats des boxeurs. Et Estephan n’a pas l’intention de laisser passer ce pied de nez sans qu’il y ait des conséquences. 

Ça fait bien des briques à porter dans le ring. Mais c’est peut-être ça qu’Yves Ulysse veut. 

Se mettre tellement de pression qu’il ne pourra faire autrement que d’exploser contre Mathieu Germain.

Si c’est le cas, certaines entrevues de presse d’après-combat risquent d’être pénibles.  

Jukembayev : interdit en Pologne 

Batyr Jukembayev n’est pas le plus loyal des hommes. Parlez-en à Anna Reva, qui s’est investie corps et âme pour aider le jeune Kazakh à son arrivée au Québec.

Batyr vit au Kazakhstan depuis le début de la pandémie. Il a refusé quelques combats que lui avait dénichés Camille Estephan. C’est son frère qui tente de prendre le contrôle de sa carrière. Il avait réussi à placer Batyr sur la carte de Francis Warren, de Queensberry Poland, pour une soirée de boxe au nord de Varsovie, la capitale de la Pologne. En violation du contrat le liant à Eye of the Tiger Management.

Anthony Rudman, l’avocat qui règle les affaires légales d’Estephan, est associé chez Dentons, une énorme firme d’avocats de Montréal qui a des bureaux... même en Pologne. 

De plus, Francis Warren est le fils du promoteur anglais Frank Warren, qui a brassé des affaires avec Estephan pour le combat entre Billy Joe Saunders et David Lemieux. 

Les menaces de poursuites sont tombées à Varsovie et hier soir, le nom de Batyr Jukembayev n’était pas sur la liste des combats. Le message est clair, EOTTM entend faire respecter ses droits partout sur la planète.

Une autre histoire à régler avec le vaccin qui s’en vient.