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Une maladie encore mystérieuse

Intubated woman with ventilator assisted breathing due to flu or coronavirus pneumonia
Photo Adobe Stock

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Même s’il nous est devenu familier à force d’entendre parler sans arrêt « du virus », on oublie trop souvent qu’on en sait encore très peu sur ce petit malin de SARS-CoV-2.

Au début, on nous l’a présenté comme un virus respiratoire, essentiellement. « Pas pire qu’une grosse grippe », disait-on ! Toutefois, on devrait plutôt dire que la COVID-19 s’apparente à un méchant gros rhume, les coronavirus déjà connus étant responsables de 15 à 30 % de ceux-ci. 

On savait déjà que la maladie s’en prenait à notre système respiratoire, donc, mais on comprend encore très mal comment elle peut agir sur nos systèmes nerveux, le cerveau au premier chef, et cardiovasculaire. On comprend que si on perd le goût et l’odorat avec la COVID, ce n’est pas parce qu’on a le nez bouché, mais parce que nos nerfs sont attaqués. On sait également que ça contribue à la formation de caillots sanguins. 

Et dans cinq, dix ou vingt ans, on publiera des papiers pour dire à quel point on n’avait rien compris de la maladie en 2020 et qu’on ne connaissait rien de ses séquelles à long terme, tout simplement parce qu’elles commencent à peine à se révéler.

Il faut le montrer

Le Journal publie aujourd’hui le témoignage de treize Québécois qui, parmi d’autres, subissent encore les effets de la COVID-19 ou des traitements dont ils ont eu besoin pour y survivre, et ce, plusieurs mois après l’avoir contractée.

On est loin de la petite grippe ou du méchant gros rhume : une personne de 23 ans n’a pas de problèmes de concentration plusieurs mois après avoir eu la grippe. On n’intube jamais des gens dans la quarantaine à cause d’un rhume. On parle d’autre chose ici.

Par ailleurs, vous me direz à quand remonte la dernière fois que le chef du gouvernement britannique et le chef de l’État américain ont été hospitalisés pour la même maladie dans la même année. On est devant quelque chose de plus grave que ce qu’on a l’habitude de voir, il faut vraiment faire preuve d’un aveuglement volontaire particulier pour le nier.

Reste que, parfois, il faut le montrer. Des femmes et des hommes en chair et en os, des gens qui menaient une vie active et épanouie ont dû quitter leur travail et n’ont pas pu prendre soin de leurs enfants pendant des semaines parce qu’ils ont attrapé une maladie encore mystérieuse. 

Non, ça n’arrivera pas à tout le monde qui aura la COVID, mais ça arrive à beaucoup plus de gens que ce que notre système de santé peut absorber à court terme et que notre société peut se permettre à long terme. Dans certains cas, les invali-dités seront permanentes.

Vie active et productive

Par ailleurs, on a souvent entendu dire depuis le début de la crise que la collectivité ne pouvait pas s’arrêter de vivre à cause des « vulnérables ». À entendre certains, il aurait suffi d’encabaner nos vieux et de jeter la clé pour pouvoir continuer à vivre normalement en attendant que ça passe.

C’est oublier que plus de la moitié des Québécois de plus de 18 ans sont en surpoids et qu’environ 1 sur 5 est obèse. Que la même proportion de Québécois de plus de 12 ans souffre d’hypertension et que près de 10 % d’entre eux souffrent de diabète. Des « vulnérables », il y en a à la pelletée au Québec, des conditions génétiques expliquent leur situation dans bien des cas et ils mènent une vie active et productive. On peut douter que les enfants, les conjoints et les parents de ces personnes soient prêts à les laisser tomber pour satisfaire le droit à l’épicerie sans masque réclamé par certaines personnes.

À la fin, nul ne peut prétendre être à l’abri. Sont-ce les antécédents médicaux, les prédispositions génétiques ou même le groupe sanguin qui feront en sorte qu’une personne sera plus ou moins affectée par la COVID-19 ? On n’en sait encore rien, mais un jour, la science nous le dira. Vous pouvez par contre être certains de deux choses : non, on ne découvrira pas que la consommation de smoothies au kale est une manière miracle de renforcer son système immunitaire et quiconque prétend présentement avoir tout compris de la maladie est un charlatan. 

La vérité, c’est qu’on ne le sait pas, et que la capacité d’adapter son comportement devant l’incertitude est un signe d’intelligence.

Adaptons nos règles pour les rendre plus supportables, donc. Resserrons-les là où l’on constate des manques, d’accord. Faisons la balance des inconvénients entre la transmission qu’on peut et qu’on doit tolérer, toujours. Soyons conscients que garder toute la population en confinement social jusqu’au printemps n’est probablement pas soutenable et qu’il faudra des solutions, certainement.

Reste que si on faisait tous attention en respectant les deux mètres, en portant un masque et en ventilant les pièces fermées, on n’aurait pas besoin de craindre qu’un de nos proches ait éventuellement besoin de réapprendre à marcher.