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D’humeur vagabonde

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Voici un roman tout léger, qui papillonne entre Montréal et Fredericton. Mais qu’y a-t-il sous l’humeur badine de son héroïne ?

Il y a un décalage entre ce qui attire dans le roman Mario-Lemieux, bonjour de Michèle Nicole Provencher et ce que l’on y trouve.

Alexandra, dite Alex, Montréalaise d’adoption et musicienne qui a laissé tomber ses études en hautbois pour le marketing, a besoin de changer d’air.

Elle est engagée au Nouveau-Brunswick, à Fredericton, comme chargée de programme au Centre d’arts Mario-Lemieux. Non, pas le joueur de hockey ! Plutôt un sculpteur végétal acadien (inventé par l’auteure !), célébrité qui méritait un tel hommage. 

On croit donc le cadre tracé : le récit jouera sur les codes et l’exotisme sera au rendez-vous.

Or ce n’est pas là le propos ! On suivra plutôt les tâtonnements d’une trentenaire dans ses relations personnelles et professionnelles. Rien de tourmenté, le roman reste, à l’image d’Alex, à la surface de l’engagement.

Ce qui ressort, c’est son observation des autres. En soi, Fredericton n’a donc aucune importance. L’auteure en parle peu, si ce n’est pour évoquer qu’il n’y a pas grand-chose à y faire, et elle n’est pas plus explicite quand son Alex en sort pour explorer sa nouvelle province de résidence.

Par contre, ce qui se passe – ou ne se passe pas ! – dans un centre d’arts a de quoi amuser. Alex y perdra bien des illusions. Elle doit s’occuper des artistes qui y viennent en résidence et du mentor avec qui ils sont jumelés. Une G.O. artistique, comme elle dit !

Mais elle qui s’imaginait côtoyer des créateurs brillants et prêts à collaborer se retrouve à gérer des egos. Le mentor indifférent, le compositeur qui doute, le prétentieux, le tombeur de ces dames, l’éternel absent...

S’ajoutent les jalousies entre collègues et la directrice qui protège même le plus négligent de ses mentors. De quoi s’interroger sur la pertinence même du centre.

Sans être une charge, le fabuleux milieu des arts n’en sort pas grandi. C’est un très bon filon qui aurait même pu être poussé plus loin.

L’auteure a plutôt choisi de s’intéresser à une autre forme de poudre aux yeux.

Origine du changement

Pour comprendre pourquoi Alex a quitté Montréal, on revient constamment quelques mois plus tôt, alors que celle-ci côtoie l’ascension de son meilleur ami, Vincent.

Le jeune homme, charmeur et dynamique, s’est mis à brasser sa propre bière. Bouche-à-oreille aidant, l’affaire prend de l’expansion et Alex est appelée à la rescousse pour l’aider à commercialiser son produit.

Mais quand des investisseurs embarquent dans l’affaire, la dynamique du duo change. La célébrité est enivrante et attire de nouveaux joueurs ; peu à peu, la vieille copine est de trop. 

Cette amitié qui s’éteint est racontée avec la légèreté de ton qui caractérise le récit, mais la blessure est nette.

Et l’on se dit que ce roman colle bien à l’air du temps : de l’humour pour faire passer l’esbroufe, la peine et le retour sur terre.