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Sean Kelly: «Veux-tu être le troisième gardien du Canadien?»

Sean Kelly: «Veux-tu être le troisième gardien du Canadien?»
Marie-Lou Cabana

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Transportons-nous dans le futur. Vous assistez à un match du Canadien contre les Maple Leafs. Soudain, Carey Price se blesse et doit quitter le match. Jake Allen prend donc la relève. Le cas échéant, qui devient le gardien substitut?

Il y a, dans la Ligue nationale de hockey (LNH), une façon de procéder assez simple lors de pareilles situations.

Chaque saison, toutes les équipes doivent soumettre à la ligue une liste de gardiens d'urgence admissibles à jouer. On parle généralement d'anciens joueurs des rangs universitaires ou collégiaux. Advenant une quelconque blessure à un cerbère lors d’une partie, les gardiens de secours peuvent dépanner l’équipe locale, mais également la formation visiteuse.

Il faut savoir que les statistiques démontrent assez clairement la faible probabilité que ce type d'hommes masqués soit utilisé au cours d’un match de la LNH. En fait, c’est arrivé seulement deux fois en plus de 6300 matchs joués avec l'actuelle procédure. Le plus récent épisode du genre (et le plus légendaire!) est survenu aussi récemment qu'en février dernier. David Ayres, le chauffeur de surfaceuse des Marlies de Toronto, était venu en relève à James Reimer et Petr Mrazek devant la cage des Hurricanes de la Caroline. Et il avait gagné.

Malgré le fait que les chances de sauter sur la glace soient infiniment petites dans un rôle comme celui-là, il n’en demeure pas moins qu’occuper la chaise de «bouée de sauvetage» lors d’un match de hockey professionnel peut amener sot lot d’émotions fortes et de souvenirs inoubliables.

Dans le cadre d’un généreux entretien avec le site TVASports.ca, Sean Kelly, qui a agi à trois reprises en tant que gardien d’urgence pour le Canadien, a accepté de raconter son histoire. Une belle façon de constater qu’il n’existe pas qu’une seule manière de goûter au monde du hockey professionnel.

Quand le hasard se met de la partie

Kelly est un ingénieur de formation de 28 ans. Natif de la Mauricie, c’est à l’âge de 12 ans qu’il développe une passion pour la position de gardien de but. Après une première année dans le simple lettre au niveau pee-wee, il poursuit son cheminement dans le AA jusqu’aux rangs midget.

À 15 ans, il dispute une saison dans le midget AA, puis choisit de tenter sa chance dans un «Prep School» américain, mais l’expérience ne l’enchante pas.

«Je n’étais peut-être pas prêt à quitter le nid familial», concède-t-il.

Il revient au Québec et se joint aux Lions du cégep Champlain-St. Lawrence.

«J’y ai joué au niveau collégial AAA pendant deux ans, tout en évoluant également dans le junior AA. Je m’étais blessé régulièrement au début de mon stage collégial et le junior AA me permettait de retrouver ma forme.»

Le cégep terminé, Kelly intègre l’Université McGill et tente sa chance avec l’équipe de l’endroit.

«J’ai eu un bon camp, mais l’entraîneur m’a conseillé de regarder vers le junior AAA, car il y avait congestion chez les gardiens de but à McGill. La saison était déjà bien entamée, donc je n’ai pu me trouver une place que dans le junior AA.

«En milieu de saison, les Rangers de Montréal-Est ont eu besoin de moi. Je suis allé les dépanner, mais je me suis blessé, encore une fois.»

Les deux saisons suivantes, Kelly tente à nouveau sa chance avec McGill, mais sans succès. Il roule sa bosse dans le senior AAA et dans la Ligue régionale de hockey de la Mauricie, deux circuits au calibre de jeu assez relevé.

Puis, le mois d’août se repointe le bout du nez. La quatrième tentative de Kelly à McGill est finalement plus concluante que les trois précédentes.

«Je suis parvenu à m’y tailler un poste en tant que troisième gardien. J’ai alors rencontré Patrick Delisle-Houde, un coéquipier qui a finalement joué un grand rôle dans la suite de mon histoire.»

Kelly est en uniforme pour cinq matchs avec McGill lors de la saison 2015-2016. Puis, les mois passent et son stage universitaire prend fin. Il entame sa carrière professionnelle en tant qu’ingénieur et poursuit en parallèle son cheminement d’hockeyeur, dans les rangs seniors mauriciens.

Les années passent et arrive novembre 2017. Delisle-Houde, l’ancien coéquipier de Kelly à McGill, est entre-temps devenu préparateur physique chez le Canadien.

Un soir, il envoie un courriel à Sean Kelly. «Ça disait : “veux-tu être le troisième gardien du Canadien de Montréal?”»

Surpris, Kelly se renseigne sur la véritable teneur de l’offre et accepte finalement sans hésiter.

La journée d’un gardien d’urgence

À ce jour, Kelly a finalement agi comme gardien d’urgence pour le Canadien à trois reprises: ce fameux soir de novembre 2017, le 26 février 2018, lorsque le CH affrontait les Flyers de Philadelphie, puis le 6 avril 2019, soir du fameux triplé de Ryan Poehling à son baptême de feu dans la LNH.

Lorsqu’on lui demande à quoi ressemble la routine d’un portier de secours une fois au Centre Bell, le sympathique athlète y va de cette réponse:

«Tu entres au même endroit que les joueurs! Je me rappelle qu’à mon premier match, je me suis stationné à l’endroit indiqué et je suis entré au Centre Bell en compagnie d’Alex Galchenyuk. C’était assez irréel. Tu entres ensuite dans la section des vestiaires au Centre Bell, puis en tant que gardien d’urgence, tu dois aller déposer ton sac d’équipement dans un vestiaire neutre, situé entre les vestiaires des deux équipes qui s’affrontent.»

«Tu montes ensuite sur la galerie de presse et c’est très impressionnant pour quelqu’un qui n’a jamais vu ça. Tu vois les journalistes, les descripteurs... c’est gros. Autre point intéressant: la nourriture est fournie. Tu es très bien accueilli et le Canadien te traite très bien.»

Un match plus marquant

Questionné à savoir s’il y a un match (parmi ses trois en tant que gardien d’urgence) qui a davantage marqué son esprit, Kelly mentionne celui entre le CH et les Maple Leafs. Et pour cause!

«C’était un match très enlevant. Je me rappelle que le Centre Bell était bouillant. Même de la galerie de presse, on pouvait ressentir l’énergie dans l’aréna. Le match a été très ouvert et bien sûr, la performance de Poehling a créé une ambiance complètement folle.»

Mais c’est une autre séquence qui l’a le plus marqué...

«À un certain moment, Frederik Andersen est resté étendu plusieurs minutes sur la patinoire. Je dois te confier que le cœur a commencé à battre pas mal vite! Pendant cette partie, j’étais assis à côté de Cayden Primeau sur la passerelle. Il était super sympathique. Quand Andersen est resté sur la glace, il m’a regardé avec un gros sourire. Finalement, Frederik a été en mesure de reprendre l’action...

«Si Andersen s’était blessé, j’aurais signé un contrat d’une journée avec les Maple Leafs, je me serais habillé et j’aurais rejoint le banc de l’équipe. Et si le deuxième gardien de Toronto s’était lui aussi blessé, j'aurais été envoyé dans la mêlée!»

Rencontres inoubliables

Une scène survenue avant cette fameuse partie contre Toronto a également une place de choix dans la mémoire de Kelly.

«En allant déposer mon sac d’équipement dans un vestiaire, avant le match, je suis tombé sur le DG des Maple Leafs, Kyle Dubas, et Patrick Marleau, en pleine discussion. Marleau avait déjà enfilé la moitié de son équipement. Les deux hommes m’ont salué chaleureusement.

«Honnêtement, pour quelqu’un comme vous et moi, c’est une scène qui te marque pour la vie. Je me rappelle aussi avoir croisé Tie Domi dans le corridor adjacent aux vestiaires. Il m’a aussi salué, tout comme Jeff Petry et Jordie Benn l’ont fait.»

«C’est plaisant, parce qu’être gardien d’urgence, ça te permet de te rapprocher des équipes de la LNH et de vivre un peu l’ambiance d’avant-match d’une autre façon, mais beaucoup plus impressionnante.»

Un scénario... difficile à cerner

Impossible de laisser partir Kelly sans lui demander quelle serait sa réaction s’il devait un jour être envoyé sur une patinoire de la LNH en plein match.

«Je crois que je serais très nerveux au début, mais que je me rappellerais l’importance d’avoir du plaisir. Après tout, ça n’arrive que très rarement, voire jamais au cours d’une vie! Serais-je capable de mettre cette façon de voir les choses en pratique si ça arrivait vraiment? Je ne le sais pas, honnêtement. Mais j’aimerais vraiment y parvenir! [rires].»