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Il faut baisser la valeur du premier bulletin

Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge
Photo d'archives Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge

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Cette année, deux bulletins seront produits pour les élèves du primaire et du secondaire. Ainsi, le premier bulletin sera remis au plus tard le 22 janvier et le second le sera à la fin de l’année scolaire.

L’objectif de cette décision, prise au début du mois d’octobre par le ministère de l’Éducation, était de laisser plus de temps aux jeunes pour faire leurs apprentissages afin de favoriser leur réussite.

Comme parents, nous avons donc reçu une première communication en novembre afin de nous informer de la progression de notre enfant depuis la rentrée. 

À titre d’enseignant, je constate que le message transmis s’avère inquiétant dans plusieurs cas. Et ce message augmentera significativement le stress – pour le jeune et ses parents – compte tenu de la valeur fixée à 50% pour la première étape.

Un non-sens dans les circonstances.

Fonctions de l’évaluation

Dans la foulée de l’importante Réforme de l’éducation, le gouvernement du Québec présentait sa Politique d’évaluation des apprentissages (PEA) en 2003. Cette politique avait l’ambition de mieux exploiter l’évaluation pour la mettre au service des élèves. 

La PEA souligne les deux principales fonctions de l’évaluation, soit l’aide à l’apprentissage et la reconnaissance des compétences: «La première, en grande partie à cause de son potentiel de régulation et parce qu’elle permet une rétroaction continue, s’apparente à l’évaluation formative». Quant à la fonction de reconnaissance des compétences, l’évaluation vise alors à «vérifier si le niveau attendu de développement des compétences est atteint».

Ces deux différentes fonctions «doivent être perçues comme complémentaires». Néanmoins, la vision ministérielle est claire: «On doit se concentrer sur l’évaluation en vue de favoriser l’apprentissage.» La PEA insiste sur le fait que l’évaluation vise essentiellement à soutenir la progression de l’élève. 

Ainsi, selon la PEA, l’élève n’apprend pas pour être évalué: il est évalué pour mieux apprendre.

Constats

Après trois mois d’école, certains éléments ressortent:  

  • Les élèves nous arrivent d’une absence prolongée, sans avoir vu la totalité des programmes en 2019-2020; 
  • L’évaluation s’est notamment faite sur la base de la 2e étape de 2019-2020 et sur le jugement de l’enseignant;  
  • Il existe un écart important entre les élèves; 
  • L’année scolaire actuelle ne comportera pas 180 jours de classe à l’école. Il sera très difficile pour de nombreux élèves de récupérer leur retard.  
  • L’école à distance, pour des élèves ou des groupes en confinement, et le modèle hybride, pour les élèves de 3e, 4e et 5e secondaire, engendrent de grands défis organisationnels; 
  • Les élèves ont besoin d’être motivés davantage. Ils ont plus de difficulté à s’organiser et à se concentrer lorsqu’ils sont à la tâche. En somme, ils sont plus fragiles.   

Pour la réussite

Après avoir dressé le bilan de nos élèves lors de la première communication, il faudra être capable de trouver des solutions favorisant l’engagement de certains jeunes pour leur réussite. 

Les individus qui croient qu’il est possible de s’améliorer ont tendance à être plus motivés et persévérants. Pour qu'un élève puisse (re)trouver espoir en ses possibilités, il faut l'aider à bâtir sa confiance. S’il pense qu’il peut réussir, il fera les efforts lui permettant de progresser.  

Et c’est ici que la séparation de l’année scolaire en deux étapes de 50% fait mal.

En janvier, lors de la production du premier bulletin, un élève en difficulté aura une pente abrupte – voire impossible – à remonter lors des cinq derniers mois du calendrier scolaire. 

Comment motiver un enfant dont la note sera de 45% ou 50% à la première étape? Comment le convaincre qu’il sera en mesure de s’améliorer au point d’augmenter ses résultats de 20 ou 30 points de pourcentage en moyenne?

C’est beau de «croire» que l’on peut s’améliorer, mais les jeunes ne sont pas dupes. Devant l’effort incommensurable à fournir, la persévérance et la motivation risquent de fondre comme neige au soleil. Il y a fort à parier que plusieurs décrocheront... de corps ou d’esprit. 

Bref, une traversée du désert attend un grand nombre d’individus. Dans les circonstances, il nous faut une oasis de fraîcheur pour nos élèves vulnérables.

Tout ça nous ramène donc aux fonctions de l’évaluation. 

Pour le bien de nos élèves, il faut revoir à la baisse la pondération de la première étape. 


Pour soutenir la réflexion à propos de l’évaluation des apprentissages, je vous invite à suivre ce lien vers le Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ)