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Favoritisme systémique

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Immobilisé dans un stationnement à l’arrière du Planet X, l’autobus est vide comme d’habitude, hormis le chauffeur qui attend on ne sait quoi avant de partir sans passager dans les recoins de la banlieue.

Cette scène absurde contraste avec le triste sort de ce restaurateur déprimé qui, abandonné à lui-même, raconte à la télé l’anéantissement de ses revenus, son avenir incertain et la détresse de sa famille... 

Quelle tristesse dans le regard de ces petits commerçants qui n’ont que leurs petites affaires pour vivre !

Chaque fois que je vois l’autobus, vide et ridicule derrière une boutique érotique, je pense au favoritisme systémique naturellement esquivé par les contrôleurs de l’opinion publique.

Loufoque

Hydro-Québec qui verse de loufoques primes de « rendement » sans coup férir. Des cols bleus qui préparent la grève de l’hiver prochain. Des fonctionnaires qui manifestent comme on joue à la marelle... 

Sans parler des villes où les salaires sont aussi bouffis que ceux qui les empochent.

Ah ! ils sont vite tombés du ciel, les millions, quand les maires et leurs courtisans des sociétés de transport ont couiné : « Les autobus sont vides, ça prend des budgets ! »

De son nuage, le gouvernement Legault a vite répondu à l’appel des chérubins des cités et villes : « Québec met une enveloppe de 2,3 milliards $ à la disposition des municipalités et des organismes de transport collectif pour pallier les pertes de revenus et les dépenses occasionnées par la COVID-19 »...

Le pactole était gratiné de « 300 millions pour répondre à d’éventuels besoins qui pourraient notamment découler de la deuxième vague de la COVID-19 ». 

Pas besoin de « contrat moral » ici. La dépense publique fait loi, peu importe que le virus ait vidé les bus !

Certains avaient oublié qu’un an plus tôt, saint François Legault avait conclu avec l’aristocratie municipale un nouveau pacte fiscal de 7,3 milliards... 

« Attention aux p’tits amis », avait-il lancé, tout sourire, en faisant allusion aux coutumes nauséabondes du pays des extras. 

Pas consensuel

Les choses sont autrement plus difficiles pour ceux qui ne travaillent pas dans une quelconque organisation publique. 

Mais on ne parle pas de ça. Ce n’est pas consensuel. Ce n’est pas bien, c’est clivant. Blâmer Walmart, ça, c’est mieux... 

À la télé, les délégués syndicaux roucoulent à leur aise et donnent des réponses insignifiantes à des questions qui ne méritent pas autre chose.

La réalité, mensongère, mais obligée par la convention sociopolitique locale, c’est qu’un restaurant vide ne saurait être comparé à un autobus vide. 

Un restaurateur ou un aubergiste ne sera jamais traité comme celui qui tue le temps, le nez sur son téléphone, bien assis chez lui ou dans un autobus vide...

Voilà pourquoi l’État québécois, si vorace et si habile à collecter le dernier petit dollar gagné, est incapable d’improviser une aide d’urgence à ceux qui ne sont pas de son périmètre comptable.

Qu’ils soient victimes d’une inondation ou d’une pandémie, le traitement est similaire : c’est compliqué et ça prend du temps...

Ottawa a été plus vif : une volonté politique, un numéro d’assurance sociale, un chèque ! 

À Québec, euh, non... C’est l’embrouillamini qui est de mise et la « machine » doit justifier son existence. 

Pour avoir du fric, il faut quasiment chanter Gens du pays, supplier le conseil de ville, courtiser la greffière et convaincre le préfet au bout du rang. La Belle Province est un territoire cédé à la bureaucratie.

On gaspille sans sourciller 250 millions dans un cirque en faillite, mais on laisse dépérir les bistros de Limoilou... 

Faux réformateurs

Des milliers ne s’en sortiront pas. On le devine, même si les bulletins de nouvelles diffusent surtout les manifs et le quotidien de « héros » en pleine négo. 

Dans la langue des biscuits chinois, le cardinal Fitzgibbon a déjà donné l’extrême-onction aux mourants : « Nous voulons donner le support aux frais fixes » !

En d’autres mots, le commerçant à l’agonie ne crèvera pas avant d’avoir payé ses taxes municipales, ses taxes scolaires et sa facture d’électricité.

Avant la banqueroute, il devra acquitter son dû à la noblesse du modèle québécois. Une injustice crasse, évidemment.

Les caquistes savent tout ça. On les a malheureusement crus différents des autres. Ils vendaient du changement, mais c’étaient de faux réformateurs. Avant la pandémie, ils étaient déjà des adorateurs du statu quo.