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La COVID-19 emporte un pilier de la politique québécoise

Tous ont salué les qualités humaines de l’ex-ministre péquiste Marc-André Bédard

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Photo d'archives Le 6 juin 2013, Marc-André Bédard reçoit le grade d’officier des mains de Pauline Marois, alors première ministre du Québec, lors de la cérémonie de remise des insignes de l’Ordre national du Québec, au Parlement. Mme Marois rend alors un vibrant hommage à M. Bédard pour sa contribution à l’égard des droits de la personne durant sa carrière politique.

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Le décès de l’ancien ministre péquiste Marc-André Bédard, à la suite de complications liées à la COVID-19, a entraîné une série de touchants témoignages. Ardent indépendantiste, confident de René Lévesque et réformateur du système de justice, tous ont salué ses qualités humaines et d’homme politique.

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M. Bédard, âgé de 85 ans, a été victime d’une importante éclosion du coronavirus au Manoir Champlain, une résidence pour aînés où il habitait, au moment où le Saguenay–Lac-Saint-Jean est durement frappé par la pandémie.

Membre fondateur du Parti québécois, il est élu député de Chicoutimi dès 1973. Lors de la formation du premier gouvernement Lévesque en 1976, il est nommé ministre de la Justice. Il occupera ce poste jusqu’en 1984. 

  • Écoutez Sylvain Gaudreault, le député de Jonquière, sur QUB radio:   

L’avocat de la défense devient réformateur : il crée le Conseil de la magistrature, dépoussière le mode de nomination des juges, ajoute à la Charte des droits et libertés l’interdiction de discriminer en fonction de l’orientation sexuelle et modernise le droit de la famille.

Un homme qui aimait le Québec

« Je porte mon nom de famille grâce à ses réformes. Il a réglé la question des enfants illégitimes, nés en dehors du mariage : tous les enfants ont maintenant le même statut. Et il a été reconnu par les groupes des droits des personnes gaies pour l’énorme travail qu’il a fait, lui qui était considéré comme un traditionaliste », souligne l’ex-première ministre Pauline Marois en entrevue avec Le Journal

Le 3 juin 1999, le premier ministre du Québec de l’époque, Lucien Bouchard, et Marc-André Bédard dévoilent la statue de René Lévesque au Parlement.
Photo d'archives
Le 3 juin 1999, le premier ministre du Québec de l’époque, Lucien Bouchard, et Marc-André Bédard dévoilent la statue de René Lévesque au Parlement.

À l’annonce de son décès, les hommages ont plu. « C’était un honnête homme qui aimait le Québec, qui aimait son peuple », a expliqué un autre ex-premier ministre, Lucien Bouchard, lors d’un émouvant témoignage sur les ondes de LCN.

Les deux hommes se sont connus alors qu’ils pratiquaient le droit à Chicoutimi, avant de faire de la politique.

M. Bouchard a rappelé que l’homme a continué son combat politique jusqu’à la fin : « Sa dernière pensée a été pour ses enfants et pour le Québec, je suis convaincu de ça ».

Écoutez Mario Dumont parler de Marc-André Bédard sur QUB radio: 

Un troisième premier ministre s’est joint aux hommages : «On perd un grand homme [...] un grand amoureux du Québec», a affirmé François Legault.

Marc-André Bédard, alors député du Parti québécois dans la circonscription de Chicoutimi en 1973, est en compagnie de René Lévesque, chef du Parti québécois.
Photo d'archives
Marc-André Bédard, alors député du Parti québécois dans la circonscription de Chicoutimi en 1973, est en compagnie de René Lévesque, chef du Parti québécois.

Un géant

Tous ceux qui ont côtoyé M. Bédard ont salué un grand diplomate, un gentleman qui avait des amitiés dans tous les partis.

Il « souhaitait convaincre sans confrontation », résume l’ancienne ministre Louise Harel.

« Il n’a pas fait de la politique pour gagner sa vie, il a fait de la politique pour faire un pays. Il a plus que mon estime, il a mon admiration », a lancé l’ancien chef du PQ et PDG de Québecor, Pierre Karl Péladeau, qui connaît bien deux de ses fils, Éric et Stéphane Bédard.

Contacté par Le Journal, le député de Jonquière Sylvain Gaudreault était sous le choc. « Je lui ai parlé après ma défaite à la course à la chefferie du PQ. Il m’a dit de ne pas lâcher parce que c’est la cause de l’indépendance et de la liberté qui était la plus importante », a-t-il dit.

Des réactions  

« Il avait une loyauté sans faille à l’égard de ses convictions, de sa région et de René Lévesque. C’était un roc. »

— Pauline Marois, ex-première ministre

« C’est un personnage politique très important, au cœur des grands débats politiques de l’époque. Mais pour moi, c’est d’abord un ami très proche, et c’est une partie de ma jeunesse qui s’en va. »

— Lucien Bouchard, ex-premier ministre

« Il était un homme d’une droiture exemplaire, qui allait chercher le mieux dans chaque individu. Il a toujours été une source d’inspiration et a surtout incarné pour moi ce qu’il y a de mieux d’un homme politique. »

— Alexandre Cloutier, ex-député de Saguenay–Lac-Saint-Jean

« Il était encore très impliqué dans notre région. Il venait me voir pour son combat actuel : la rénovation de la cathédrale de Chicoutimi. J’ai parlé à Nathalie Roy aujourd’hui, et je lui ai dit : son œuvre, on va la continuer. »

— Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et députée de Chicoutimi 

Autres réactions

Yves-François Blanchet

«C’est fascinant de voir les gens de l’époque de René Lévesque qui restent proches et qui sans arrogance, par pure générosité, se rendent disponible pour des conseils ou pour aider. Il y a une richesse dans ce que les Marc-André Bédard pouvaient nous offrir et qu’on est en train d’échapper tranquillement parce qu’ils s’en vont.»

«Ce sont des souliers trop grands pour croire qu’on pourrait les remplir. [...] Ces gens qui ont siégé sous René Lévesque, on ne peut pas remplir leurs souliers, on doit respecter le parcours extraordinaire qu’ils ont franchi.»

Richard Martel

«Quand un gros noms comme ça décède, on reste toujours sous le choc. M. Bédard, au Saguenay, c’était un géant. Il n’y a pas un autre parti qui pouvait rentrer quand il était là, c’était terrible. C’était Bédard sur toutes les lèvres. Ça en dit beaucoup»

«Sa proximité, sa connexion avec le monde était quelque chose. Quand il sortait de la maison, il savait qu’il fallait qu’il soit disponible pour ses citoyens, ça se sentait. Il s’abandonnait et c’était le citoyen avant lui.»

Denis Lebel

«C’était un grand homme avec beaucoup d’humilité et un sens de l’humour incroyable. Il a toujours défendu la région bec et ongles. Il ne disait pas à René Lévesque ce qu’il voulait entendre. Il disait ce que lui pensait de la situation. J’ai essayé de faire pareil avec M. Harper. En ce sens, M. Bédard a été un exemple pour moi. Je retiens son authenticité»

Jean Tremblay, ex-maire de Saguenay

«On aimait chacun le Québec, mais d’une façon différente. Moi, je le voyais à l’intérieur du Canada et lui, le voyait autrement. Il aimait vraiment le Québec. Si la région a continué de voter de façon importante pour le Parti québécois, c’est vraiment à cause de Marc-André Bédard. Il avait une façon de faire de la politique. Parfois, on disait «Faire du Marc-André Bédard». Cela voulait dire, j’ai gardé mon calme. J’ai été poli et gentil. C’est un modèle pas juste pour son parti, mais pour tout le monde. Ça veut dire, on peut se parler et avoir des opinions différentes, mais il y a des façons de se parler et ça, c’était Marc-André Bédard.»

En dates  

1935 : naissance à Lac-à-la-Croix, au Lac-Saint-Jean, le 15 août

1960 : admis au Barreau du Québec en décembre

1968 : aux côtés de René Lévesque, lors de la fondation du Parti québécois. Il siège à l’exécutif national du nouveau parti souverainiste

1973 : élu pour la première fois député de Chicoutimi, après avoir été défait aux élections générales de 1970

1976 : le Parti québécois prend le pouvoir et il devient ministre de la Justice

1985 : vice-premier ministre dans le gouvernement de Pierre Marc Johnson, il annonce son retrait de la politique active et retourne à la pratique du droit

2013 : décoré de l’Ordre national du Québec en juin

Des réalisations   

  • Comme ministre, il a créé le Conseil de la magistrature, revampé le mode de nomination des juges et modernisé le droit de la famille.      
  • Il a travaillé pour la réforme du Code civil du Québec.      
  • Il a fait amender la Charte des droits et libertés de la personne pour interdire toute forme de discrimination sur la base de l’orientation sexuelle, une première en Amérique.